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The Goo Goo Dolls : "Gutterflower"
La guerre des roses

jeudi 31 mai 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Sortis de l’ombre du rock alternatif US grâce à la ballade Iris, qui avait au moins eu le mérite de faire pleurer dans les chaumières, les Goo Goo Dolls ont littéralement explosé à la face du monde. Qu’on les aime ou pas, leur rock écorché a eu une influence importante sur le développement des groupes américains au cours des quinze dernières années. Gutterflower, sorti en 2002, s’inscrit directement dans l’évolution musicale accomplie avec Dizzy up the girl, mais en arborant un côté bien plus sombre et plus dur.

Avant d’être un album de plus dans la discographie du combo de Buffalo, Gutterflower est surtout l’album du divorce de John Rzeznik. Bien plus torturé et bien moins insouciant que les précédents disques du trio, cet opus ouvre une fenêtre singulière dans l’univers du chanteur, qui trouve dans ces chansons le moyen d’exprimer beaucoup de frustrations, tout en y décrivant des personnages plutôt interrogateurs et paradoxaux. Des phrases comme "swallow all your bitter pills, that’s what makes you beautiful" en témoignent plus que largement.

De fait, la colère contenue de Gutterflower se fait sentir dès Big machine, où les guitares rock lourdes ont épaulées par des fûts bien plantés, le tout dans une production acérée et résolument rock. Il faut leur reconnaître ce mérite : plutôt que de rester vautrés dans la pop-rock de Dizzy up the girl, Rzeznik et ses joyeux lurons préfèrent retourner vers leurs racines, que l’on situe volontiers entre Green Day et Alice In Chains, et ça se sent. Outre les titres à fleur de peau de Rzeznik, cet album présente également quatre morceaux écrits par Robby Takac, qui contrebalancent l’ambiance aigre de ce Gutterflower. Ainsi, Up, up, up et Smash obéissent à un format punk, avec un Mike Malinin en pleine dépense d’énergie derrière sa batterie ; à vrai dire, jamais les titres positifs de Takac n’avaient été aussi efficaces et surtout autant nécessaires pour pouvoir trancher avec le cynisme affiché par Rzeznik.

Here is gone, le single phare, témoigne justement de l’ambiance en demi-teinte qui se dégage de cet album finalement très personnel. Les mélodies sont bien plus sombres et lumineuses qu’à l’accoutumée, comme si les guitares de Rzeznik cherchaient en vain un espoir dans une situation perdue d’avance. When you think about me et It’s over ne dérogent pas à la règle, mais quelque part, tous ces titres illustrent une observation plutôt ironique : jamais un album n’aura été aussi intense, aussi sérieux et aussi inventif. La désillusion sied plutôt bien au sieur Rzeznik, pour notre plus grand bonheur, finalement.

Par ailleurs, la rage contenue avec difficulté tout au long de cet album permet de produire des titres percutants et efficaces, qui restent longtemps dans la tête de l’auditeur. Contrairement à son prédécesseur, Gutterflower n’offre qu’une seule ballade en la personne de l’acoustique Sympathy, nocturne morceau pour guitare esseulée, errant au milieu de l’album comme un solitaire réveillé en pleine nuit par ses questionnements. Un album résolument psychologique, mais dédié à la musique, probablement la seule femme que Rzeznik ne quittera jamais, par ailleurs. Tout y est inextricablement compliqué, à la fois féroce et désabusé, et offre un rock conscient, poussé à la créativité par le désespoir latent de ses compositions. Un heureux mélange qui prend plutôt bien, à classer quelque part entre Therapy ? et les Posies.



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Clarisse de Saint-Ange





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The Goo Goo Dolls : "Gutterflower"
(1/1) 21 octobre 2016




The Goo Goo Dolls : "Gutterflower"

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I couldn’t agree more of this review. And I really like this album. - Bath Planet

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