Pop-Rock.com



The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
Last but not least

dimanche 4 mars 2007, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
The Rolling Stones : "A bigger bang"
George Michael : "Patience"
Eagles Of Death Metal : "Peace love death metal"
Wolfmother : "Cosmic egg"
Jay Reatard : "Matador Singles ’08"
Colin Hay : "Are you lookin’ at me ?"
Adele : "19"
Buzzcock : "Buzzcocks"
These Arms Are Snakes : "Easter"
The Hives : "The black & white album"


Machina/The machines of God fut le dernier album studio officiel des Smashing Pumpkins, quelques mois à peine avant que ce qui fut l’un des plus grands groupes des années 90 n’annonce sa séparation officielle et, à l’époque en tout cas, définitive. Album méconnu, relativement à part dans la discographie du groupe et souvent incompris, Machina laissa à l’époque un goût amer à de nombreux fans des citrouilles - moi le premier - déçus que leur groupe fétiche quitte la scène sur une note discordante au regard de leur fantastique parcours.

Machina partage effectivement plus de caractéristiques avec la brève expérience Zwan menée en 2003 qu’avec les Smashing Pumpkins tels qu’on les connaissait au milieu de la dernière décennie. Passé The everlasting gaze, pièce épurée relativement proche de ce que le groupe façonnait quelques années plus tôt, l’auditeur de l’an 2000, impatient mais néanmoins anxieux comme à chaque nouvel livraison du groupe, pénétrait sans plus de formalités dans un univers en apparence inédit pour le groupe de Chicago, un univers moins ténébreux que celui d’Adore et moins bruitiste que sur les réalisations antérieures à ce dernier. C’est du moins l’impression instinctive que génère Machina et comme beaucoup, j’avais accueilli avec une certaine froideur ce qui m’avait spontanément paru témoigner d’un affadissement de la force de frappe des Smashing Pumpkins, mâtiné de viles œillades vers la pop la plus simpliste. Avec le recul, je dois avouer qu’il s’agissait d’un jugement un peu péremptoire car, sans être un chef-d’œeuvre à graver dans le marbre, Machina recèle tout de même son lot de surprises et de moments de grande valeur.

Tout en tentant de revenir à une notion plus traditionnelle du rock, Machina impose rapidement un usage très appuyé des claviers et un important travail réalisé sur les atmosphères, qui compensent la relative perte d’impact direct de leur musique. Paradoxalement, Machina se place pourtant dans la droite continuité de son prédécesseur direct, le curieux mais très convaincant Adore. Tout comme ce dernier, Machina suit un fil conducteur assez trouble, centré autour des réflexions de son créateur sur sa condition d’homme, son statut et son environnement artistique et humain. Pas de trace d’un véritable scénario pour faire passer symboliquement le message de Corgan : Machina n’utilise en rien les ficelles du rock progressif. Il s’agit plutôt d’un climat, d’un certain état d’esprit qui plane sur toutes ses séquences et lui confère, avec plus ou moins de bonheur, cohérence et unité. En dépit d’un certain hermétisme, le fond surprend moins que la forme car les citrouilles n’avaient jamais eu besoin jusqu’alors de recourir à une telle débauche de claviers pour faire passer leur joyeux négativisme. Sur les pistes où ils sont employés avec une certaine parcimonie - et ce n’est malheureusement pas toujours le cas -, ces artifices synthétiques renforcent heureusement le malaise et la sensation nauséeuse qui ont toujours servi de marque de fabrique à Billy Corgan. A contrario, lorsqu’ils s’imposent un peu trop comme les éléments dominants d’un morceau, ils jouent parfois les perturbateurs jusqu’à l’incongruité, et entraînent les Pumpkins sur des territoires où leur maîtrise des sentiments sombres est moins évidente. Ainsi, après un quasi sans-faute au démarrage, Machina s’essoufle légèrement en son méridien, tandis que les claviers gagnent en ampleur et en écho. Des pistes comme Wound ou The Crying tree of mercury sont plus proches de The Cure que de la scène alternative des années 90. Ne cherchez pas trace d’un jugement de valeur foireux entre les deux célèbres formations : ces pistes diffusent simplement des échos plus ouvertement spleeniques qu’insidieusement déprimants. Et à ce jeu-là, les Smashing Pumpkins, tout en faisant montre d’une capacité certaine à jouer sur toutes les facettes noires des émotions, sont loin de régner en maîtres incontestés. On signalera aussi pour la peine quelques pistes très popisantes, certes un peu simplistes quand on connait l’étendue des possibilités du groupe, mais qui remplissent leur rôle d’accroche-tympans à la perfection. (Raindrops + Sunshowers et I of the mourning), et surtout Try try try, dont le fatalisme morbide se trouve encore "magnifié" par l’effroyable clip de Jonas Akerlund mettant en scène le sinistre quotidien de deux toxicomanes.

