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Trisomie 21 : "Black label"
Pavillon noir

jeudi 5 novembre 2009, par Christophe Renvoisé

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La matière noire est une hypothèse d’astrophysicien pour rendre compte de ce que les étoiles en périphérie des galaxies n’obéissent pas vraiment aux lois de la gravitation. On comprend pas ce qu’on voit alors on crée de l’invisible pour l’expliquer. La cold-wave est une proposition de musicologue pour rendre compte de ce que le rock, matière bouillonnante et périphérique, peut dans certaines régions approcher le zéro absolu (-273,15 °C). On est dérouté par ce qu’on entend alors on se sert d’images. Dans les deux cas le pied de la science n’a pas encore mis le doigt, que ce soit des yeux vu ou de vive voix. Et on en est toujours là, dans ce XXIème siècle pourtant bien entamé, de ces conjectures où savent heureusement s’engouffrer quelques artistes bien savants.

Prenez Jeanloup Sief par exemple, en plongeant dans ce Corset (1962), qui vous donne chaud, d’un coup ou en diffusant lentement dans vos tissus (ça c’est vous qui voyez car vous êtes très important dans cette affaire) ; c’est que la température, la couleur si vous préférez, est élevée partout où, fort rare, la peau n’est pas nue. Mais c’est bien cette dernière qui excite les convoitises finales. Lui savait ce qu’est la matière noire et maîtrisait tout le poids de son attraction universelle. Et prenez les frères Lumière, ou plutôt non les frères Lomprez : ils ont œuvré avec une grande économie de moyens, subtilité et constance pour une micro-industrie française de qualité dans un paysage pourtant ravagé par la désindustrialisation et soit trop primaire, soit trop tertiaire pour s’y intéresser vraiment. Eux savent ce que l’image d’une vague froide suggère : c’est plus visqueux que liquide et ça s’écrase volontiers avec lenteur. On pense au mercure en écoutant un titre comme La fête triste (1985) dont on sort atteint car effectivement c’est plombant, le mercure.

Qu’on se rassure en dépit de ce qui précède, Black label est accessible et « vulgarise » le post-punk glacé du duo des origines, dont le nom a d’ailleurs été simplifié en T21. C’est sans doute pour le rendre efficace, plutôt que présentable cet alias, car je répugne à faire à ces deux-là le procès d’une rebuffade face au sociétalement correct. Cette accessibilité-là, c’est même le reproche que pourraient leur faire de vieux briscards comme moi, par infortune mal lunés. C’est que nous avons changé d’éon ; tout va à la réchauffe, même la cold-wave. Un comble, ne serait-ce ici le talent.

C’est dû aux guitares ce sentiment. Elles sont plus présentes et sonnent plus crades. Et à un travail en studio qui lorgne mine de rien vers la scène (pas vraiment dans les mœurs des Lomprez) et le remixat. Louable artisanat lorsqu’y sont associées des pointures comme Front 242 ou Jack De Marseille (à déguster accessoirement dans un certain boxset). Il faut savoir que les deux frères avaient coutume de travailler ensemble sans même avoir à se serrer la pogne ou se taper la bise, il n’y a pas si longtemps, et que la discographie du groupe consiste en une trentaine d’objets qui ont pour la plupart failli (souhaité ?) être le tout dernier. Là on s’est réchauffés, avec cet album on a pris ses distances avec le minimalisme sans pop et un peu réglé son compte à la pauvreté rythmique d’un certain rock métronomique. Et puis même si ça reste volontairement économe de ces points de vue vous avez la basse d’Hervé (toxique à souhaits) et le chant de Philippe (maussade, tout juste juste je trouve mais j’aime), qui sont comme des repères pépères et familiers.

Je signale aux gens pressés The camp, Hear me now et Shadows army, qui entêtent comme les Cure savaient le faire bien avant qu’ils aillent voir ailleurs si j’y suis encore, en vain hélas. Les autres, y compris les daubeurs d’Indochine (mais aussi j’espère leurs groupies), s’attarderont sans plus se poser cette question du bien-être paradoxal : pourquoi se sent-on si heureux à l’écoute des choses tristes ?

Cet album ne révolutionne rien, il ambitionne juste la survie d’un modèle ancien et milite à sa façon pour la sauvegarde du patrimoine industriel. Je cite T.21* : « Notre vision de l’avenir est sombre, mais Black label claque comme le pavillon noir des pirates lors de l’abordage. Il n’y a pas de soumission ». A lire ce propos rassurant je me dis que les rumeurs d’échouage (une manœuvre volontaire) sont sans fondement et que peut-être, si celui-ci réussit, mille autres sabords du même bon tonneau sont à augurer.

* in : D-Side n° 51, propos recueillis par E. Hennequin



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Christophe Renvoisé





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Trisomie 21 : "Black label"
(1/1) 5 novembre 2009, par Julien




Trisomie 21 : "Black label"

5 novembre 2009, par Julien [retour au début des forums]

A signaler que le groupe est en concert exceptionnel le SAMEDI 14 NOVEMBRE au Glazart, Paris !

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