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L’album du mois
The Subs : "Subculture"
Culture Club

lundi 10 novembre 2008, par Jérôme Delvaux

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La première fois que j’ai entendu les Subs, c’était à une soirée Dirty Dancing, en 2006. Il faisait chaud sous les stroboscopes, ce soir-là. L’immense piste de danse du Mirano était pleine à craquer et les clubbers bruxellois, tous plus beaux les uns que les autres, semblaient décidés à danser jusqu’au bout de la nuit. Lorsque le DJ nous balança l’hypnotique Arpolis, ce fut du délire, j’ai eu l’impression que le plafond de la boîte allait s’écrouler...

Plus tard dans la soirée, alors que la pression était un peu retombée, j’allai m’enquérir auprès dudit DJ, radieux dans son t-shirt Andy Warhol, de l’identité des auteurs de la tuerie qui avait à ce point retourné le dancefloor. « C’est The Subs, un trio belge », m’expliqua-t-il, accoudé au bar, avant d’ajouter que le chanteur fait partie de Foxylane, un groupe rock qui a eu son petit succès en Flandre, et que les deux autres membres sont en fait Starski & Tonic, deux des DJ’s résidents de la boîte (ainsi que du Culture Club, à Gand). Quelques jours plus tard, je publiai ce qui suit sur un de mes défunts blogs : « Imaginez un club surpeuplé, des bras qui se lèvent, des têtes qui bougent dans tous les sens, des corps qui deviennent incontrôlables, comme en transe. Imaginez des silhouettes délicieuses qui se trémoussent en rythme et excitent vos sens. (...) Imaginez des stroboscopes qui vous aveuglent, de la fumée qui vous prend à la gorge. Et ces vibrations, elles sont énormes ! Pensez au whisky, au rhum ou au champagne. Et au reste. Aujourd’hui, la bande-son de ce grand moment a pour nom Arpolis ». Et de conclure : « Ce track, pour moi, C’EST le nightclubbing d’aujourd’hui ». Les Subs étaient de retour au Dirty Dancing quelques semaines plus tard, en live cette fois, et le concert fut près de tourner à l’émeute tant le public était survolté. Le club chic/branché de la capitale avait trouvé ses icônes.

Le maxi You make me spill était sorti quelques mois plus tôt, dans une relative discrétion, via le label de disques du Dirty Dancing géré par Cosy Mozzy. D’autres allaient suivre sur le label du DJ gantois Dr. Lektroluv, lequel joue régulièrement les Subs dans ses sets : Substraktion figure sur son Live at Extrema Outdoor 2006, capté aux Pays-Bas, tandis que Fuck that shit et Kiss my trance sont repris entre Tiga et les Klaxons sur le Live recorded at Rock Werchter de 2007 (dont je vous parlais ici). Fort de ces soutiens, le groupe flamand n’arrêta plus de jouer, que ce soit en club ou en festival, partout dans le pays, jusqu’au Pukkelpop. Je le revis pour ma part en live en mai de cette année, au Club de l’Ancienne Belgique, où il jouait en after-party de Justice (voyez ici ce que j’en disais sur mon blog). Ce concert me terrassa littéralement. Il m’apparut très clairement ce soir-là que le trio, même s’il joue de l’electro/house, est proche, dans l’esprit, d’un véritable groupe de rock, voire de punk. Sur scène, le chanteur et principal compositeur/producteur Jeroen De Pessemier, alias Papillon, a d’ailleurs tout d’une rock-star. Lunettes noires, veste en cuir, Converse aux pieds, il hurle, escalade les baffles, saute dans le public... Le show est total !

Après une longue attente et beaucoup de temps passé sur leur MySpace, voici enfin le premier véritable album des Subs entre nos mains. Il a pour titre Subculture, ce qui est à la fois une allusion au nom du groupe et un clin d’œil à New Order (Sub-culture est le titre d’un de leurs singles paru en 1985). L’artwork de la pochette du disque rappelle d’ailleurs, de loin, certains travaux de Peter Saville, le graphiste attitré du groupe de Manchester. L’album s’ouvre par Music is the new religion, une entrée en matière très efficace, avec une déferlante de beats puissants et des samples de The house of God, un tube house du début des années 90. On passe ensuite sans transition à Kiss my trance, une petite merveille mélancolique mais pourtant hyper dansante. Pour ma part, je ne peux m’empêcher d’associer ce morceau à American Psycho, le roman de Bret Easton Ellis. L’an passé, alors que je lisais cet ouvrage terrifiant (dans le métro de Bruxelles, le plus souvent), Kiss my trance faisait partie des deux ou trois tracks les plus souvent joués dans mon iPod - et l’atmosphère collait parfaitement au récit. A tel point que chaque fois que je la réentends, je repense à certaines scènes du livre ; notamment celles qui se déroulent en club (à noter : dans l’adaptation d’American Psycho au cinéma, c’est... New Order qu’on entend dans la boîte branchée hantée par Patrick Bateman).

Après la redoutable Papillon, du surnom de son auteur, on passe à la déroutante My punk, succession pour le moins osée de violentes cassures de rythmes et de basses surpuissantes. La minimaliste Albatross (qui n’est pas une reprise de PIL), passerait facilement pour une vulgaire plage de remplissage, mais on apprécie néanmoins le spleen qui s’en dégage. In cold blood poursuit un peu dans la même veine, mais avec des beats cette fois. Arrive enfin Breathe, une reprise inattendue de Prodigy presque plus dansante que l’originale... Et confirmation que les influences des Subs sont davantage à chercher dans l’electro/rock (ou techno/punk, comme vous voulez) des années 90 que dans la synth-pop des 80’s. On danse, on sue, on n’en peut plus et Fuck that shit vient nous achever. Fuck that shit, c’est toujours le moment le plus intense d’un concert des Subs, celui où tout le public reprend le titre de la chanson en chœur tout en pogotant - le Hey boy hey girl des Chemical Brothers n’est pas très loin. La version présentée sur l’album est malheureusement étonnement clean en comparaison de celle jouée en live. A croire qu’à force de peaufiner durant des mois leur bijou en studio, Papillon et ses acolytes ont fini par le rendre trop policé. Légère déception donc, tout comme la relative platitude du dernier titre, From dusk till dawn, et l’absence des tubes Arpolis et You make me spill, certes déjà sortis sur d’autres supports mais qui auraient mérité de bénéficier de la visibilité offerte par l’album.

Malgré ces petits bémols, Subculture reste l’un des meilleurs albums d’électro sorti par un groupe belge depuis au moins... pfiou, des lustres. Depuis l’époque dorée de Front 242 et Neon Judgement, en fait. Comme un Front by Front, par exemple, l’album transcende les styles et réussit la gageure de faire bouger le public rock au moins autant que les fans de clubbing. Et même si Subculture sera très probablement ignoré en Wallonie pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas ici, quelque chose me dit que les Subs ne tarderont pas à jouer dans des grands festivals et des clubs prestigieux un peu partout dans le monde.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

The Subs : "Subculture"
(1/2) 29 novembre 2013, par eduardo
Business Card
(2/2) 18 avril 2013, par Lisa Parker




The Subs : "Subculture"

29 novembre 2013, par eduardo [retour au début des forums]

Les informations publiées sur ce site sont vraiment utiles pour les lecteurs. Je suis impressionné par la qualité des articles écrits par l’auteur. google+

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Business Card

18 avril 2013, par Lisa Parker [retour au début des forums]

I really appreciate your professional approach. I would like to thank you for the efforts you made in writing this post. I am hoping the same best work from you in the future as well. business card

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