Pop-Rock.com



The Divine Comedy : "Absent friends"
Avec des amis pareils...

mercredi 2 juin 2004, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
No One Is Innocent : "Gazoline"
Blackmore’s Night : "Ghost of a rose"
Eric Clapton : "Back home"
Covenant : "United States of mind"
Within Temptation : "The heart of everything"
David Gilmour : "On an island"
The White Stripes : "Icky Thump"
Mr Oizo : "Lambs Anger"
Morgan Geist : "Double Night Time"
Peter Gabriel : "Up"


Tout le monde en parlait, presse spécialisée et généraliste confondues. Le patronyme du groupe évoquait Dante et un certain lustre clinquant. Le maître de cérémonies, le Nord-Irlandais Neil Hannon, intriguait par son apparence souffreteuse et torturée. On définissait The Divine Comedy comme de la pop symphonique, genre relativement peu usité, avec un véritable orchestre sur scène et tutti quanti. Avec en prime le célèbre Nigel Godrich à la production, il y avait de quoi attendre avec une grande impatience ce nouveau fleuron en provenance des îles Britanniques. Mesdames et messieurs, voici ma première douche froide de l’année.

Responsable de quelques albums brit-pop dans les années 90, Divine Comedy avait splitté l’an dernier. Hannon réapparaît aujourd’hui, seul maître à bord de son groupe à présent doté d’un petit The bien dans l’air du temps. Le contenu de l’album est raffiné, calme et ouvragé, à l’image des compositions de leurs premières années. Les thèmes développés ici sont personnels et tissent une toile musicale de la vie de l’auteur ces derniers temps : Le retour en Irlande, les sentiments partagés de joie et de déception qui en découlent, la naissance de sa fille, l’échec du groupe idéal, ou du moins de l’idée qu’il s’en faisait, le tout sur le ton d’une nostalgie douce-amère non dépourvue d’humour et de légèreté. Et des hommages, voilés ou pas, aux absent friends, ces gens que Neil aurait aimé pouvoir rencontrer, de Oscar Wilde à Steve McQueen.

En théorie, tout a donc l’air réglé comme du papier à musique et Absent friends semble réunir tous les ingrédients aptes à en faire une excellente cuvée. Seulement, il n’y a que sur le papier qu’on est convaincu. Ne tergiversons pas : Absent friends est soûlant, mollasson, sans envergure. Un exemple presque pédagogique de la manière dont on peut foirer un album en partant d’une bonne intention.

Le côté crooner manque sa cible. Si Neil Hannon n’est en rien un incapable, sa voix, sans grand relief, sonne mal sur des compositions que se veulent d’une certaine profondeur. Pire, on le sent incapable de se décider tout à fait entre le chant crooner et le chant pop, pour un résultat fatalement boiteux. Dans le même genre, et avec nettement moins de capacités à la base, Elvis Costello s’en tirait infiniment mieux sur le superbe North. Les arrangements classiques sont plutôt variés, mais là non plus, il ne faut pas s’attendre à des merveilles : leur côté vieillot et décati reste ce qu’ils renferment de plus attachant. Les plus humbles d’entre eux n’atteignent pas le minimalisme qui leur aurait conféré une aura mystérieuse, tandis que les tentatives plus ambitieuses ne diffusent absolument rien d’évocateur ou de visuel. Raté pour l’aspect potentiellement cinématographique des morceaux.

Quelques pistes plus accessibles et plus simplement pop relèvent un peu le niveau, mais si peu, malheureusement. Ce sont des chansons qu’on peut qualifier de « guillerettes ». Pas mauvaises quoi, juste potables... Des mélodies qu’on chantonne vaguement sous la douche, sans bien se rappeler où on a pu les entendre, et sans s’intéresser outre mesure à la question. Imaginary friend et sa dégaine de comptine enfantine évoque ce qu’aurait pu réaliser Syd Barrett totalement à jeûn, ce qui est pour le moins impossible à envisager. Ca délasse deux minutes et puis, on oublie et on se demande quand sortira le prochain album de Muse.

