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Tom McRae : "King of cards"
Oublier le passé

lundi 14 mai 2007, par Geoffroy Bodart

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Quatrième album déjà pour le fils de pasteur tourmenté et rêveur. Solidement entouré par Sean Genocky (Suede, Kula Shaker) à la production et par une quinzaine de musiciens de studio, confortablement installé aux commandes de sa carrière, déjà coutumier de la recette de la pop-song imparable, tout semble couler de source. Un peu trop, en fait.

Le principal problème de Tom McRae, c’est son premier album absolument foudroyant. Que, du jour au lendemain, comme ça, sans crier gare, un jeune homme dont personne n’avait jamais entendu parler puisse ainsi faire surgir du néant un tel album avait quelque chose d’effrayant. D’insolent, même. Les années n’ont rien changé à ce constat péremptoire : ce premier album est parfait et bouleversant, un classique instantané. Dépouillé comme un Dylan, vibrant et incisif comme un (enfin... comme LE) Jeff Buckley. Il n’y eut pas plus de miracle que de surprise, le deuxième album, Just like blood fut une terrible déception, en tout cas pour votre serviteur. Le temps aura arrondi les angles et les qualités indéniables de ce second effort furent enfin saluées à leur juste mérite. Mais l’épure du premier album, qui avait tant séduit, n’était plus. Vint ensuite All maps welcome, album qui n’a pas enchanté grand-monde. Parfois sympathique et bien foutu (sans plus), il se révélait néanmoins indigne des capacités de son géniteur.

Forcément, aujourd’hui, on a compris la leçon et on n’attend plus de Tom McRae un album du calibre de son premier disque. D’un côté, c’est triste de devoir ainsi renoncer à se plonger dans ces chansons de colère désabusée. De l’autre, c’est peut-être le meilleur moyen de lui donner la chance qu’il mérite, plutôt que de tirer à vue sur sa nouvelle livrée, par « simple » ressentiment, par déception de ne pas avoir affaire à un compositeur digne de siéger au panthéon aux côtés des Drake et autres Dylan. Tom McRae aura marqué un moment donné, il n’aura pas réussi à figer son empreinte dans l’Histoire de la musique.

Verdict au terme de la première écoute : il est bien, cet album. Très bien, même, par moments, et plus falot aussi en certaines occasions. L’impression se confirme aux écoutes suivantes. Nous avons donc affaire à un album qui s’appréhende très vite, rejoignant par là les déclarations de son auteur qui a voulu proposer son disque le plus abordable. Certaines subtilités, certains arrangements ne se révèlent que sur la longueur, bien sûr, mais ils ne bouleversent pas la donne. La répétition des écoutes n’installe aucune lassitude quant aux meilleurs titres, et on apprend à skipper l’un ou l’autre plus dispensable.

Si le premier titre, lumineux, ainsi que Bright lights, le single, qui ouvrent le bal, confirment l’orientation plus pop que folk de l’Anglais, on découvrira sur l’ensemble du disque quelques morceaux plus sombres, introspectifs et minimalistes qui se révèlent beaucoup plus proches de l’univers musical exploré par le passé (surtout sur les deux premiers albums) et évitent de ranger le musicien dans la catégorie fourre-tout (fourre-n’importe-quoi, surtout) des popeux britons. Got a suitcase, got regrets, la première d’entre elles, renoue avec cette guitare sèche et ce chant fragile. L’intimiste et jazzy Keep your picture clear, ensuite, aurait mérité sa place sur Just like blood, avec une très belle progression et une voix feutrée qui explose lors de déchaînement final de la guitare électrique, de la batterie et de l’harmonica. Comme un leitmotiv, Tom McRae revient ensuite avec deux ballades pop très classiques avant de replonger dans des eaux troubles qu’il ne devrait pas quitter, et ainsi de suite. On retiendra surtout On and on qui, avec son très bel arpège et son chant aérien, n’est pas loin d’être le meilleur morceau de la galette.

C’est devenu une habitude, et il n’y est pas dérogé : les textes sont particulièrement soignés. Les thèmes ne sont pas neufs, et même si le boîtier annonce un I’m tired of fighting... de sinistre augure quant au mordant du l’auteur, on reconnaîtra sans équivoque son ton triste et désemparé. Et comme de juste, le titre de l’album, King of cards, fait référence à l’équivalent anglophone de notre "Heureux au jeu, malheureux en amour". Car même au travers de l’une ou l’autre chanson d’amour (le contemplatif Set the story straight) ou des ballades nocturnes dans la ville endormie (Sound of the city), on retrouve cette mélancolie sournoise, cette distorsion, ce glissement de la réalité vers le fantasme qui fait que rien n’est jamais aussi beau qu’on le voudrait. Et à la rage difficilement contenue d’un You cut her hair, d’un The boy with the bubblegun, d’un A&B song ou d’un Hidden camera show, le Tom McRae fatigué mais pas résolu d’aujourd’hui préfère l’abandon (peut-être la foi ?) qu’il exprime avec lyrisme dans les chansons d’attente que sont The ballad of Amelia Earhart (And the days they fly so quickly / I can’t hold them in my hand / And I’ll be waiting / With my eyes on the clouds / And I’ll be waiting / For you to come down) et sa fausse suite Lord how long (Funny how the things in this world quickly fall away / And everything is equal to me in this final place).

Finalement, en suivant l’évolution de Tom McRae, n’a-t-on pas les réponses que nous nous posions quant à ce qu’aurait pu être la carrière de Jeff Buckley s’il n’avait pas disparu si brutalement ?



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Geoffroy Bodart





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Tom McRae : "King of cards"
(1/2) 26 octobre 2016
Tom McRae : "King of cards"
(2/2) 15 mai 2007, par Ardéa




Tom McRae : "King of cards"

26 octobre 2016 [retour au début des forums]

Great music ! This band have really such an impressive music career. - Morgan Exteriors

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Tom McRae : "King of cards"

15 mai 2007, par Ardéa [retour au début des forums]

Aaaaaaah, ça fait du bien de retrouver une bonne critique bien contruite comme je les aime sur pop-rock !! ^^^
J’avais été très dèçu par le 2e album, au point que je n’ai même pas écouté le 3e. Mais puisque ce "King of cards" semble valoir le coup...

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    Tom McRae : "King of cards"

    16 mai 2007, par  [retour au début des forums]


    J’ai été déçu par les deuxième et troisième albums aussi, mais je compte aussi acheter le quatrième. Sauf que comme pour les deux précédents, ça sera quand il sera vendu moins de dix Euros.

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