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The Twilight Sad : "Fourteen autumns and fifteen winters"
Glasgow calling

jeudi 7 juin 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Parler de The Twilight Sad, c’est prendre le risque de sauter dans un train qui ne s’arrêtera jamais. Avec un premier album aussi riche, aussi décomplexé, aussi expérimental et aussi enthousiasmant, la formation de Glasgow a décidé de ne pas entrer par la petite porte et de mettre la barre très haut, tout de suite, maintenant. Encore assez peu connu mais servi par cet opus à la qualité irréprochable, le groupe reste donc à surveiller de très très près.

Les influences de The Twilight Sad ? Leurs musiciens citent assez volontiers The Fall ou David Bowie. Au Canada, après des concerts fort bien accueillis, les badauds n’ont pas hésité à utiliser le terme de "The Arcade Fire écossais". A côté de ça, en écoutant cet album, on a l’impression d’hériter d’un croisement entre les murs sonores des Chameleons et le lyrisme amer d’Idlewild. Quant au producteur, il s’agit ni plus ni moins de Pete Katis, qui a déjà pu chapeauter avec brio quelques ouvrages de Mercury Rev ou Interpol. Sus au namedropping ! Peut-être, mais ces quelques références, même si leurs gras contours peuvent donner quelques envies discourtoises, permettent d’aiguiller l’auditeur afin de se faire une idée de l’univers spectral assez particulier agité par l’accent écossais à couper au couteau du chanteur et un mur du son singulièrement équivoque, évoquant le flux et le reflux des marées.

Neuf titres pour un tout premier disque, cela peut sembler peu. Mais quand les neuf chansons partagent autant d’influences, allant du folk et de la cold-wave au shoegazing, on peut se dire que le pari est plutôt réussi (je vous renvoie aux nappes d’accordéon de Last year’s rain didn’t fall quite so hard). Rock finement maîtrisé, millefeuille sonore d’une grande qualité, The Twilight Sad sait consolider ses compositions par une multitude de détails qui font la différence. Alors que l’on commence en beauté par la fausse sérénité de Cold days from the birdhouse et ses images rêveuses, l’album va poursuivre sa course pour nous laisser finalement exsangue, envoûtés par l’instrumentale Fourteen autumns and fifteen winters, langoureuse expérimentation ouverte et évasive, jouant avec des bruits adoucis et un piano éreinté. Plus épiques, des titres comme That summer at home I had become the invisible boy semblent taillés pour les jours de pluie des hautes terres d’Ecosse, comme on dit.

Ces images d’Epinal que l’on se fait volontiers de l’Ecosse (des paysages rugueux, un climat inhospitalier et un état d’esprit propre) sont finalement alimentées par ce premier album. Mais outre ce clin d’œil culturel, The Twilight Sad nous montre que quand on a du talent, on peut sans aucun problème déborder les frontières (ou l’exemple criant de vérité de And she would darken the memory) en capturant les étincelles de génie de plusieurs écoles du rock pour en faire une synthèse grande et inspirée. Ce syncrétisme du rock, c’est précisément ce que The Twilight Sad parvient à faire avec un naturel absolument époustouflant. Fourteen autumns and fifteen winters se dresse là comme un monument, une évidence qui aurait toujours dû se trouver là, à sa place, à la rencontre de plusieurs courants marins musicaux, point de convergence et d’expansion de toutes ces écoles que les critiques rock se sont employés à classifier pour mieux diviser ceux qui sont prompts à émettre des jugements. A ce titre, il faut avouer qu’émettre un jugement sur cet album risque de représenter un véritable challenge.



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Clarisse de Saint-Ange