Tout cela est vraiment regrettable car, que ce soit sur l’aspect symphonique ou sur l’aspect pop de la chose, on devine un gros travail de précision, voire même une maniaquerie presque obsessionnelle, en quête de l’accord émouvant, de la note qui fait mouche, de la section de cuivres ou de cordes judicieusement placée. Mais ça ne suffit pas à donner vie à ces mélodies molles et neurasthéniques, à ce chanteur hésitant et fade, à cette ambition artistique mal calculée…En se voulant présomptueuse et fascinante, la musique de The Divine Comedy ne parvient qu’à se montrer pompière et pusillanime. Je n’arrive cependant pas à me montrer gratuitement désagréable envers Absent friends. Rien ne semble avoir été bâclé et tout cela a le mérite de sortir des sentiers battus de la britpop. Mais quand on veut s’éloigner du sentier balisé, il vaut mieux ne pas oublier qu’il y a un fossé avant la randonnée sauvage...



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 9 contribution(s) au forum.

The Divine Comedy : "Absent friends"
(1/6) 1er août 2007, par grosnez
The Divine Comedy : "Absent friends"
(2/6) 31 mars 2006, par ubik
> The Divine Comedy : "Absent friends"
(3/6) 6 septembre 2005, par Vincent
> The Divine Comedy : "Absent friends"
(4/6) 6 avril 2005, par nico
> The Divine Comedy : "Absent friends"
(5/6) 14 mars 2005, par lkj
> The Divine Comedy : "Absent friends"
(6/6) 14 janvier 2005, par bibu




The Divine Comedy : "Absent friends"

1er août 2007, par grosnez [retour au début des forums]

Ah, mais je comprends tout ! Monsieur Langlet est fan de Muse... La plus grande arnaque de tous les temps.
Monsieur Langlet descent "Absent Friends" et "Close to the edge" de Yes et encense Muse et King Crimson. Monsieur Langlet m’a l’air de quelqu’un de très sérieux qui aime la musique qui se prend très au sérieux.

[Répondre à ce message]

The Divine Comedy : "Absent friends"

31 mars 2006, par ubik [retour au début des forums]

non mon petit marc "the brit", c es tpas possible ? moi qui adore tes critique et ta prose tout au long des articles que j ai pu lire sur le site, moi qui avait envi de prendre ta defense a chaque attaque deplacé faites a ton encontre, moi qui avait envi de te prendre sous mon aile protectrice pour te dire "vas y mon zoziau ! montre leur a tous ce que c’est une bonne critique"....
mais reecoute le donc cet album ! et du meme coup ecoute tout le reste de leurs (sa ?) discographie. detend toi, allonge toi dans un bon canapé et pete un petit coup avant d appuyer sur play (ca aide toujours pour une bonne ecoute).
laisse toi aller un peu et tu verras (peut etre) c est un des groupe le plus grand et le envoutant des 30 derniers annees ! meme cet album .
bon sans rancune de toute façon, meme si j ai detesté cette critique cela n enleve en rien a ton talent.
oubli tes "muses" un instant et laisse toi tenter par un "mutual friend" quelques minutes... juste pour voir....

[Répondre à ce message]

> The Divine Comedy : "Absent friends"

6 septembre 2005, par Vincent [retour au début des forums]

Je suis toujours curieux de voir à quoi peut rassembler une crtique fort négative de groupes que j’adore. Celle-ci m’intéresse, on sent que l’auteur n’a pas du tout aimé le style en général, et a relevé quelques faiblesses. Mais soyons clairs, bien que Absent Friends soit loin d’être mon préféré, je le défends quand même car il ne s’agirait pas de trouver des défauts là où on repère juste des spécificités. J’aimerais ainsi donner mon avis et établir quelques affirmations (certaines déjà citées).