Pressentant sans doute la fin prochaine du groupe qu’il avait guidé jusqu’au sommet, Billy Corgan manifesta le désir que ce chant du cygne soit placé sous le signe des retrouvailles entre les membres originels des Smashing Pumpkins. Après plus de trois ans de mise à pied pour sa participation involontaire à l’overdose mortelle du clavieriste Jonathan Melvoin, le batteur Jimmy Chamberlin fut réintégré au groupe pour ce dernier tour de piste. Ce qui n’empêcha pas la bassiste D’arcy Wretzky de planter ses comparses au beau milieu de l’enregistrement de l’album. Melissa Aur Der Maur la remplaça sur la tournée d’adieu, qui se termina le 2 décembre 2000 au Cabaret Metro de Chicago, la même salle où tout avait commencé douze ans plus tôt. Loin d’être l’apothéose de leur courte mais intense décennie d’existence, Machina fut malheureusement un flop relatif. Après un démarrage en trombe, le soufflé retomba bien vite et Machina reste à ce jour l’album des Pumpkins à s’être le moins bien vendu... Comme si le public, après avoir été rassuré sur la capacité de Corgan à ménager un effet de surprise à chaque nouvel album, avait finalement décidé que ce n’était pas ce genre de choses qu’il attendait des Smashing Pumpkins. Un parallèle amusant à établir avec l’album lui-même. Lui aussi démarre sur une noble envie d’en découdre et s’alanguit progressivement à travers une succession de morceaux qui, s’il signifient certainement beaucoup aux yeux de Corgan, n’en restent pas moins musicalement plutôt secondaires. L’album aurait également gagné à être moins dense et surtout, moins long. Avec près de 1h10 de musique et une nette concentration des réussites les plus intéressantes dans les sept premiers pistes, on peine à garder l’esprit aux aguets sur la seconde moitié de l’album. Un Glass & the ghost children interminable et garni en son centre d’un pesant instrumental mystico-intello-minimaliste marque le point de rupture de l’album, celui où on éprouve davantage l’envie de le relancer à la première plage au lieu de se taper les quelques morceaux qui restent. On ne trouve pas à proprement parler de ratages parmi eux mais ces quelques pistes n’en restent pas moins notoirement faibles, et portent quelque peu atteinte à l’excellente impression qui prédominait jusqu’alors.

D’un certain point de vue, s’il n’usurpe peut-être pas son titre officieux de « moins bon album des Smashing Pumpkins » pour les tenants des trois premiers albums, Machina reste néanmoins, à mon sens, un album trop souvent sous-estimé, et certainement pas le ratage monumental dont il est souvent question. Sa longueur et ses deux parties très inégales ne jouent pas en sa faveur, c’est un fait. Cette fois, le souci maniaque du détail et de la finition se sont un peu retournés contre Billy Corgan mais il n’y a tout de même pas là de quoi vouer l’album aux gémonies. De l’originalité, de l’éclectisme et des morceaux aussi énergiques que réussis, Machina n’en est pas avare non plus. Machina reste une expérience suffisamment audacieuse pour tirer un digne trait final sur un parcours placé sous le signe de l’excellence, une rupture peut-être encore plus radicale que celle initiée par Adore qui devait donc fatalement rester incomprise par une frange du public. Et tout complexe, perfectible et souvent lourd à digérer qu’il soit, sa production lisse et sa texture sonore moins chaotique balisent l’accès du néophyte à l’univers des Smashing Pumpkins bien plus efficacement que la rugosité de leurs anciens albums. Une raison supplémentaires d’accorder le bénéfice du doute à cet album atypique, ou la preuve définitive de la non-pertinence d’un produit bien plus tourné vers la pop que vers le rock alternatif sans concessions ? Tout dépend si on se montre prêt à accepter l’idée qu’une formation de premier plan puisse abandonner son domaine de prédilection et se lancer dans le défrichage de nouveaux horizons, avec toutes les maladresses éventuelles que cela implique. Il n’y a plus qu’à espérer qu’au terme de 2007, nous découvrions enfin si Machina était une expérience sans lendemain ou un témoignage prophétique du lointain futur des Smashing Pumpkins.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 72 contribution(s) au forum.

