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The Music : "The Music"
Le NME ne dit (pas) que des conneries.

jeudi 11 novembre 2010, par Vincent Ouslati

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De la tripotée de groupes en "The" que les médias angliches et leurs toutous d’ailleurs nous mirent sous le nez, fort peu ont vraiment duré sur ma platine. Après quelques émois bien naturels, le temps a fait son œuvre puis a fini par envoyer tout ce beau monde chez Gibert. Tous sauf un, dont chaque disque est sagement acheté, rangé, et souvent sorti du plastique. A chaque passage, à chaque écoute, les mêmes tressaillements dans les guibolles, les mêmes fourmis qui piquent la nuque. L’unique "The", je vous le dis, c’est The Music.

“The Music”... Quelle plus grande tentative markéteuse que d’affubler d’un tel nom un nouveau groupe de blancs-becs. Détection rapide de relents d’arnaque, de la nouvelle et fugace étoile téléguidée, du logique rejet au bout de douze mois, la farce ne prendra pas, ne nous prendra pas.
Il est vrai que nous, consommateurs culturels, avons parfois la main leste dans le portefeuille, que quelques simples notes matraquées à l’envi nous font dégainer les biftons sans plus de réflexion. Il est vrai qu’on se fait finalement souvent baiser, difficile de passer outre ces énormes panneaux pétant de lumière et de flash, qui attirent, ne serait-ce qu’une seconde la rétine, l’oreille.

En 2002, je me suis pris ces panneaux, comme tout le monde, et j’en ai avalé des trucs pourraves, beaucoup. Lorsque de nouveau lobotomisé, je mis dans mon cabas le premier album de The Music, avec ses stickers promo du NME et des Inrocks’, je me sentais baisé, et heureux de me sentir baisé.
Lorsque j’arrachais le plastique aussi brutalement qu’une abstinence de trois mois vous ferait dénuder une morue, j’étais encore en pleine montée hormonale, avec une insatiable soif de jouissance, une rage de choper la moindre once de plaisir, où qu’elle se trouve, même dans cette nouvelle galette pupute.

Puis la raclure douteuse se fout effectivement à poil, là devant vous, par un The dance qui passe bien au-delà de vos doutes et des regrets économiques, et bien qu’elle ne laisse échapper de ses dehors vulgaires qu’un orteil, vous le notez fin, avec l’ongle délicatement peint. Pas un poil de trop, un mouvement qui vous entraine, un son chaud qui foisonne et fait danser, et ses quelques gouttes de plaisir qui pointent sous le chapiteau.

L’effeuillage se poursuit et la température de la pièce se fait insupportable, vous prenez la longue route jusque vers ses hanches (Take the long road and walk it) et vous marchez à fond. Pas de résistance possible face à cet amas sublime de chair et de sueur, les mouvements de son bassin qui manoeuvrent les votres, ses cris rageurs qui font se décoller toutes vos inhibitions.

Nous sommes humains avant tout, et apprécions à sa juste valeur les charmes de cette nymphe qui se montrant nue dévoile toute sa superbe jeunesse, cette arrogance naive qui excite les aigris consommateurs. De Human, voici notre tension qui baisse, baignée dans les ondes de son élégance. Puis l’étreinte se fait soudainement plus dure, fi de mots, la vérité nous oblige à concéder que cette donzelle nous domine totalement. Le refrain de The truth is no words est un addictif dangereux sous ses atours de funk et de chaleur, l’amour devient un acte nouvellement bourré de sauvagerie et de surprises. Il n’y a plus rien de conscience dans les gesticulations de votre corps sur cette musique, plus rien que cette perte de controle avouée sous les variations dance de Float, toujours au son des battements énormes d’un palpitant semblant démoli par quatre paires de baguettes à la fois.

Vous finissez par éteindre la lumière (Turn out the light) comme l’on éteindrait peureusement un feu, de peur qu’il ne vous consume en son entier avant le grand final. Sauf que The people. Le voilà, le tube de stupre qui vous avait fait vous rapprocher de la demoiselle, le voilà ce petit truc racoleur et sexuel qui est le coupable de votre rencontre du jour. Mais il provoque la même excitation, la même perte de raison qu’au premier regard, il n’a de cesse de jouer du clin d’oeil et d’un rythme monstrueusement bandant, vous vous jetez dessus et vous suppliez que ça ne s’arrête jamais.

Si vous comptiez élaborer d’autres positions, Gateway vous en empêchera. Vous étiez en sueur sur le parquet, à manipuler l’air avec vos bras, vous poursuivrez l’effort, encore et toujours, et allez vriller sous la maitrise de son doigté avec Disco, sa technique de la tueuse à facettes qui vous plie en quatre et vous fait agiter les muscles dans des débattements inquiétants. Vous arrivez haut, très haut, Too high, et vous vous échappez de la piste dans un mouvement brusque, les joues creuses et les muqueuses sèches. The Music venait de vous réinventer le rock, dans tout ce qu’il a de plus efficace et dévastateur, dans toute la fureur de sa jeunesse. Le meilleur coup de 2002, sans efforts.



