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The Faint : "Danse macabre"
Clubbed to death

vendredi 16 mai 2003, par Marie Debionne

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The Faint ressemble à un sombre groupuscule d’étudiants tout droit échappés de la new wave anglaise et qui auraient juste de quoi se payer une boite à rythme et 2, 3 synthés pour en extirper de véritables bombes à retardement irrésistiblement 80’s.

Une basse latente et efficace gronde dans un roulement sourd, titillant vicieusement l’oreille de l’auditeur puis un riff de guitare saturé est plaqué, tournant en boucle, suivit de près par la machinerie simpliste et implacable de la rythmique cinglante, entre indus et disco. Quelques bidouillages électro un peu cheap et dissonants façon Commodore 64 s’articulent sur la mélodie puis des synthés très new wave -un peu à la Sleepers in Metropolis d’Anne Clarke- font une entrée fracassante. Le tout explose lors du refrain survolté, avec ses orgues théatraux : "Agenda Suicide, the drums work hard before they die and give us our pretty little homes".

La voix glam de Todd, sensuelle, rappelant du Duran Duran ou du Damon Albarn un peu déjanté façon crooner sexy auto-proclamé, se détache sur des atmosphères synthétiques curistes et glamour ou des agressions sonores, limite métal, mais toujours très à propos.

Le clip d’Agenda Suicide (programmé sur MTV ou lors d’un numéro du magazine TRACKS en France) est une allusion au "terrorisme sociale" quotidien et aux dictats implicites du capitalisme : un cadre trentenaire se lève, effectue les même taches invariablement chaque jours (anti-dépresseurs/métro/boulot/dodo) puis il fini par perdre la raison : ses collègues s’ornent de têtes monstrueuses d’animaux, l’architecture de la boite devient une immense carcasse, tout le monde se suicide sur les rails du métro qui est envahit par une vague de sang.

« A ta mort,tu ne dois pas regretter le fait d’avoir passé ta vie à travailler pour des gens dont l’emploi n’avait aucun sens à tes yeux » En B.O. d’American Psycho(B.E Ellis) ce serait tout bonnement idéal.

Entre graphisme apparent aux affiches expressionnistes d’après-guerre(formes géométriques, chromatique simple)et vidéo de personnages animés en noir et blanc, la patte cynique du groupe est là. Tout comme la pochette de l’album sous forme de collage primitif qui montre un working man en costard, dansant avec sa mallette et sur un second plan des immeubles se découpant sur un ciel rouge. L’esthétique est presque aussi importante que la musique aux yeux des cinq membres de The Faint qui envisagent leur projet sous un format artistique. C’est presque un art band.

Super rétro, cette "gothiquerie" est grotesque comme la vie et efficace comme un tube d’adrénaline. On patauge dans le spleen avec ferveur furieuse et sueur. En se trémoussant frénétiquement sur le dancefloor sur des hymnes robotiques grisants et frais tels Worked up so Sexual ou Clubbed to Death c’est un appel anti-yuppie que l’on lance : "Nous, dandys jeunes et hypes, refusons de nous tuer au travail. Question retraite, c’est pas gagné. Nous voulons de la déglingue et du fun !" Un peu dans l’idée de XTC avec Making Plans for Nigel (Nigel qui ne veut pas entrer dans une grande Ecole).

Entre Depeche Mode et les Stooges, la dark wave et le post-punk, morgue et flegme post-chaotique (Let the Poison Spil), transe et mélancolie, simulation de marteaux piqueurs avec un coté bande son de jeux vidéos désuets d’heroic fantasy (Violent).

Certains morceaux sont construits comme du Fad Gadget (Collapsing new people, Scapegoat), du Front242 (VGDT), du Soft Cell (Sex dwarf), du Christian Death (tout le coté mortuaire) ou du Bauhaus (un de leurs titres sur un précédent album était Amourous in Bauhaus fashion). Glaciale et moderniste.

Assimilés au new rock (ce genre qui digère électro et rock) dont font partie Radio 4 ou Interpol, The Faint sont assez à l’aise sur scène comme tout bon groupe rock qui se respecte.

On peut aussi indirectement les comparer à des groupes catalogués électroclash tels Adult, qui les a remixés, ou DJ Hell (qui a repris du Tuxedomon ou du Liaisons dangereuses) pour tout le côté kitsh et cliché-frime ou même à des groupes plus alambiqués tel Add N to (x), même s’ils avouent que "Your Retro Carrer Melted" est plutot une critique de cette mouvance trop mercantile...

Il ont pourtant fait une repris de Enola gay d’O.M.D., avec brio, et comptent sortir un album de remixs de "Danse Macabre" par des valeurs sures de l’electronica.

Soyons chic dans la mort, vivons dans l’urgence. Très citadin, "Danse macabre" est une métaphore des névroses occidentales (Ballad of a Paralised Citizen, Worked up so sexual), et de ses moeurs arriérées, malgré la technologie et le progrès.



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Marie Debionne





Il y a 3 contribution(s) au forum.

> The Faint : "Danse macabre"
(1/2) 2 août 2004, par Bigmouth
> Danse macabre
(2/2) 19 décembre 2003, par Bono ze edge




> The Faint : "Danse macabre"

2 août 2004, par Bigmouth [retour au début des forums]

Article interessant, mais certaines références utilisées ne sont pas très cohérentes. Il faudra en effet m’expliquer les influences de bauhaus ou de christian death sur The Faint...

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> Danse macabre

19 décembre 2003, par Bono ze edge [retour au début des forums]

C’est tellement bourré de références intéressantes dans tous les sens (vraiment dans tous les sens) que je serais curieux de lire un autre article de toi (si tant est que tu en ai écrit s’autres). On dirait une sorte de condensé culturel qui te définis...
Je me trompe ?

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