The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
(1/5) 8 mars 2007
The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
(2/5) 5 mars 2007, par Busterwulf
The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
(3/5) 4 mars 2007
The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
(4/5) 4 mars 2007, par jmsmirnoffice
The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"
(5/5) 4 mars 2007, par Xavier




The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

8 mars 2007 [retour au début des forums]

N’oubliez pas également le double album Machina II sorti un peu plus tard, de manière officieuse.

[Répondre à ce message]

The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

5 mars 2007, par Busterwulf [retour au début des forums]
La plupart des titres en live !

Pour ma part, je dirais que cet album est presque aussi atypique que Adore : on sent que Billy Corgan se met en retrait pour mieux nous conter l’histoire de Glass (personnage dans lequel il se projette), qui sera aussi le fil conducteur de Machina II. C’est la première fois que l’on voit apparaître un semblant d’album "concept" chez nos citrouilles adorées.
De manière plus prosaïque, je dirais aussi que cet album nous en donne pour notre argent : 1h10 de musique (à titre personnel, je n’ai pas ressenti la faiblesse dont il est question sur la seconde partie), une galette à l’illustration et aux reliefs qui nous font penser qu’un CD peut être aussi beau qu’un vinyl, et enfin un livret contenant de belles reproductions de peintures.
Attention, il y a du rock dans cet album : Heavy Metal Machine (le titre pose déjà le tableau) mérite ainsi de figurer parmi les meilleurs hymnes bruitistes des Pumpkins !

Quant à Zeitgest, aurons-nous droit à un reliquat du son de The Futur Embrace ? J’en doute. Va t-on nous servir un Machina III ? Je ne pense pas. La "blank page" doit être tournée, et on peut s’attendre à une grosse surprise. Quant au groupe, Melissa auf der Maur s’est bien approprié le style Pumpkins, mais James Iha semble irremplacable :(

[Répondre à ce message]

The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

4 mars 2007 [retour au début des forums]

The crying tree of mercury est un des titres phare de cet album, il existe sur internet une version piano qui montre bien à quel point ce titre est une tuerie. Le seul reproche que j’ai à faire à cet album, c’est le dernier titre qui donne une impression de fading pour un album puissant autant point de vue du son, que des émotions. On sent bien que la différence avec Adore c’est le retour de Chamberlain derrière les fûts (même pour les titres plus pop) & que Corgan a voulu fêter ce retour avec un son beaucoup plus compact & serré que celui d’Adore & le retour d’une guitare maîtresse sur de nombreux titres (voir la plupart). D’ailleurs à ce sujet je ne trouve pas qu’il y ait tant de claviers que cela sur cet album, & surtout qu’ils sont noyés dans la masse des guitares, la fin de Crying tree of mercury est éloquent à ce sujet. La réussite de cet album c’est pour Corgan d’avoir sû la puissance de fût de Chamberlain à un son plus élaboré & moins direct qu’à la première époque des Smashing, d’ailleurs Machina II est un hommage aux fans de la première heure il me semble en revenant à ce premier son. Deux époques des Smashing donne chacun une facette de Corgan, espérons pour tous & surtout lui-même qui aura su survivre au grunge & dépasser un son qu’il aurait décrédibilisé s’il l’avait répété ad nauseam, que Zeitgeist saura réunir ces deux époques & tous les fans de chacune de celles-ci.

[Répondre à ce message]

The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

4 mars 2007, par jmsmirnoffice [retour au début des forums]

Superbe chronique une fois encore, putain Marc tu t’invites discretos dans mon salon quand j’écoute des CD ???
Toutes tes remarques sur la longueur de l’album et le déséquilibre entre la premiere partie et la fin je me les suis faites il y a des années, bravo !!