- Traiter de "fade" et "hésitante" (je ne cite pas directement) la voix de Neil Hannon m’a beaucoup étonné. C’est un chanteur remarquable, capable de beaucoup de tons, dont la voix a très bien vieilli, la preuve en est de ses concerts.

- Vous fustigez les mélodies, ce qui me fait un peu rire vu qu’il s’agit selon moi d’un des rares artistes à demeurer constant dans la qualité des morceaux. J’ai rarement entendu autant de chefs-d’oeuvre en une seule carrière, sauf chez les plus grands groupes.

- Une musique "pompière" comme celle-ci et qui se veut en effet volontairement grandiloquente change un peu de groupes pop british actuels presque trop sobres (pour ne pas dire chiants à mourir). Je ne cache pas qu’on puisse trouver TDC ridicule mais il s’agit d’un style très particulier qui fait généralement que l’on adhère ou que l’on adhère pas.

- Le coup de "The" vous auriez pu le garder pour vous. Maintenir la particule vient à mon avis plus de la volonté de maintenir une continuité dans la carrière du chanteur. Celui-ci a, je pense, d’autres chats à fouetter que se comparer à une scène nouvelle, et peut-être mal cernée, à laquelle il n’appartient pas.

[Répondre à ce message]

    > The Divine Comedy : "Absent friends"

    6 septembre 2005, par lkj [retour au début des forums]


    Je pige pas, le "The" a toujours été présent.Je n’ai pas le tout premier album mais en 93 sur Liberation je peux lire "The Divine Comedy".
    Késako ????

    [Répondre à ce message]

      > The Divine Comedy : "Absent friends"

      24 septembre 2005, par Vincent [retour au début des forums]


      Il n’y a aucun mystère : le "The" est présent depuis toujours. Je mentionnais juste qu’en plus de commettre cette énorme erreur de journalisme, l’auteur met dans le même sac Neil Hannon et d’autres groupes plus récents en "The" qui n’ont absolument rien à voir.

      [Répondre à ce message]

> The Divine Comedy : "Absent friends"

6 avril 2005, par nico [retour au début des forums]

Oser descendre "Absent friends" et même pas relever que "Our mutual friend" est un chef d’oeuvre, c’est énorme.
Bon allez, retourne chez ta mère écouter Muse et Kyo, sacré rigolo !

[Répondre à ce message]

> The Divine Comedy : "Absent friends"

14 mars 2005, par lkj [retour au début des forums]

Pas de chance le Neil.
Son plus grand talents est de se faire incendier presque systématiquement par les critiques.

C’est vrai qu’il n’a jamais été très bien compris et sa musique ainsi que son look de premier de la classe n’ont rien arrangé.

Enfin bon ce n’est pas très grâve car cela ne l’a jamais empêché de pondre des albums grandioses à l’opposé des modes (non, il n’a jamais fait de britpop le monsieur Hannon).

De toute façon les amateurs ont déjà la galette et savent de quoi il retourne.

Au fait : le "the" devant Divine Comedy est très récent, il date du premier album.

[Répondre à ce message]

> The Divine Comedy : "Absent friends"

14 janvier 2005, par bibu [retour au début des forums]

Ecrire la critique de cet album sans mentionner "our mutual friend", j’appelle ça du survol ...

C’est vrai, certains morceaux manquent de profondeur, c’est vrai, le petit irlandais peut se montrer agaçant et quelques fois falot (il savait aussi se montrer hautain sur scène, fut un temps...). C’est vrai, il semble courir après la magie et la jeunesse de ses 2 premiers albums (je vous conseille Promenade...)

Mais combien de groupes pop sont capables d’écrire une au moins 1 chanson par album qui vous prenne aux tripes ?? 1 chanson qui vous pousse à vous plonger tout entier dans votre Harrap’s édition 1989 tant la petite histoire a pu vous toucher, 1 morceau qui vous parle ?

Avec le petit irlandais, on accroche pas du tout ou on est fan... pas de demi mesure.

Ce type est une bénédiction.

[Répondre à ce message]