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Tom Waits : "Real Gone"
Real back !

mercredi 8 décembre 2004, par Laurent Bianchi

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Tom Waits est l’artiste avec un grand A. Aux frontières - pour faire court - du jazz et du rock, il a toujours su innover, tout en utilisant des ingrédients et des ustensiles vieux comme le monde. Depuis ses débuts, on considère Tom comme le pendant musical de Charles Bukowski, et pas seulement pour ses penchants pour la bouteille : la même philosophie de comptoir, le même déballage de linge sale, la même émotion d’écorché vif. Real Gone le hisse parmi les lauréats de la cuvée 2004.

Après s’être intéressé avec sa compagne Kathleen Brennan à la musique plutôt théâtrale de cabaret avec Blood Money (inspiré par Woyzeck, pièce écrite par Georg Buchner) et Alice (inspiré d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll), le voici qui revient vers le style qu’il affectionne plus particulièrement : l’expérimentation jazz, toujours aux frontières du cirque. Son vieux complice Marc Ribot est de retour, aux côtés de Les Claypool (Primus) et Larry Taylor (Canned Heat). Son empreinte n’a jamais été aussi lumineuse : un petit air latin, comme sur son album solo avec les Cubanos Postizos, Muy divertido, épice les titres proposés. Cela donne même un petit côté Buena Vista Social Club revu et visité par Tom Waits (écoutez Dead and lovely par exemple), ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mais je vous rassure tout de suite, le cachet si particulier de sa voix est toujours bel et bien là.

On sait que Tom apprécie depuis toujours la musique mexicaine, et particulièrement les fanfares et autres petites troupes qui s’arrêtent de pueblito en pueblito pour distribuer la parole festive. Seulement voilà, digérée et recrachée par notre Bukowski musicien, cela ressemble fort à ce que font par ailleurs les Mexicains Latin Playboys (side project des Los Lobos) : on dirait de la musique de manège du pays de Pancho Villa en très crade, à moins que ce soit en très saoul...

On trouve néanmoins de véritables perles sur cet album : Sins of my father, une longue plage de plus de 10 minutes, est un titre fantastique, avec un jeu de guitare de sieur Ribot qui frise la perfection. On vient aussi nous rappeler le bon temps de Mule Variations, qui lui-même rappelait Rain Dogs (en clair, Captain Beefheart n’a jamais été aussi présent). Les ballades émouvantes et hypnotisantes comme How’s it gonna end ou Day after tomorrow participent au même phénomène. Les percussions déglinguées (assurées par son propre fils, Casey), qui ont fait la réputation de Tom dans le terrain rock avec Bone Machine, sont de retour sur des titres comme Shake it. Les "uh ah", martelés jusqu’à plus de souffle, évoquent le Work-Ing on the Chain Gang, à savoir les cris d’entraînement des esclaves : un bel hommage au blues du Mississippi donc. Le blues est d’ailleurs extrêmement présent sur ce disque avec les guitares, les rythmes quasi-tribaux et les logorrhées de Tom.

Poussé peut-être par son fils, qui officie également derrière les platines, Tom s’amuse d’entrée de jeu à faire du human box (genre qui aura cette année trouvé ses lettres de noblesse grâce à Björk) : ça ne pouvait que faire mouche avec de pareilles cordes vocales. Le dernier morceau, sans titre, nous offre Tom tout seul dans ses prouesses vocales. Une très belle manière de clôturer ce chef-d’oeuvre.

Les petites incartades narratives à la What’s he building in there ? (Mule Variations) sont aussi de la partie. Circus et la narration très chaude de cet acteur hors-pair (Down by law et Coffe & Cigarettes pour n’en citer que deux) suffit à nous séduire. A nous convaincre aussi qu’il est l’un des plus grands chanteurs charmeurs des temps modernes.



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Laurent Bianchi