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The Tears : "Here come The Tears"
Amicalement vôtre

dimanche 18 septembre 2005, par Marc Lenglet

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Bien avant qu’un bon milliard de groupes ne recommencent à porter haut et fort l’étendard du rock frappé de l’Union Jack, Suede avait déchaîné les passions des mois avant la sortie de son premier album, et avait, dans les années qui suivirent, brillé comme la sensation la plus excitante du revival glam d’outre-Manche...

Formation de haute volée, aussi dandy qu’Oasis demeurait indécrottablement prolo, Suede fut le seul groupe (Oubliez Blur, de grâce !) à pouvoir rivaliser avec les Mancuniens en terme de talent et de feeling et ce, jusqu’à ce que ces derniers s’abîment dans leur funeste égocentrisme. L’élément qui faisait de Suede un groupe si extraordinaire fut paradoxalement celui qui scella son destin. Comment aurait-il été possible de maintenir l’équilibre au sein d’un groupe à succès lorsque ce dernier employait un guitariste virtuose et sauvage à la Johnny Marr et un frontman charismatique et mystérieux avec Bowie comme modèle avoué, tous deux se disputant la direction des opérations ? Mission périlleuse, dont l’impossibilité se fit jour lors de l’enregistrement du superbe Dog man star. Les albums que Brett Anderson, alors seul maître à bord du navire, composa par la suite, ne parvinrent jamais à retrouver la magie des débuts.

Aujourd’hui, l’improbable réconciliation entre les deux frères ennemis est devenue réalité et, l’alchimie, feinte ou réelle, fonctionne à nouveau à plein régime entre les deux hommes. Plutôt que de chercher à exhumer les restes déjà froids de leur formation d’origine, les deux musiciens ont pris la décision de fourbir les armes au sein d’une nouvelle formation au nom évocateur, The Tears. Que faut-il en penser ? Tout simplement que dans l’absolu, ce premier album est déjà une belle réussite. Nul besoin d’écouter le disque en entier pour y retrouver en une fraction de secondes les accents et les plans d’action de l’élégante formation que fut Suede au début des années 90. Depuis Refugees, brillant stéréotype d’une pop anglaise énergique et racée, jusqu’à un Appolo 13 qui rappelle on ne sait trop comment Space oddity, en passant par la grandiloquence d’un Imperfection et les auto clins d’œil de Lovers, on n’éprouve jamais l’impression de déterrer quelque chose de vraiment neuf au fil de ces treize plages. Le sentiment qui prédomine est plutôt celui de vieux souvenirs attendris qu’une habile psychothérapie musicale fait remonter au compte-gouttes à la surface. Ce n’est plus tout à fait du Suede comme au bon vieux temps - c’est bien logique, près d’une décennie s’est écoulée entre temps - mais ça s’en rapproche pourtant furieusement. Tout ce qu’on avait jadis aimé chez le groupe britannique est de retour. Le jeu à la fois imposant et élégant de Butler, les inflexions romantico-décadentes d’Anderson et ses sempiternels textes jouant sur l’ambiguïté et la poésie urbaine, toutes les composantes de Suede semblent s’être données rendez-vous pour un petit voyage temporel bien épicé.

Des esprits chagrins m’objecteront qu’il n’y a pas de quoi s’emballer à ce point, car Here come The Tears n’est tout de même pas la huitième merveille du monde. Certes , les mélodies tournent un peu en rond. Certes, s’il n’y avait pas le jeu magique de Butler et la voix si caractéristique d’Anderson pour faire passer la pilule, on pourrait même finir par les trouver un peu téléphonées. Certes, il n’y a que peu de prises de risques sur Here come The Tears. Et alors ? Quant on aime, on ne compte pas. Pour les passéistes dans mon genre, Here come the tears aura permis l’espace d’un instant de revenir dix ans en arrière et de savourer, presque comme si on y était encore, tout ce qui nous avait fait chavirer à cette époque. Il faut bien reconnaître que, davantage qu’un excellent album, Here come The Tears est surtout une formidable plongée nostalgique dans la musique des années 90. Pour un admirateur de Suede pas vraiment porté sur la nouveauté, il s’agit d’une des meilleures choses que la pop anglo-saxonne ait livré ces dernières années. Pour les autres, ceux qui ignoraient l’existence de Suede ou qui viennent d’arriver, Here come The Tears reste un album très intéressant qui mérite que l’on s’y attarde, un album dont le style, assez atypique de nos jours, pourrait bien surprendre ceux qui n’y sont guère accoutumés. Reste à savoir comment tout cela va évoluer, et si Anderson et Butler ne finiront pas par s’entretuer une fois encore, avant de jeter leur nouveau bébé avec l’eau du bain. En dépit des déclarations rassurantes de son frontman (qui vient parallèlement d’entamer une carrière solo), nul ne peut prédire si The Tears est promis à un bel avenir, ou s’il restera un pétard mouillé, une de ces reformations marquée du sceau marketing, histoire de projeter à nouveau sous les feux de la rampe deux carrières qui, malgré leur qualité, ne tiennent plus le haut du pavé depuis pas mal de temps. Et même si The Tears continuait sur sa lancée, l’illusion fonctionnerait-elle une seconde fois ? Les paris sont ouverts...



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

The Tears : "Here come The Tears"
(1/1) 18 juin 2015




The Tears : "Here come The Tears"

18 juin 2015 [retour au début des forums]

Such a nice collection of songs. One of my favorite material, actually. - Stephen Samuelian

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