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The Long Lost : "The Long Lost"
Le Crépuscule des Disques

mardi 24 février 2009, par Serge Coosemans

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Un couple californien bobo lambda. Monsieur fait de l’électronique et du hip-hop sous le nom de Daedelus, Madame chante le folk et le jazz comme le faisaient les froides ingénues anglaises des années 80 -notamment celles qui signaient sur nos belges Disques du Crépuscule- avec une distinction distanciée, donc. Ensemble musicalement semi-actifs depuis 11 ans, ils forment de temps à autre ce duo du nom de Long Lost, proposant une musique apaisée mais sombre ; axée sur l’amour sans être naïve, rêveuse, jolie... mais peut-être aussi totalement exaspérante !!!

Toute ma vie, je me souviendrai du seul concert de Coco Rosie auquel j’ai assisté. C’était l’époque du premier album, de la hype. Je ne connaissais rien du groupe mais je suis d’un naturel curieux. Et cynique. Et buveur. Je me suis donc ramené pinté au concert et quand les deux donzelles ont commencé à jouer sur scène, au bout de quelques chansons, mon scepticisme mariné a commencé à se transformer en réel doute pouvant se traduire par l’éternel questionnement du « c’est quoi, c’te merde ? »

Comme souvent dans ces cas là, j’ai un moment cherché une réponse dans les regards et les expressions des gens qui m’entouraient mais tous avaient l’air complètement fascinés, en totale vénération, proches de l’extase. A la fin de chaque morceau, je m’en souviens très bien, il y avait quelques applaudissements nourris et ensuite un court moment de silence quasi-total et très respectueux, juste avant que ne démarre toute en douceur une nouvelle chanson. Est alors venu ce moment où ce mec visiblement très à l’ouest a commencé à rapper pour accompagner le duo. J’ai trouvé ça ridicule, incongru, grotesque, et donc, ai éclaté d’un énorme rire moqueur, méprisant, très audible et aussi personnellement très libérateur par rapport au doute initial ; ce qui m’a valu bien des regards de mort alors que je quittais la salle hilare en appelant mes potes à me rejoindre au bar.

Ce n’était ni la première, ni la dernière fois que je manifestais ainsi publiquement mon scepticisme alcoolisé et même s’il est principalement et instinctivement réactif, au moment de théoriser, on peut toujours appeler ça « le bon vieux coup de l’avocat du diable ». Il est en effet un peu trop facile, voire même idiot et lâche, d’avancer que je n’étais tout simplement pas dedans, que je ne comprenais pas cette musique, qu’elle n’était pas pour moi, qu’il ne fallait pas que j’en dégoûte les autres, que sais-je encore... Moi, les mecs qui critiquent ce que j’aime, ils me font généralement marrer, je peux même les trouver pertinents, les remercier de m’ouvrir des pistes de réflexion, même si ça ne change pas souvent grand-chose à mes goûts, finalement. C’est vivifiant, ce genre de dissensions et, surtout, moins crétin que le fanatisme de base. Va critiquer Coco Rosie, Depeche Mode, U2, Radiohead, Manu Chao ou Ghinzu et déboule la version adaptée à la sphère culturelle du vieux reproche multi-centenaire que les croyants font aux athées : « ne réfléchissez pas et surtout, ne discutez pas, cela risquerait de briser le rêve. » Parfois, j’aime bien tenter de briser le rêve pour le plaisir voyou. Parfois parce que le rêve est à mes yeux un scandale à dénoncer. Mais le plus souvent, je ne cherche pas à briser le rêve. J’exprime plus simplement une opinion mais comme fanatisme et culture du débat n’ont jamais fait bon ménage, c’est plus souvent perçu comme provocation hérétique que comme la carabistouille nerdy que c’est fondamentalement.

