Pop-Rock.com



Trip Lizard : "RoboTripping"
La mort dans l’âme

lundi 1er février 2010, par Yû Voskoboinikov

DANS LA MEME RUBRIQUE :
David Gilmour : "On an island"
New Order : "Get Ready"
Sharko : "Meeuws 2"
Hush Puppies : "The trap"
The Bird And The Bee : "The Bird And The Bee"
Peter Yorn & Scarlett Johansson : "Break up"
Mylène Farmer : "Point de suture"
Hurt : "Vol.1"
Maps : "We can create"
The Hives : "The black & white album"


Il paraît que j’ai un fluide maléfique, tous les gens me le disent. J’y ai repensé en essayant de dormir, sans succès. Alors, j’ai escroqué quelques photos à une blogueuse assez mignonne, écouté de la musique dans le noir, me suis un peu endormi, et fait des cauchemars interrompus par la radio, programmée pour six heures trente. Café, consultation des e-mails, publication d’une note gardée en réserve, je pars finalement en retard, oubliant de me brosser les dents et de me parfumer. Tant pis. Mes écouteurs sur les oreilles, je me laisse balader dans l’urgence, une sensation étrange, des gens qui sont autant de rencontres potentielles ratées. J’arrive en avance à la gare, monte dans le train, m’installe. La musique toujours, le Journal de Julie Doucet, passionnant, et les paysages au travers de la vitre sale du TGV. Ces maisons, ces vies innombrables, mon imagination qui s’écartèle en allant dans tous les sens. Tous ces lieux de vie, et les questionnements qui en découlent. Puis, ce garçon, croisement entre une litière et un boys band, le regard bovin, fier d’avoir un baladeur CD en plus de celui à cassettes. En guise de réponse à sa suffisance provinciale, je sors mon engin, un lecteur MP3 Creative doté d’un disque dur de 60Go et d’un casque Sony quasiment inaudible à pleine puissance par les personnes présentes alentours, et le manipule d’un air blasé. Le minet, dégoûté, change de place, et j’envoie psychologiquement un caramel à Bret Easton Ellis. Parisian style. Lors du changement de train, je repère une jolie femme qui me plait beaucoup, ainsi qu’une autre à qui j’ai envie de donner des claques. Je monte dans le T.E.R., m’installe, et secoue la tête au rythme de la musique. Les gens sont étonnés, j’en aurais presque pitié pour eux. Finalement, j’arrive à destination. Ambiance terroir, France d’en bas. C’est assez instructif, en plus d’être repoussant. Je visite une librairie, la plus grande de la ville, mais ils n’ont pas le Monkey and the living dead de Julie Doucet, contrairement à ce qui était indiqué sur leur site Internet. Je suis passablement agacé, puis vais manger avec ma mère, qui a fait le voyage de son côté. Mon père travaille. On discute, je me trouve agressif, je suis toujours agressif avec mes parents. Pas contre eux, mais la tension est telle que je suis agressif dans mes propos vis-à-vis des gens, de la vie, de tout. Même la serveuse, adorable, en a pris pour son grade : je l’ai qualifiée de représentative du physique de la région. Méchanceté gratuite, même si, dans l’absolu, j’ai raison. En quittant le restaurant, je me rends compte que les grandes villes ont oublié la politesse. Je suis étonné de ne voir que des Français d’origine contrôlée, je n’ai plus l’habitude, et je suis également surpris par la propreté et le bon esprit des gens. J’ai à nouveau l’impression d’être en France. Cela ne m’était pas arrivé depuis un bon nombre d’années. Sur les petites hauteurs de la ville, l’hôpital est triste et glauque, comme il se doit. Un bâtiment échappant à la modernité, des lits derniers cris en plastique Pif Gadget, et une vue bétonnée. Il semble que la joie de vivre soit interdite dans les lieux de soins. Je suis content de ne pas voir ma tante et sa famille, ma mère m’annonce qu’ils sont en fait là. Elle avait prévu le coup et ne m’avait donc rien dit. Avec son parasite de mari, ma tante a dépossédé mes grands-parents de tous leurs biens, ce qui m’a fait dire que moi, au moins, je ne venais pas pour l’héritage, vu qu’il n’y en déjà plus. De toute façon, je ne le mérite pas ; cela m’évite donc de me sentir obligé de culpabiliser. Je ne sais pas trop si mon grand-père m’a reconnu. Il n’allait pas bien, intubé par les infirmières, entubé par la vie, complètement paumé. Sur son crâne, des restes de son cancer de la peau, j’ai envie de m’amuser à enlever les peaux, mais je préfère éviter l’incident diplomatique. Il a beaucoup maigri, mais je le reconnais sans peine. En lui faisant la bise, je renifle discrètement mais ne sens pas l’odeur de la mort. La famille arrive, sans se presser, et entame une discussion perfide sur ce que je