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Vincent Ouslati





Il y a 10 contribution(s) au forum.

The Music : "The Music"
(1/8) 29 décembre 2013, par edu
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(2/8) 15 novembre 2010, par ben
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(3/8) 11 novembre 2010, par kozmik
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(4/8) 11 novembre 2010, par Fabrice V
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(5/8) 11 novembre 2010, par editors59
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(6/8) 11 novembre 2010
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(7/8) 11 novembre 2010, par HB
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(8/8) 11 novembre 2010




The Music : "The Music"

29 décembre 2013, par edu [retour au début des forums]

C’est un impressionnant informations. Continuez votre bon travail et continuer à partager des informations utiles. Visit miami real estate page.

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The Music : "The Music"

15 novembre 2010, par ben [retour au début des forums]

Marrant de voir ce disque chroniqué ici et maintenant ! Je l’ai trouvé chez un disquaire de seconde main à Pise (Gap Record Store - Via San Martino - allez-y, si vous êtes de passage, c’est un disquaire comme on voudrait en voir plus souvent - un joyeux foutoir mais avec des merveilles en vinyl ou cd - il y en a vraiment pour tous et toutes )
Je connaissais le groupe par "Getaway", mais vu le ramdam orchestré par nos journaux préférés (ceux que l’on aime détester, mais qu’on lit), j’avais passé l’affaire...mais bon, il y a des raisons que la raison ignore ;-)
In fine, un bon croisement entre les stone roses et johnny marr and the healers (leur seul album - boomslang - bien meilleur que l’album solo de John Squiresorti à la même époque) , peut-être même avec une pointe d’oasis.
J’ajoute que j’y ai pris aussi "20 mothers" de Julian Cope (que ce site dervrait chroniquer ; celui-ci et d’autres)
En parlant de disquaires, espèce en voie d’extinction, je ne peux m’empêcher de vous indiquer :
Maggie’s farm : Reggio Emilia (IT)- Via Emilia San Pietro
Tosi dischi : même endroit, même rue
Symphony Record Store - Livorno (IT) Piazza Cavour
FNAC - San Sebastian (ES) - Ils y ont une collection de vinyls, réellement impressionante.
Disco Linacero - Zaragoza (ES)- Il y en a pour tous les goûts.
FNAC - Zaragossa (ES) - dirigez-vous tout droit vers le rayon "offerta", c’est une mine de tout ce qui n’est pas "main stream" (Secret machines entre autres) à des prix défiant toute concurrence.
Arlequin - rue du chêne - Bruxelles (BE) en face de mannekenpis
Record Collector - A côté de la Bourse de Bruxelles (BE)

Après tout, il n’ y a pas que le download dans la vie....

PS : si vous avez des adresses de disquaires dans les endroits les plus improbables, merci de les poster

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010, par kozmik [retour au début des forums]

Les avis son partagés... Couscous ?

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010, par Fabrice V [retour au début des forums]

De la fraîcheur, une certaine forme d’urgence, des clubbers prenant d’assaut guitares et batterie (Leeds se parfume d’essence madcunienne), une réelle présence scénique (je me souviens encore de leur 1er concert au Botanique) et un premier album plus que réussi.
Comment ce groupe a-t-il pu sortir un si mauvais 3ème album en 2008 ?
p.s.:Bel article. Il n’y a apparemment que Mr Ouslati ayant compris qu’une critique d’album implique une description des morceaux le composant.

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010, par editors59 [retour au début des forums]

je pensais être le seul à scrobbler ce groupe sur lastfm...Je ne suis pas seul au monde...Ouf ! Il faut rendre hommage à ce groupe et au chanteur hors pair....Dire que maintenant on s’extasie sur un matthew bellamy quasi chialant et beuglant ses textes d’incontinent....Faut revenir au basic instinct de ce que le rock anglais crasseux peut faire de mieux quand il mêle son glorieux passé à la rythmique incandescente d’un dance floor dans son acceptation la plus noble.

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010 [retour au début des forums]

Tout à fait d’accord avec monsieur Ouslati, j’ai adoré ce disque, ainsi que les suivants. C’est certains que The Music ne fait plus partie de la hype aujourd’hui, mais ce n’est pas parce que ça n’a plus le même retentissement que The Music n’a pas le mérite d’exister. Une musique à la fois pêchue et dansante, qui va bien plus loin que les Franz Ferdinand et consorts de la même époque.

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010, par HB [retour au début des forums]

Entre Alarm et Zombies, ce Music doit se situer au beau milieu de mes The. Bof cette galette qui n’en casse pas des plus frais que la moyenne…

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The Music : "The Music"

11 novembre 2010 [retour au début des forums]

Une autre critique de ce disque, qui est exactement l’opposée de celle-ci. Marrant !

http://planetgong.over-blog.com/art...

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