Long Lost est un disque qui va, je pense, faire rêver et fanatiser. Vous aimerez ce groupe si vous aimiez le versant folk des Disques du Crépuscule, vous l’aimerez si vous aimiez Coco Rosie et Joanna Newsom. Si vous vous reconnaissez dans les coups de cœur et les prescriptions de médias tels que Pitchfork, RifRaf, les Inrocks, Volume... Vous l’aimerez parce qu’il vous semblera débarqué d’une soucoupe volante dans ce monde de brutes, qu’il est doux et joue sur un romantisme très anachronique (les musiciens s’habillent façon XIXème siècle !). Vous l’aimerez parce qu’il est urbain plus que bucolique, qu’il tricote la grosse ficelle de la référence au compositeur classique Erik Satie, que c’est du folk ni barbu, ni mystique. Si vous vous reconnaissez dans tout cela, si vous sentez que cela est pour vous, arrêtez ici la lecture de cette chronique. Vaquez et allez en paix... Vivez longtemps et prospères.

Sinon, rejoignez-moi du Côté Obscur. C’est Bertrand Burgalat qui a un jour dit en substance que beaucoup de musique indépendante actuelle était foncièrement de la merde parée des atouts d’une certaine qualité principalement parce qu’elle semblait s’opposer à quelque chose d’encore bien davantage merdique (Björk ou Fleet Foxes versus Star Ac et tout cela versus le bon esprit des Black Lips et de Beyoncé, en gros !) Je souscris totalement à cette théorie, cette vision. J’ai écouté 6 fois en une journée l’album de Long Lost et jamais, il ne me touche, il est selon moi faussement joli et réellement bidon. C’est un album qui peut faire son petit effet opposé à l’actualité mais ne résiste pas à la comparaison aux classiques et autres grandes réussites du (des) genre(s) auxquels il se rattache. C’est du papier peint pour oreilles, une portion d’ennui joli et distingué mais qui de sensé irait trouver de l’intérêt dans l’ennui ? C’est bien fait, oui, comme est bien faite la carbonnade flamande de chez Lidl : ça se bouffe mais puis, quoi ? Puis, rien... T’as juste envie d’une carbonnade flamande faite par ta grand-mère ou par le cuistot du Viva’m Boma ! Dans le cas qui nous occupe, réécouter du folk en chambre réellement allumé, n’importe quel beatnik...



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Serge Coosemans





Il y a 7 contribution(s) au forum.

The Long Lost : "The Long Lost"
(1/2) 26 février 2009, par mathieu
The Long Lost : "The Long Lost"
(2/2) 25 février 2009, par Jefferson




The Long Lost : "The Long Lost"

26 février 2009, par mathieu [retour au début des forums]

chouette resto le viva m’boma d’ailleurs... :-)

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The Long Lost : "The Long Lost"

25 février 2009, par Jefferson [retour au début des forums]

C’est du papier peint pour oreilles, une portion d’ennui joli et distingué mais qui de sensé irait trouver de l’intérêt dans l’ennui ? C’est bien fait, oui, comme est bien faite la carbonnade flamande de chez Lidl : ça se bouffe mais puis, quoi ? Puis, rien...

C’est très vrai et correspond tout à fait à +- 90% des brols que j’ai écouté recemment... Tu cherche la faille, sans trop la trouver parceque c’est de fait fort bien fait, mais c’est d’un chiant... Alors tu te dis que ça doit être toi... Et puis non franchement : c’est chiantissime... Amiina, Alias & Tarsier, Aqualung (Mon Dieu, mon Dieu, pfff...), un nouveau Cranes (quelle idéee aussi...), Professor Murder, Seefeel, j’en oublie, et des meilleurs. Chiant au possible... T’en arrive à écouter des trucs style Hot Snakes, avant de te dire que, d’accord c’est différent, mais c’est chiant aussi... Donc d’accord avec Burgalat. Pas que je ne me sois pas fait avoir dans le passé par ces oripeaux musicaux d’ailleurs...

Je cherche toujours des perles, mais elles se trouvent dans un tas de fumier qui prend des proportions dantesques. Il faudrait plusieurs vies pour faire des fouilles complètes et satisfaisantes. grmblll

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