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The Stooges : "The weirdness"
Auto-plagiat

samedi 17 mars 2007, par Marc Lenglet

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Après les New York Dolls voici quelques mois (voir ici) et les Who peu de temps après (ici), c’est au tour d’un autre groupe mythique des années 60-70 de revenir d’entre les morts, et de présenter du nouveau matériel pour la première fois depuis bien des décennies (1973 pour être plus précis). Et il ne s’agit pas de n’importe quel groupe puisque les Stooges peuvent être grossièrement considérés comme les grands-parents indignes de tout ceux qui se baptiseraient un jour du nom de punk. Ils furent également parmi les premiers à faire plonger le rock dans une ère de violence, de stupre, de provocation et de sexualisation à outrance. Que cette bande de délinquants sonores et sociaux, pionniers parmi les pionniers, décident subitement de revenir à la vie en 2007 est pour le moins surprenant (quoique Skull Ring, le dernier album d’Iggy Pop en solo, ait amorcé un début de collaboration entre l’Iguane et les frères Asheton). Suivant la formule consacrée, classe ou crasse ?

Ni l’un ni l’autre en vérité. Car au fur et à mesure que The weirdness largue ses incantantions beaufiques, on sent la déception s’installer insidieusement même si ces papys du rock pourraient tout de même en remontrer à pas mal de jeunôts question énergie. Il faut raison garder : dans le cas d’une formation telle que les Stooges, la nostalgie et/ou la curiosité comptent pour une bonne part dans l’intérêt que l’on porte à un nouvel album et une évaluation objective, dégagée de tous sentiments exogènes, est assez improbable. A l’exception d’une production en adéquation avec son époque (mais qui reste assez brute pour ne pas faire trop offense à l’éthique du groupe), les Stooges ont quand même mis la pédale douce sur l’essentiel de ces douze nouveaux morceaux. Iggy et les Asheton approchent tout de même des soixante berges bien sonnées et la prime jeunesse de leur carrière stoogienne semble bien éloignée. Pour effrénée qu’elle soit par rapport à celle de n’importe lequel de leurs contemporains encore en activité, la musique des Stooges fait à présent montre de bien plus de souci de bien faire que de fougue pure et Iggy lui-même semble fatigué, comme incapable de retrouver sur la durée ses allures d’homme-animal. Ce n’est pas un reproche, juste une constatation Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’aube des années 70. Ce qui avait toutes les caractéristiques d’une explosion de souffre à cette époque fait figure aujourd’hui d’hommage respectueux et professionnel envers un âge disparu.

Parce que bon, on n’écoute tout de même pas les Stooges pour avoir un avis éclairé sur l’humanité ou se ressourcer à la source d’une musique noble et raffinée. Le fait qu’ils conservent toute leur pertinence aujourd’hui tient à cet esprit sauvage et décomplexé, et à cette absence totale de respect pour toutes les convenances, sociales ou musicales, que leurs trois premiers albums libèrent à pleine puissance. Si on éprouve parfois l’illusion, sur le nouvel album, de retrouver la guitare vrombissante de Ron Asheton - encore capable de virevoltages bien crades, ceci dit - ainsi que la rythmique primitive du frangin derrière son kit de batterie telles qu’on les connaissait sur Fun house, la plupart du temps, il est néanmoins palpable que plus de trois décennies se sont écoulées depuis la fin du mythe. En dépit de quelques très bons moments (She took my money, Idea of fun,... voire même ce Free & freaky popisant ou ce Mexican guy terriblement groovy), The weirdness manque d’un réel grain de folie. Les Stooges cuvée 2007 n’ont même pas le mauvais goût de puer la réformation pour le fric (ce dont il aurait été facile de les blâmer)... Tout au plus la reformation pour le fun.

The weirdness, dans l’ensemble, reste une production d’assez bon niveau, simple et relativement défoulante. Néanmoins, cet album pose le même dilemme que celui des Who, si ce n’est que le schéma est ici poussé à son point le plus extrème. On attend forcément quelque chose de spécial, quelque chose qui confine au rock dans toute son abstraction, d’un tel album. On pouvait se consoler avec les opera introspectifs de Townshend ou les albums solo plus ou moins efficaces du père Iggy, mais un album des Who ou des Stooges, c’est tout de suite une autre histoire. Et, sauf intervention divine, on ne peut qu’être plus ou moins déçu de l’écart entre les anciens albums de ces deux formations, tout auréolés de légendes, d’anecdotes scandaleuses et d’un zeitgeist disparu, et le nouveau, qui est un disque de rock’n’roll, point barre. Bien plus que les seigneurs des mods, les Stooges symbolisaient une certaine culture rock poussée dans ses derniers retranchements. Il n’était pas évident pour eux d’atteindre à nouveau une telle outrance, une telle bestialité, une telle envie juvénile d’en découdre avec l’univers entier...et d’ailleurs, ils n’y sont pas arrivés. Les Stooges vieillissants se plagient eux-mêmes, certainement avec conviction et sincérité, mais l’étincelle est éteinte. The weirdness est un album moyennement remuant, avec des hauts et des bas mais dans l’ensemble, on peut tout de même le ranger dans la catégories des "retours réussis". Dans l’absolu, on prend de toute façon nettement plus de plaisir à écouter cette bande de vieillards salaces éructer des considération d’adolescent en chaleur qu’à subir les sempiternelles ritournelles du dernier Briton mal coiffé consacré « révélation de l’année » par la presse. Mais compte tenu des enjeux, la sauce ne prend malheureusement qu’à moitié.