fais, histoire de comparer. Alors, oui, mes cousines, elles ont réussi dans la vie, enfin, elles ont de l’argent, donc, elles ont réussi. Et moi, je réponds aux questions indiscrètes, mais pas aux sourires hypocrites, et je montre que moi aussi, je réussis, à ma manière. J’ai moins d’argent qu’elles, mais j’ai une vie. Tout en alimentant les ragots, il faut bien occuper la retraite des vampires, je regarde les jambes de la tante, au prénom abject, celui d’une militante ouvrière, et me dit qu’elle est bien conservée. Sauf que porter un polo avec un tailleur est d’une vulgarité inadmissible. Même avec tout l’argent du monde, elle ne pourra cacher ce qu’elle est réellement, une paysanne mal dégrossie qui n’a de culture que les trois premières lettres. De même que son mari, pire que tout. Plus que jamais, je me rends compte que je suis content de faire partie de la branche « pourrie » de la famille. Cela me permet de garder la tête haute. À un moment, mon regard croise celui de mon grand-père. Nous nous regardons dans le blanc des yeux, longuement, puis il commence à s’endormir. Il semble apaisé, j’étais la dernière personne qu’il n’avait pas encore revue. Ma mère décide qu’il est temps pour nous de fuir partir, profitant que mon grand-père entame sa sieste. Je me dis qu’il serait ironique qu’en fait il soit juste en train de mourir devant nous, comme ça, paisiblement, sans souffrir ni rien dire, avec élégance, pendant que les infirmières annoncent qu’elles ne vont pas le laisser trop dormir, afin qu’il ne leur inflige pas une seconde nuit blanche. Nous allons voir ma grand-mère, maternelle cette fois-ci, dans sa maison de repos. Un mouroir élégant, façon matinée France 2. Elle y a sa chaise, à l’emplacement immuable, et gare à celui qui y touche. Presque centenaire, elle gambade et ne se laisse toujours pas marcher dessus. Une vraie furie. Mais, pour elle aussi c’est la fin du parcours. Elle parle toujours de ma cousine en l’appelant « celle qui est partie », mais, devant moi, elle prononce son prénom. Troublant. Les restes de notre complicité sont d’ailleurs accrochés au mur. Je vois mon grand-père russe en photo, je ne l’avais jamais vu. Ma grand-mère répète sans cesse « et oui, voilà la vie », signe qu’elle n’a plus rien à dire. Puis, ma mère s’y colle, « et oui, voilà la vie », n’ayant elle-même plus rien à dire. Je n’ai jamais eu rien à dire, comme je n’ai jamais aimé suivre la masse. Donc, je me tais. La situation confine à l’absurde, les minutes sont longues, je me noie mais ne laisse rien transparaître de mon agonie. J’ai la tête qui tourne, j’ai besoin d’air, mais je reste misérablement accroché à ma chaise, n’osant m’approcher de la photo qui m’intéresse tant. Finalement, nous partons, enfin. Soulagement, et nouvelle appréhension, le trajet du retour. Un dernier verre, ma mère m’empêche d’aller tabasser un petit con crachant partout sur le quai – je suis décidément trop agressif quand mes parents sont là – et puis s’en va. Jeux de regards dans le T.E.R., avec une fille plutôt jolie, bien habillée dès lors que l’on ne regarde pas en dessous du nombril. Une bobo de province avec option catholique pour le principe, je la snobe au terminus, ses sourires sont vraiment trop niais, de même que ses chaussures sont vraiment trop immondes. Egalement, je revois la femme qui me plaisait ce matin, mais cette fois-ci moins apprêtée, son rouge à lèvres s’est effacé. Une romance campagnarde, je me dis, en souhaitant qu’un corbeau passe. Lors de la correspondance à Bordeaux, je la perds de vue tandis que mon train est annoncé en retard. J comme je, de Julie Doucet, toujours, d’une traite. Aux portes de la gare, les souvenirs se bousculent, au gré de mon regard. Sans nostalgie, aucune. Débarqué à Paris, je suis vidé mais Trip Lizard continue de me faire danser dans les couloirs du métropolitain. Sur le quai de la station Strasbourg Saint-Denis, un Africain me regarde me mouvoir puis s’énerve. Je m’immobilise pour le regarder, et il se calme instantanément et s’assoit. Je danse à nouveau, il se relève et recommence à vociférer. Je m’arrête, amusé, puis rend à nouveau hommage à Saint Guy dès lors que le grand guignol a regagné son siège. Alors, il se relève, s’énerve, et baisse son pantalon devant tout le quai, cassant au passage un grand mythe de l’homme noir. Je vais vraiment finir par croire à ces histoires de fluide maléfique. Plus tard, j’apprendrai que mon grand-père avait fermé les yeux pour la dernière fois devant moi. Pragmatique, il avait juste avant uriné dans son pistolet.



