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L’Album du mois
Tomte : "Buchstaben über der Stadt"
Thees Uhlmann strikes again

vendredi 24 février 2006, par Albin Wagener

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Grande révélation du rock allemand en 2003 avec Hinter all diesen Fenstern, le groupe de l’écrivain Thees Uhlmann avait su prouver qu’on pouvait avoir du succès en chantant en allemand sur du rock (mettant ainsi en lumière d’autres groupes de l’école de Hambourg), mais également en créant son propre label indépendant. Véritable pied-de-nez à la crise de l’industrie du disque qui touche l’Allemagne de plein fouet depuis quelques années, les petits poissons de Tomte sont devenus grands. Si grands qu’outre-Rhin, ce quatrième album du groupe était attendu avec impatience et fébrilité. Bien plus qu’un groupe, tout un symbole.

Quand on produit un disque comme Hinter all diesen Fenstern, qui restera sans doute dans l’histoire du rock comme l’album indispensable de Tomte, il est toujours difficile de satisfaire les espoirs démesurés que l’on suscite chez l’auditeur lambda. Mais bien malin qui pourra déstabiliser le méthodique Thees Uhlmann et ses allures d’éternelle victime ! Car malgré les apparences, les cinq musiciens de Tomte ont travaillé avec savoir-faire et attention pour proposer un album qui s’inscrit dans la continuité de Hinter all diesen Fenstern, tout en mettant en relief un volet plus anglais des influences de ce groupe originaire d’une petite ville dans le nord de l’Allemagne. Et ici, ce qu’on retrouve indéniablement, c’est des paroles acérées et des mélodies pop imparables qui rappellent The Smiths, sans hésitation - et ce n’est sans doute pas un hasard si Tomte avait à ses débuts repris William, it was really nothing en la transposant dans la langue de Goethe, sous le titre Wilhelm, das war nichts.

Oui mais voilà, si l’influence des Smiths n’a jamais été un secret chez Tomte, ils réussissent avec brio à en faire quelque chose de très personnel, dans un genre qui restait jusqu’alors la chasse gardée d’illustres groupes prolétaires mancuniens (par moments, la musique de Tomte pourra rappeler Doves ou Elbow). C’est dans ce terreau musical que Thees Uhlmann et sa bande puisent une inspiration originale et incontestablement touchante. De Was den Himmel erhellt au lumineux Ich sang die ganze Zeit von dir, la voix écorchée et mélancolique de Thees s’attarde sur les mots, raconte des histoires et semble caresser la musique en exprimant un spleen romantique très prussien.

Ce Buchstaben über der Stadt comporte toutefois de bons moments de pop nordique : New York se veut être un hymne à une relation passée et à une ville meurtrie. Norden der Welt se répand en louanges poétiques sur les petites villes portuaires pluvieuses du nord de l’Allemagne, et Auf meinen Schultern s’empare d’un folk que ne renierait pas Nick Drake. Au milieu de ces moments d’observations intimes se dressent des monuments de rock indé : Sie lachen zurecht und wir lachen auch ou encore So soll es sein, pour ne citer qu’eux. Puis l’album se clot sur Geigen bei Wonderful world et ses orchestrations douces et intimes, presque jazzy.

Si on est en droit de préférer la spontanéité à fleur de peau de Hinter all diesen Fenstern (qui comportait en outre plus de morceaux énergiques et moins de comptines calmes), on est bien obligé d’admettre qu’avec Buchstaben über der Stadt, Tomte se hisse au rang des groupes de rock allemands incontournables, rejoignant ainsi Tocotronic, et se saisissant au passage d’une niche musicale qui aurait enfanté d’un hybride entre Oasis et The Smiths. Plutôt une bonne chose pour un paysage musical allemand qui reste bien plus qu’une caricature d’elle-même, malgré les notoriétés internationales de Rammstein ou des Toten Hosen. Tomte est un groupe à suivre de très près, et s’il n’existe plus dans dix ans, gageons au moins que Thees Uhlmann se sera embarqué dans une fructueuse carrière solo.



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Albin Wagener





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Tomte : "Buchstaben über der Stadt"
(1/1) 26 décembre 2016




Tomte : "Buchstaben über der Stadt"

26 décembre 2016 [retour au début des forums]

With great harmonies, this album really excels. - Bath Planet

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