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The Coral : "Roots & echoes"
L’ombre du passé

mardi 2 octobre 2007, par Marc Lenglet

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Depuis quelques années, The Coral n’en menait pas large. Leurs quatre premiers albums leur avaient conféré le statut de valeur montante, mais sans jamais leur offrir l’opportunité d’accéder en première division. Au bord de l’implosion, les jeunes premiers de Liverpool ont été repêchés par leur compatriote Noël Gallagher, pour une fois bien inspiré. Roots & echoes témoigne d’un groupe qui semble avoir trouvé sa place dans l’ordre universel des choses et s’en contente, faute de mieux.

The Coral a digéré le constat qu’il ne ferait jamais partie des formations britannique de premier plan, et que les places laissées vacantes par Oasis ou Blur ne leur étaient pas destinées. Le groupe laisse derrière lui la fougue de la jeunesse, l’avalanche de claviers vaudou et les tentatives plus ou moins réussies de concocter des bombes radiophoniques. Tout au long des onze morceaux, on retrouve cette mélancolie nonchalante typique du Nord de l’Angleterre, qui ne s’efface même pas face au rythme sensuel d’un Music at night. Si le groupe table moins sur le psychédélisme à la grosse louche qu’à ses débuts, il n’en continue pas moins à considérer les sixties comme sa période de référence, et, de loin en loin, on savoure des accents mystiques et naïfs qui évoquent un Cream ou des Byrds qui auraient négligé leurs racines blues.

A condition d’être bon public et de ne pas mêler à l’Art de sordides considérations financières, on peut affirmer sans trop se tromper qu’on tient ici un bien bel objet, tout en simplicité et en modestie. Les Liverpudlians ont un feeling mélodique indéniable, comparable à celui de leurs cousins du Nord de Belle & Sebastian et si on n’accorde qu’à certains rares titres - ceux dédiés à de mystérieuses inconnues (Jacqueline et Rebecca you) - une certaine prééminence sur le niveau moyen de la production musicale britannique, Roots & echoes ne contient néanmoins aucune séquence qu’on ait la saine envie de reléguer aux oubliettes... Pas davantage qu’il ne renferme de chef-d’œuvre apte à s’incruster plus de quelques jours dans les mémoires, ceci dit. Quand on a l’esprit un rien plus arrimé aux contingences de ce bas-monde, on trouve rapidement que Roots & echoes, tout sympathique qu’il soit, manque tout de même du petit truc qui ferait qu’on se le procurerait plutôt qu’un autre. Roots & echoes est un album de fond. De bruit de fond, s’entend.

A faire passer par pertes et profits son impatience juvénile, The Coral est devenu un peu plus impersonnel, un peu plus « comme les autres ». Le temps a passé, de nouvelles jeunes pousses ont germé et The Coral a raté le coche. Ce sentiment d’inéluctabilité - qui leur fournit au moins une bonne raison d’être nostalgiques - semble toutefois leur avoir apporté une certaine sérénité quant à leur place dans le grand cirque du rock. A nous, il ne nous apporte qu’un appréciable instant de distraction dominicale, de la part d’un groupe dont on n’attendait, à vrai dire, plus rien.



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Marc Lenglet