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The Datsuns : "Smoke & Mirrors"
Moins grégaires qu’ils en ont l’air

jeudi 22 mars 2007, par Alexandra Jakob

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Qu’importe le fond, pourvu qu’il y ait la forme. Impeccablement calés dans les standards du rock actuel, bien des groupes pudiquement qualifiés de "moyens" remportent l’adhésion populaire grâce à leurs mèches frontales et quelques riffs bien tronçonnés. Ce n’est malheureusement pas le cas des Datsuns, dont le look académique cache pourtant une créativité et une fougue remarquables. A se demander à quoi pense parfois ce salaud de succès.

Certes, The Datsuns ne sont qu’un groupe en "The" de plus. Ils ne marqueront sans doute pas l’histoire du rock du sceau indélébile de leurs six cordes. Pas facile non plus de leur attribuer une bourde tonitruante à la Pete Doherty, une déclaration débile et fracassante à la Liam Gallagher, une provocation scénique à la Howlin’ Pelle Almqvist. Leurs singles n’accompagnent pas les nouvelles pubs EDF ou Renault. Bref, rien de bien croustillant à se caler sous la plume, si ce n’est leur nationalité passablement exotique. On connaît mieux la Nouvelle-Zélande pour ses moutons et ses aborigènes. Mais digresser là-dessus n’a franchement rien de passionnant. Les Datsuns déboulent d’une belle île antipodique et paumée où il ne se passe pas grand-chose question rock. Ils doivent se sentir un peu seuls. Point barre.

Alors, quand le contexte extérieur ne se prête pas au racolage rédactionnel - un des grands plaisirs du chroniqueur lambda - il reste toujours la musique. Tout bêtement. Smoke & Mirrors, le troisième opus du quartet austral se révèle à la fois fugace et entraînant. Amorcé par d’excellents brûlots garage relevés d’un orgue flamboyant (Why are you stamping your foot for ?, System overload), cet album prend ensuite une tournure plutôt inattendue avec la ballade Waiting for your time to come. Guitare planante, mélodie aérienne, chœurs vibrants, ce morceau constitue un de ces trop rares moments de grâce absolue, que l’on ne peut qu’apprécier dans sa brièveté. Par miracle, l’enchantement se poursuit sur le plus country Stuck here for days, à la fois rageur et harmonieux. Le reste de l’album, toujours efficace mais moins captivant, mêle habilement le bon vieux hard rock 70’s à de surprenants chœurs gospel (Maximum heartbreak, All aboard) ou se lance dans des chevauchées d’une grandiloquence enthousiaste, notamment avec Too little fire, qui conclut sur une ultime note positive, à peine ternie par les plus fades Blood red et Emperor’s new clothes.

Avec leur premier album sorti en 2002, les Datsuns ont été parmi les premiers à s’engouffrer dans la brèche garage ouverte par les Strokes. Si ces derniers ont mûri au fil d’airs plus sombres et apaisés, les quatre Néo-Zélandais ne se sont pas départis de leur état déchaîné initial, tout en apportant à leur style quelques touches novatrices bienvenues. Un tour de force bien trop mésestimé.



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Alexandra Jakob