Répondre à cet article

Yû Voskoboinikov





Il y a 10 contribution(s) au forum.

dropshippingwatch
(1/2) 5 avril 2010, par Administrator
Trip Lizard : "RoboTripping"
(2/2) 1er février 2010




dropshippingwatch

5 avril 2010, par Administrator [retour au début des forums]

Zenith Star Open Sea Automatic with White Dial Lady Model
Zenith Port Royal Chronograph Automatic Moonphase with White Dial
Zenith Grand Port Royal Open Automatic Black Dial with Rubber Strap
Zenith Class El Primero Chronograph Automatic with Black Dial
Zenith ChronoMaster Open XXT Automatic with White Dial
Zenith ChronoMaster Open Retrograde Automatic Rose Gold Casing with White Dial
Zenith Star Open Sea Automatic with White Dial Lady Model
Zenith Star Open Queen Of Hearts Automatic with Black Dial Lady Model
Zenith Port Royal Chronograph Automatic Moonphase with Black Dial
Zenith Grand Port Royal Open Automatic White Dial with Rubber Strap
Zenith Class El Primero Chronograph Automatic with White Dial
Zenith ChronoMaster Open XXT Automatic Rose Gold Case with White Dial
Zenith ChronoMaster Open Retrograde Automatic with Black Dial
Zenith Star Open Sea Automatic with Black Dial Lady Model
Zenith Star Open Sea Automatic with Black Dial Lady Model
Zenith Star Open Sea Automatic with Black Dial Lady Model
a>
Zenith El Primero Chronomaster Lemania Movement Manual Winding AR Coating with Black Dial
Zenith Defy Extreme Chrono Working Chronograph PVD Case with Black Carbon Fibre Style Dial
Zenith Defy Extreme Chrono Working Chronograph PVD Case with Black Carbon Fibre Style Dial
Zenith Defy Extreme Chrono Working Chronograph PVD Case with Black Carbon Fibre Style Dial-white Marking
Zenith Defy Extreme Chrono Working Chronograph PVD Case with Black Carbon Fibre Style Dial-champagne Marking

[Répondre à ce message]

Trip Lizard : "RoboTripping"

1er février 2010 [retour au début des forums]

putain c koi cette merde

[Répondre à ce message]

    Trip Lizard : "RoboTripping"

    2 février 2010 [retour au début des forums]


    pas d’accord avec ce commentaire...

    Ce texte est brillant.

    [Répondre à ce message]

      Trip Lizard : "RoboTripping"

      4 février 2010 [retour au début des forums]


      La question à se poser :

      est-ce de la littérature ?

      Ou est-ce une chronique d’un disque ?

      L’auteur a un talent incontestable (il est touchant, irritant, intolérant, casse-pieds et émouvant), mais on n’apprend rien du disque chroniqué.

      C’est peut-être çà l’origine du malentendu...on s’attend à des chroniques, et on réçoit ....autre chose ??

      [Répondre à ce message]

        Trip Lizard : "RoboTripping"

        4 février 2010, par Yû Voskoboinikov [retour au début des forums]


        On en revient au problème soulevé dans Le cercle des poètes disparus.
        Soit je chronique un disque sur la technique, et je vais carrément lui mettre une note histoire de pousser le concept jusqu’au bout, soit je rends un travail qui correspond à l’ambiance du disque, au ressenti, à une attitude qui reflète la façon dont le disque a été fait.
        Il y a des albums qui s’apprêtent très bien à avoir des notes techniques, il y en a d’autres pour lesquels cela ne fonctionne pas ; je rédige en conséquence.

        [Répondre à ce message]

          Trip Lizard : "RoboTripping"

          4 février 2010 [retour au début des forums]


          je vous comprends bien, mais...

          il est où, le juste milieu dans tout çà ? Vous décrivez les deux extrèmes d’un prisme. Entre les deux, les possibilités ne sont-elles pas infinies ?

          Attention, je ne veux pas vous décourager, j’aime lire les chroniques en question, c’est juste que je me demande si votre ’choix’ n’aliène pas la grande partie de votre lectorat (ce n’est pas un problème en soi) venu glaner des infos plus ’concrètes’.

          [Répondre à ce message]

        Trip Lizard : "RoboTripping"

        4 février 2010, par Humphrey [retour au début des forums]


        M’y connaissant un peu rayon tantes, je pense que Tatie Arlette est la seule responsable du malentendu, qui a dû lever bien haut la jambe pour mettre le grappin sur « pire que tout », ce qui n’est quand même pas rien en province. Ce faisant elle affriola le jeune Yû qui, avide de plus de hauteur encore, se fabriqua en bon Julien Sorel des passions bonapartistes encore plus honteuses, avant que de gagner la grande ville où l’on monte. Alors, d’abord à la force du poignet puis aidé d’un peu de style et de beaucoup d’insolence, il monta.

        Il monte encore, à ce qu’il appert à travers ce texte plutôt bien mis, qui ma foi donne envie, même obscurément, de ce Trip Lizard.

        [Répondre à ce message]