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L’Album du mois
The Gathering : "Home"
Sweet, very sweet home

dimanche 23 avril 2006, par Geoffroy Bodart

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Commencez par chasser de votre esprit tout ce que vous pourriez attendre d’un nouvel album de The Gathering et les diverses annonces et rumeurs entourant ce Home. La pochette évoque pour vous l’artwork de Mandylion et vous avez entendu parler d’un retour des guitares et d’un opus plus rock ? L’idée a bien été soulevée, mais les choses ont changé en cours de route. Vous aviez du mal à contrôler vos glandes salivaires quand le groupe a officialisé le retour de Attie Bauw (le génial producteur à qui on doit How to measure a planet ?), derrière les manettes ? Calmez-vous car on est loin des expérimentations de ce double-album. Vous vous attendiez à un disque dans la veine mélancolique du dernier album, l’excellent Souvenirs, qui date quand même de 2003, ou dans la veine semi-acoustique du live qui a suivi ? Encore raté. Mais qu’ont-ils fait, alors ? Et à quoi ressemble cet album ? Les Hollandais ont fait comme ils en ont l’habitude depuis près de dix ans : ils ont encore évolué. Et cet album ne ressemble à rien d’autre qu’à lui-même.

Toujours désireux d’explorer de nouveaux horizons, The Gathering a encore fait fort avec ce nouvel opus. Outre le retour d’Attie Bauw à la production, le groupe a posé ses instruments et consoles dans une ancienne église pour enregistrer ses nouvelles compositions et s’immerger dans l’ambiance de recueillement et de bien-être qu’il souhaitait développer sur son nouveau disque. Dire qu’ils sont parvenus à leur objectif est un euphémisme : jamais le groupe n’avait réussi à produire une atmosphère aussi intime et envoutante. Réalisé en à peine six semaines (on est loin de l’année complète dévouée à la production de leur précédent opus), l’album fait fi de tout chipotage et les mélodies qu’il renferme sont appelées à submerger l’auditeur d’émotions sans autre forme de procès.

Il ne faut toutefois pas en déduire que les compositions sont directes, ou simples. Bien au contraire, et c’est là que réside la grande contradiction de cette musique, aucune chanson ne se donne facilement dès la première écoute. Si l’accroche est néanmoins instantanée, ce n’est dû qu’à la voix d’Anneke Van Giersbergen qui fait mouche à chacune de ses interventions. Mais il faudra de nombreuses écoutes pour découvrir tous les trésors que renferment les chansons. Cette étrange sensation, ce plaisir instantané doublé d’une difficulté à appréhender tous les éléments de la musique, est le fait non seulement de la construction des chansons, mais aussi et surtout de la production. Très pointilleuse, très fouillée, elle permet à l’auditeur qui veut s’en donner la peine de se perdre dans un dédale sonore, dans des paysages complexes où chaque détail a son importance, ce qui ne l’empêche pas de favoriser l’épure quand celle-ci s’impose.

Dans un premier volet qui réunit les quatre premières chansons, le groupe s’attelle à poser les bases d’un album qu’il veut mélancolique mais pas caricatural, pas simplement dépressif, pas non plus rehaussé par une note d’espoir qui sonnerait de travers. Avec des paroles ouvertes, laissant l’auditeur incorporer de son vécu dans la musique et donc s’approprier celle-ci et la ressentir plus que l’écouter, le groupe parvient à multiplier les ambiances et les humeurs sur l’espace d’une chanson de cinq minutes. Alone est à ce titre tout simplement saisissant. Rythmique angoissante, chant tour à tour spectral puis cajoleur, break atmosphérique, final martelé : il y a de tout dans cette chanson sans que son unité en soit perturbée le moindre instant.

Après ce début de haute volée, intervient le triptyque le plus sombre de l’album, initié par l’instrumental Fatigue. S’ensuit A noise severe, peut-être (mais c’est loin d’être une certitude) le meilleur titre de cette galette. S’ouvrant sur une ligne de basse absolument divine (qui démontre au passage le talent de la nouvelle bassiste), cette chanson est également de celles qui refusent toute unilatéralité. Alors qu’on croyait s’engager dans un titre dans la veine passéiste de Nighttime birds, un break absolument magique intervient dès le tiers de la chanson pour ouvrir le champ à une prouesse magnifique de la vocaliste, tout en finesse, avant qu’une guitare saturée, une batterie très lourde et un clavier oppressant ne clôturent la chanson. Epoustouflant (et je pèse mes mots). Et cette frêle petite chose qui suit, Forgotten, dénuée de tout artifice, nous achève définitivement.

