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The Darkness : "One way ticket to hell... and back"
Disco inferno

vendredi 6 janvier 2006, par Marc Lenglet

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Avec The Darkness, pas de demi-mesure : soit on les considère avec un brin de recul et on s’amuse bien, soit on réagit à chaud et à partir de là, toute tentative d’accommodement et de compréhension mutuelle est vouée à l’échec. Il existe aussi une troisième possibilité : celle d’avoir très mauvais goût aux yeux du beau monde et d’y trouver une sorte de satisfaction perverse. Parce que, même pour moi qui me positionne entre la première et la troisième explication, One way ticket to hell est pesant sur l’estomac. Et la vision glaçante qui m’envahit à l’écoute de leur deuxième album est toujours celle d’une énorme pièce-montée rose bonbon, gonflée de crème chantilly jaunie par l’ajout déraisonnable de jaune d’oeuf, et piquetée d’une chiée de fruits confits et de ridicules garnitures en plâtre

Ces bouseux de la campagne anglaise ont en effet récolté un succès aussi foudroyant qu’imprévu sur base d’une idée qu’on pourrait qualifier, au mieux de naïve, au pire de suicidaire : pratiquer un rock easy-listening plus connoté années 80 que n’importe qui d’autre sur la scène actuelle. Ou même que qui que ce soit n’aurait osé s’y adonner, y compris à l’époque. A côté d’eux, Queen tient du congrès annuel des entrepreneurs en pompes funèbres. Et Electric Light Orchestra d’une digne réunion entre vieux bluesmen du delta.

Même ceux chez qui l’unique réflexion qui s’impose lorsqu’ils songent aux années 80 est « plus jamais ça » doivent bien admettre que The Darkness a le chic pour pondre en un clin d’œil des morceaux remuants et efficaces, juste conçus pour faire la fête et pas davantage ! De ce point de vue, la piste d’ouverture, One way ticket, reste dans la continuité du premier album, avec ses riffs à la AC/DC et son refrain que n’aurait pas renié Def Leppard. Mais prenez garde, ce n’est qu’un leurre ! The Darkness, des propres dires de son fantasque leader, ne se livre à ces gambades Hard FM que par la conviction qu’elles constituent le meilleur appât possible pour rameuter fissa à leurs pieds des légions de nostalgiques qui, sans oser se l’avouer, auraient aimé vivre leur jeunesse à une époque où les hardos arboraient des vestes bourrées de badges et des coiffures en chienne, et où un futal en lycra jaune poussin symbolisait la classe ultime. Le rêve secret de The Darkness, c’est un album entier de pop/rock surchargée d’orchestrations dégoulinantes, de pompe, de démesure symphonique, de prétentions délirantes. Bref, un album qu’avec la meilleure volonté du monde, on ne pourrait pas qualifier autrement que « kitsch ».

On parlait de la Castafiore à moustaches un peu plus haut : il paraît aujourd’hui plus évident que jamais que Queen et son célèbre frontman font l’objet d’une véritable fixette de la part de leurs lointain imitateurs. Knockers ne commence-t-il pas sur une ligne de basse et un rythme vocal qu’on jurerait presque piqués à Radio ga ga ? Pour l’opérette délurée de English country garden, Justin Hawkins et sa bande de joyeux lurons ont même poussé le raffinement jusqu’à réutiliser le piano sur lequel avait été enregistré Bohemian rhapsody... De l’obsession pathologique on vous disait ! Seemed like a good idea est la ballade du lot... Non, excusez moi... LA ballade dans toute sa splendeur, qui vous fera probablement le même effet que mastiquer à la chaîne des chewing-gum au goût fraise et ce, pendant deux jours d’affilée. Hazel eyes et Girlfriend quant à eux, sont à se pisser dessus au rythme des soubresauts hilares qui ne manqueront pas de vous agiter. N’allez pas imaginer une pointe de mépris sous-jacent dans cette affirmation : la grande force du kitsch, c’est sa fraîcheur, son comique involontaire, son ingénuité face aux notions de ce qu’il est de bon goût ou de bon ton de pratiquer en musique. Et en dépit des annonces mégalo-fracassantes des membres du groupe, je doute sérieusement que leur démarche soit fondamentalement à prendre avec le sérieux pince-fesse de tout amateur de musique convenable raidi par sa vision manichéenne des choses. D’autant plus que nous ne sommes plus dans les années 80, que le kitsch n’a plus pignon sur rue et que The Darkness, par sa navigation solitaire à l’encontre de la vague dominante, constitue une espèce à protéger, ne serait-ce que par souci d’équilibre. Oui, si vous vénérez les Strokes, les Hives, les Babyshambles et toute cette vague de nouveaux groupes rock biberonnés au punk d’antan, ne songez même pas à poser les yeux sur ce... ce... cette... chose. Vous en seriez malade, répugné par la manière cavalière dont ces grotesques saltimbanques traitent le « noble » rock’n’roll.

Vaut-il mieux en rire que s’en foutre ? Mieux vaut en rire, je pense, mais pas uniquement. Parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un album aussi fendard entre les mains. Enfin si, le dernier Indochine, mais ce n’est pas tout à fait pareil. De la même façon qu’entre rigoler en regardant Y a-t-il un pilote dans l’avion et rigoler en regardant l’intégrale de Benny Hill, on se sent malgré tout un peu triste et honteux à la vision du second. Passons. Indubitablement, après les courtes 35 minutes de cet album, on se sent de bonne humeur. Et qu’à l’occasion, je suis davantage prêt à débourser pour un album moyen qui me met de bonne humeur que pour un album bien supérieur qui ne provoque que des réactions purement esthétiques et intellectuelles de ma part et pire, risquerait de me faire entrer dans la grande confrérie des amateurs « éclairés » de rock. Certes, One way ticket to hell ne vole pas bien haut. Qui a prétendu qu’il fallait que quelque chose soit bon pour qu’on y prenne son pied ?



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

The Darkness : "One way ticket to hell... and back"
(1/1) 6 janvier 2006, par bru




The Darkness : "One way ticket to hell... and back"

6 janvier 2006, par bru [retour au début des forums]

Mais pourquoi il est pas bien le dernier Indochine ?
Moi j’aime bien...

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    The Darkness : "One way ticket to hell... and back"

    6 janvier 2006, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    Difficile à dire...un peu de tout je dirais. Moi, ce sont surtout les textes et les clichés qui me fascinent sur cet album. L’opinion semble être communément partagée à la rédaction, manque plus que quelqu’un pour se lancer dans la chronique...

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      The Darkness : "One way ticket to hell... and back"

      6 janvier 2006, par Kao [retour au début des forums]


      Le dernier album d’Indochine est une caricature d’Indochine, et spécialement de Sirkis qui n’en finit plus de s’exstasier sur cette fantastique période qu’est l’adolescence, les premiers boutons éclatés devant le miroir en cachette, les premiers poils qui viennent cacher la "pucellité du bas", les premières cuites à la Sminorff devant canal le (en crypté, à travers un pull) ... il réussit quand même l’exploit de tirer une espèce de poésie de tout ça (j’ai dit "une espèce"). Ceci dit, si les paroles sont donc passablement quelconques, voir niaises (mais moins insupportables que des "je t’aime / reviens / pourquoi tu es parti / monte le son / faisons la fête" disponibles dans toutes les langues), la musique est plus qu’écoutable à mon sens ... Oli de Sat fait un travail sympa entre NIN et de la guimauve, "oser" des morceaux sans refrains et un double album relève d’un pari relativement osé dans le petit monde naze de la pop française ...

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