A+
JM

[Répondre à ce message]

The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

4 mars 2007, par Xavier [retour au début des forums]

Tu fais bien de préciser qu’il s’agit ici du dernier album studio officiel puisqu’il y en a eu un tout dernier, relâché sur internet quelques mois avant ou après la dissolution (je ne sais plus très bien). Composé de morceaux bruts et parfois à la limite de l’inaudible, cet ’album’ avait le mérite d’être distribué gratuitement.

"Il n’y a plus qu’à espérer qu’au terme de 2007, nous découvrions enfin si Machina était une expérience sans lendemain ou un témoignage prophétique du lointain futur des Smashing Pumpkins."

Je pense qu’en l’état actuel de la reformation, il me semble difficile de renouer avec un Smashing Pumpkins de haut vol. Il manque la moitié du groupe malgré tout, rappelons le tout de même, et pas des moindres : James Iha et D’arcy. Je suis donc plus que sceptique quant à la réussite artistique de cette reformation.

Quant à la qualité de cet album, je dirais qu’il constitue une expérience de plus tentée par le groupe, que je qualifierais de demi-réussite. Cela reste malgré tout très écoutable et pour un fan inconditionnel de ce groupe comme je le suis, toute chanson des SP recèle quelque chose de particulier

[Répondre à ce message]

    The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

    4 mars 2007, par Alain [retour au début des forums]


    je suis d’accord sans l’etre avec Xavier.
    James et Darcy ont toujours fait que la petite main dans le groupe... Billy ayant toujours été un dictateur et l’unique compositeur si ma memoire est bonne.
    On peux s’attendre au meilleur comme au pire ... mais vu l’enjeux pour Billy Corgan, je doute que le pire puisse arriver.

    [Répondre à ce message]

      The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

      5 mars 2007, par Rens [retour au début des forums]


      Je suis pas grand spécialiste de ces bons vieux smashing pumpkins, mais je suis étonné de voir que personne ne soulève l’importance de ce bon vieux jimmy aux fûts. Sur mellon il joue d’une manière unique et surprenante. Il apporte réellement beaucoup de choses sur les albums auxquels il a participé.

      [Répondre à ce message]

        The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

        5 mars 2007, par jmsmirnoffice [retour au début des forums]


        Hi !
        Son absence apporte aussi beaucoup à l’album Adore auquel il n’a pas participé, le meilleur des SP !!

        A+
        JM

        [Répondre à ce message]

          The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

          6 mars 2007, par SP Fan [retour au début des forums]


          Mouais , il y a boire et à manger dans tout cela ! Les SP restent et resteront le meilleur groupe des années 90 ! Rien ne me fera pallier à cela !

          Meilleurs ? Qualité des musiciens (Jimmy , Jimmy , Jimmy !!!!!), diversifications des sons (quand on passe de Adore à Gish, on peut apprécier toute la puissance de composition du maitre Billy. Et, c’est avec eux qu’on va enchainer les albums qui se ressemblent) , performance scénique (vous avez déjà été voir un de leur concert ??? c’est là que le groupe se trouve !), etc.

          S’il est question de Machina, il est puissant à plusieurs niveaux. Rock oui Rock (Heavy Metal Machine, etc.), expérimental (Glass and the Ghost children)...

          Parfois je me demande ce que vous cherchez dans la musique ! dans vos critiques, c’est toujours trop ceci ou pas assez cela. Et puis, une fois que vous avez trouvé un groupe qui arrive à balancer cela, comme c’est la cas les SP, c’est pas encore bon !

          Vivement le prochain album !

          [Répondre à ce message]

      The Smashing Pumpkins : "Machina / The machines of God"

      7 mars 2007, par Xavier [retour au début des forums]


      D’abord pour répondre à SP Fan : si si, je suis content de tout ce qu’ont fait les SP...sauf du split et de la soit-disant reformation avec la moitié des effectifs.

      Pour répondre à Alain : Oui, Billy a toujours été "leader" plus qu’incontesté mais les SP ce n’est pas que lui, sinon il aurait pu faire aussi bien tout seul, ce qui est loin d’être le cas. Chaque membre du groupe apportait un plus à la musique des SP et donc en refaisant le groupe sans Iha et D’Arcy il va clairement manquer quelque chose.

      Et je trouve que, hormi la musique, chaque membre avait une personnalité qui faisait l’alchimie de l’ensemble.

      [Répondre à ce message]