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The Sound of Animals Fighting : "The ocean and the sun"
La grande brocante du rock indé est ouverte

mardi 25 novembre 2008, par Vincent Ouslati

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Comme cela m’arrive parfois, je tombe sans trop le vouloir sur des albums de groupes que je ne connais ni d’Eve ni de son mec, simplement attiré par le graphisme de la pochette parce que je la trouve « sympa ». Oui, il y a plus pro comme méthode de travail, d’autant que le contenu est parfois fort décevant au regard de son contenant, disons que c’est un petit jeu auquel je me prête volontiers lorsque je ne cherche rien de particulier... Ou que c’est en promo.

C’est ce qui est arrivé pour cet album, The ocean and the sun, troisième forfait du collectif très collectif The Sound of Animals Fighting, bébé d’Anthony Green, lui-même big boss de Circa Survive, groupe de rock que l’on définira au mieux comme « expérimental ». Cela promettait déjà beaucoup au niveau des compositions, et du travail sur le son, le résultat est au-delà de toutes mes espérances.

Il faut reconnaître à cet album un caractère très hétéroclite fort intéressant, du moins sur le papier. Du rock indé, du trip-hop, du punk enragé, de l’électro, de la mélodie enfantine et angoissante, il ne vous manque plus qu’une reprise de Carlos et vous aurez un panorama complet de la musique contemporaine. Pour bien montrer qu’ils sont ouverts et vachement cultivés, l’introduction est un texte parlé en sanskrit, l’intérêt de la chose est des plus limités, comme nombre d’interludes navrants qui parasitent l’écoute déjà bien hasardeuse de l’ensemble. Pour ceux qui comme moi ne sauraient pas définir ce qu’est le sanskrit, je vous renvoie à cette excellente définition ici, merci qui, merci Wiki ! Si nous sommes des gens ouverts et prompts aux expériences de toutes sortes, nous parlerons d’un bouillon de culture bigarré hérité des univers particuliers de chacun des membres du groupe. Par contre, le gros naze qui se gratte l’entrejambe en alternance avec l’ingestion de sa Jupiler dira plutôt dans un beuglement stomacal que c’est gonflant à la longue à force de prise de têtes et de bidouillages superflus, un gros foutoir qui fait mal au cuir chevelu. A la première écoute, je crus d’ailleurs que mon lecteur était bloqué en mode shuffle. J’ai vérifié et non a priori.

Green a voulu pousser encore plus loin les rencontres, les affrontements entre la somme d’influences qui a nourri sa propre culture musicale. Si l’effort est salutaire, on peine à s’extasier devant l’œuvre obtenu. Dans cet océan, il y a pourtant de petites perles, mais il faut retrousser son baggy et aller les y chercher. Le fameux titre épony..., pardon le titre qui s’appelle comme l’album, est très proche d’un bon Morcheeba, langoureux, planant, mais pourquoi nous coller cet inutile monologue de plus d’une minute à la fin et ces bidouilles sonores pseudo futuristes ? De même, The swan est un très bon titre, d’autant qu’Anthony Green a une voix suave et languissante des plus sympathiques. On se rapproche parfois des expérimentations d’un Damon Albarn sur ces différents projets hors Blur, notamment sur The Good, The Bad & The Queen. A l’exception près que ce dernier fait dans le dépouillement monacal face à au nouveau rejeton de Green.

Ce qui agace rapidement, ce sont les cassures de rythmes mal gérées, foutant en l’air le peu d’ambiance dans laquelle on commençait à se baigner. Des titres qui passeraient pour de vrais petits bouts de chefs-d’œuvre sont de fait torpillés par de grosses virées punkisantes se voulant violentes et rebelles, mais qui restent simplement complètement hors sujet et ridicules de surcroit. D’autant plus étonnant que les passages d’un titre à un autre sont eux fort bien gérés, si l’on ne compte pas les quelques instrumentaux pompeux et inutiles parsemés sur tout le disque.

Cellophane est la chanson qui aurait pu être bonne, et qui ne l’est pas. Une magnifique introduction, un chant superbe, une batterie au rythme syncopé et aventureux, ça vous donnait un air de Muse des grands jours, mais avec de la subtilité, pas désagréable. Ce petit air de saxophone, ces voix masculines et féminines qui se mêlent, vous êtes bien tenté de ne plus vous lever du lit, emporté que vous êtes par l’atmosphère fabuleuse que dégage la musique. Mais on vous a bien dit que c’était du rock indé, alors les belles mélodies, ça va bien trente secondes, mais rebelles comme on est, on va tout vous pourrir à partir de la troisième minute par des déchainements pathétiques de branlage de manche de guitare, c’est inaudible, mais c’est indépendant, hors contrôle, alors respectez notre ouverture d’esprit, bande de conformistes. Dans le même ordre d’idées, Uzbekistan est la rencontre improbable entre Radiohead, Ministry, et Massive Attack, c’est peu de dire que la digestion est douloureuse.

The ocean and the sun est complexe, heureux celui qui s’en fera une idée dès la première écoute. Mais si vous persévérez en vous disant que définitivement, vous ne pouvez pas être coincé au point de ne pas y voir toute la substantifique moelle de génie qui y est contenue, vous allez sévèrement galérer ou abandonner en rase campagne. Parce que cet album n’est pas mauvais, loin de là, les musiciens sont au top, des tranches de titres touchent au génie tant le travail effectué dessus est maniaque et original. Ce qui vous bloque irrémédiablement, c’est cette impression que ce disque a été fait par des êtres supérieurement intelligents, qui s’imaginent que tout un chacun va se délecter de leurs compositions ultra complexes sans rechigner de temps à autre. Quelle curieuse sensation que de sortir de l’écoute d’un disque proprement énervé, c’est rare fort heureusement, mais c’est bien ce qui s’est produit suite aux multiples écoutes que je me suis infligé de The ocean and the sun. Énervement devant ce qui aurait pu être un fabuleux album expérimental indé et qui n’est finalement qu’un gros ramassis de musique pompeuse désagréable à force d’autosuffisance et de "j’me regarde jouer". Forcément, vous vous remettez alors à vos banals disques de rock indé et leurs banales chansons, au moins vous vous sentez moins pris pour un abruti.



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Vincent Ouslati





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The Sound of Animals Fighting : "The ocean and the sun"
(1/1) 9 décembre 2015




The Sound of Animals Fighting : "The ocean and the sun"

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This album has a very unique title. The thing is, this is a trademark of the group. - Dennis Wong YOR Health

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