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The Horrors : "Strange house"
Des punks au XIXème siécle ???

mercredi 12 septembre 2007, par Alexandra Jakob

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En voila deux qui entretiennent des relations plutôt chaotiques. De nature humble et discrète, le talent s’accommode parfois assez mal de la hype, cette furie mythomane prête à tout pour se faire mousser dans les endroits bien. Dernièrement, la demoiselle s’est entichée d’un sacré phénomène de foire, dont le comportement erratique a aussitôt fasciné les jeunes nantis en mal de repères. En bonnes caricatures gothiques chic, les Horrors élèvent l’exagération au rang d’art. Reste à savoir s’il s’agit de second degré ou d’un mal beaucoup plus profond. Une chose est sûre : les amateurs de clichés vont se régaler.

On imagine bien les Horrors au levé du soir, s’éveillant après une longue journée passée à sommeiller dans un lit en forme de cercueil. Un pot de gel fixation extra forte à la main, nos méchants méchus retouchent ensuite leurs tignasses touffues, avant de se contorsionner péniblement pour s’introduire dans leurs jeans extra slims. Une fois les boucles de leurs ceintures et de leurs chaussures astiquées - la lune se reflètera très bien dedans - les cinq Londoniens se retrouvent pour une soirée DVD. Au programme, un Tim Burton et Orange Mécanique. Le reste de la nuit, le groupe le passe à explorer les ruelles du quartier sombre de Whitechapel, à la recherche d’un cas d’étude morbide. Mais que voulez-vous, les temps ont changé depuis la fin du XIXème siècle. Les fêtes foraines sont maintenant pleines de peluches doucereuses et d’écœurantes barbes à papa. La femme à barbe porte un postiche. Quant à Jack l’Eventreur, il a bien sûr raccroché depuis perpète, et personne ne l’a remplacé.

Autant dire qu’aujourd’hui, en ces temps pleins d’illuminés fanas de Casper le gentil fantôme, les Horrors ont des allures d’anachronisme glauque. Leurs concerts prennent parfois des allures de rixe généralisée où chaque accessoire métallique compte, même les boucles de chaussures. Leur premier clip, Sheena is a parasite, voit une jeune actrice s’arracher les boyaux le plus naturellement du monde. Bref, il y a énormément à dire sur ces horreurs, leurs redingotes en velours, l’emprise qu’ils exercent sur des gamins avides de sensations fortes. On pourrait parler des heures du groupe sans même évoquer son premier album, qui s’avère bien évidemment à la hauteur des personnages, comme le sous titre "Psychotic Sounds for Freaks and Weirdos" le laissait entendre.

Disons le franchement : Strange House est laid. Certains titres sont même vraiment trop laids pour se laisser décemment écouter (Draw Japan, Little victories). Mais cette laideur est intéressante, voulue. Achevée à grand coups de farfisa, un orgue affreux que l’on croyait réservé aux foires manouches. Entérinée sous un chant punk braillard et des chœurs de messes noires. Mise en exergue par un son garage ostensiblement cradingue, histoire de ressembler à un générique de train fantôme. A force de volonté morbide, cette sombre disgrâce finit par fasciner et attirer malgré soi, notamment durant l’indispensable Jack the ripper et Count in fives, où le vilain farfisa tourne à plein régime. Sheena is a parasite se révèle étonnant d’intensité malsaine, tout comme un Thunderclaps aux allures de procession funèbre décalée. Quant au reste du disque, il contient tous les autres archétypes sordides de bon aloi, de la collection de gants qui siéraient parfaitement à la main de la famille Adams (Gloves) au meurtre pendant un mariage (Death at the chaptel). Les plus impressionnables partiront s’acheter une gousse d’ail et une croix en argent massif. Les autres se contenteront d’un jus de tomates bien coagulé et écouteront cet album avec un rien d’ironie amusée, sans pouvoir toutefois refouler une certaine jubilation.



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Alexandra Jakob