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Marc Lenglet





Il y a 10 contribution(s) au forum.

The Stooges : "The weirdness"
(1/4) 23 mars 2007, par 7 ALM
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(2/4) 20 mars 2007
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(3/4) 19 mars 2007
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(4/4) 18 mars 2007




The Stooges : "The weirdness"

23 mars 2007, par 7 ALM [retour au début des forums]

On ne refait pas le passé, ok. N’empêche que "The Weirdness" est bon. Les Stooges n’étaient pas appréciés il y a plus de 30 ans, cela n’a pas changé.

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The Stooges : "The weirdness"

20 mars 2007 [retour au début des forums]

L’album s’est mangé 1.0 chez Pitchfork. Violent.
Le même jour, LCD Soundsystem relevait la moyenne avec 9.2.

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The Stooges : "The weirdness"

19 mars 2007 [retour au début des forums]

Pas d’accord, un grand album de rock’n’roll, méchant, vicieux et provocateur qui pète à la gueule et qui ne fait pas de cadeaux. Cependant la critique est compréhensible, avec un groupe aussi énorme que les Stooges, on ne peut être que déçu.

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The Stooges : "The weirdness"

18 mars 2007 [retour au début des forums]

Je ne partage pas particulierement l’analyse point par point de ce bon Marc, mais au final agrée son verdict. C’est du moyen-bon". Pas de quoi se relever la nuit, mais un cd qui passe tres bien dans la bagnole.

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    The Stooges : "The weirdness"

    19 mars 2007, par Ombremor [retour au début des forums]


    Mais, justement, là où il a raison c’est que jamais les Stooges des early seventies n’auraient eu l’intention de faire "un CD qui passe très bien dans la bagnole" (comme si c’était un critère : on voit à quel point on est passés de la notion de culture à la notion de consommation, avec ce genre de remarque défaitiste et déprimante). Les Stooges de l’époque brûlaient - au propre et au figuré - pour leur Art. Ceux de 2007 sont de sympathiques artisans, des gens volontaires et appliqués, avec un certain tour de main qu’on n’aura pas la méchanceté de leur refuser. Mais qui a besoin en 2007 d’un disque de "punk-rock honnête" de plus ?

    J’ai pas de voiture, c’est peut-être pour cela que je ne ressens aucun intérêt pour ce disque.

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      The Stooges : "The weirdness"

      20 mars 2007 [retour au début des forums]


      Vu l’etat mental des Stooges de l’époque, j’ai un leger doute sur leurs grandes ambitions politico-artistico-spirituelles à la sortie de leurs 3 premiers opus.

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        The Stooges : 3 crétins ?

        20 mars 2007, par Ombremor [retour au début des forums]


        Je te conseille la lecture de "Please Kill Me" pour te faire une idée sur la question. Tu y verras le témoignage de jeunes gens certes sous l’influence de substances plus ou moins identifiées et à l’attitude un peu décousue mais avec une intention qui ne doit rien au hasard et un discours sans ambiguité... Bref, on est à des kilomètres de ce vieil homme faisant le kéké en playback pour deux abrutis histoire de vendre du SFR...

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    The Stooges : "The weirdness"

    19 mars 2007, par Maître Yoda [retour au début des forums]


    " mais un cd qui passe tres bien dans la bagnole. " : c’est d’un triste !

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      The Stooges : "The weirdness"

      19 mars 2007, par cartman [retour au début des forums]


      Je te rassure, il y a des tonnes de gens qui ont encore besoin d’un disque de punk honnète. ça change peut etre pas une vie autant qu’un raw power, mais tant qu’il y a 2 ou 3 bonnes chansons dedans, dans cette période de non-énergie aigue et de soupe a la grimace, on va pas non plus cracher dedans (la soupe).

      PS : normalement, c’est a ce moment que serge coosemans arrive pour me dire que je n’ai rien compris...

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      The Stooges : "The weirdness"

      20 mars 2007 [retour au début des forums]


      En même temps j’ai peut-etre passé l’age d’attendre qu’une chanson change ma vie... Le plus triste c’est que l’enfance et la naïveté ont une fin.

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