Solace, qui ouvre le troisième volet de l’album (le plus lumineux), est la chanson la plus déroutante du lot. Rythmique martiale, paroles scandées en français, anglais, espagnol et néerlandais, et chant angélique par-dessus le tout, elle constitue, selon les explications de la chanteuse, une invitation à passer outre le brouhaha de la vie quotidienne pour se poser, souffler et profiter de la vie. Ce thème récurrent chez The Gathering d’un monde qui avance trop vite et empêche de profiter des choses simples trouve ici son expression la plus aboutie par une fusion complète du fond et de la forme. Hormis le plus dispensable The quiet one, court instrumental très sympa mais en deçà de la puissance du reste de l’album, cette dernière partie vaut surtout le détour pour Your troubles are over et ses fantastiques lignes de chant, et pour la langueur de Box. Ce dernier volet s’achève sur une reprise du thème de Forgotten, qui s’étire doucement et nonchalamment pour permettre au disque de s’éclipser sur la pointe des pieds et nous laisser prolonger l’état comateux et rêveur dans lequel il nous a plongés.

Si les musiciens font preuve d’un travail remarquable à la fois de subtilité, de puissance et d’intensité, et s’ils prouvent à nouveau leur indéniable talent à imposer des ambiances uniques, on les sent bien au service (mais pas asservis) de la magie du chant d’Anneke Van Giersbergen. Une fois de plus stupéfiante (ses parties de chant sur Waking hour font à chaque fois frissonner), elle a l’intelligence et l’humilité de ne pas tirer à elle la couverture en laissant s’épanouir la musique quand celle-ci n’a besoin de rien d’autre, en n’en faisant jamais de trop, en balayant tout gimmick ou tout maniérisme, en ne cherchant qu’à faire vivre les chansons d’un groupe dont la symbiose est évidente.

Indispensable !



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Geoffroy Bodart





Il y a 24 contribution(s) au forum.

The Gathering : "Home"
(1/5) 22 mai 2007, par elend
The Gathering : "Home"
(2/5) 29 juin 2006, par lolo
The Gathering : "Home"
(3/5) 3 mai 2006, par Busterwulf
The Gathering : "Home"
(4/5) 25 avril 2006
The Gathering : "Home"
(5/5) 23 avril 2006, par Youki Smayas




The Gathering : "Home"

22 mai 2007, par elend [retour au début des forums]

Comme bon nombre de groupes, The Gathering s’assagit et évolue. Alors que pour la plupart des groupes "s’assagir" rime avec "moins bien qu’avant" pour The Gathering c’est tout l’inverse !!! C’est envoûtant, sensible, frais, ça transporte, et donne des frissons. La voix d’Anneke est d’une beauté... Bravo !!

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The Gathering : "Home"

29 juin 2006, par lolo [retour au début des forums]

Vu que cet album a été nommé album du mois d’avril 2006, je l’ai acheté pour écouter sachant que je connaissais pas le groupe !
A la première écoute, j’ai pensé à un mélange d’ ALL ABOUT EVE, et de COCTEAU TWINS avec de trés bon musiciens plein de recherches et d’innovations.
A la deuxième écoute, il m’a semblé un peu sombre sur la fin et un manque de réalisme !
A la troisième, j’en suis revenu à dire que l’album est bon mais à suivre car peu mieux faire....

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    The Gathering : "Home"

    29 juin 2006, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    Si vous sentez naître un intérêt pour ce groupe, je vous suggère d’écouter How to measure a planet ? et Souvenirs, les deux albums qui, musicalement, peuvent le plus être rapprochés de Home. Et, dans un autre registre, si vous aimez le metal atmosphérique, je vous conseille également Mandylion et Nighttime birds.

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The Gathering : "Home"

3 mai 2006, par Busterwulf [retour au début des forums]

Encore un disque de grand qualité, mais comment font-ils ?
L’album nécessite au moins 6 bonnes écoutes avant d’être pleinement apprécié, c’est la marque des grands.
Et si Anneke ne parvient pas à vous tirer une larme ou à vous donner des frissons, c’est que vous avez perdu toute sensibilité.

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The Gathering : "Home"

25 avril 2006 [retour au début des forums]

étant fan de "the gathering" depuis longtemps j’attendais le nouvel album avec grande impatience. Je dois bien avouer qu’à la premiere ecoute je fut un peu surpris par la tournure de cet album mais tres vite la surprise s’est transformée en plaisir total. je suis d’accord sur le fait que comme d’habitude le groupe a evoluer musicalement mais je trouve egalement qu’on est quand meme proche d’un souvenir.

à écouter de toute urgence

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The Gathering : "Home"

23 avril 2006, par Youki Smayas [retour au début des forums]

Je n’ai strictement rien à dire, ni en bien, ni en mal, sur "The gathering" et encore moins sur cet album que je n’ai pas ecouté.
Par contre je tiens à clamer haut et fort que les pieces détachées Audi sont hyper chères, et que ça flambe au Népal.

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