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The Bishops : "The Bishops"
Chéri, j’entends double

mardi 11 septembre 2007, par Alexandra Jakob

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Il faut un début à tout. Pour les besoins de cette chronique, les origines de la pop coïncideront avec l’avènement des Beatles et se situent par conséquent aux alentours de 1962. Bien sûr, certains puristes tatillons ergoteront sur la date, tandis que d’autres soutiendront virulemment leur obscur et antérieur poulain. Mais plus que tout autres, les Fab Four ont réussi de surprenants revirements artistiques, miroirs d’une époque dorée en continuelle mutation. C’est un fait, les Beatles appartiennent désormais à l’histoire universelle. Un peu comme l’œuvre de Picasso, leur discographie comporte plusieurs périodes bien distinctes, qui s’enchaînent avec une logique aussi fluide qu’implacable.

La plus récente, entamée en 1967 avec le mythique Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band, est aussi la plus populaire auprès du grand public. On y retrouve les plus grands tubes du groupe, comme Hey Jude ou Let it be. Un peu plus tôt, les Beatles ont fait la joie des exégètes du rock en leur offrant coup sur coup les magnifiques Revolver et Rubber soul, qui marquent les premiers soubresauts du psychédélisme.

Et puis, il y a avant. Personne n’en parle trop. Avant 1965, les Beatles étaient bien peignés, même pour l’époque. Ils portaient des costars, jouaient dans des nanars pour minettes fleur bleue. D’ailleurs, à moins d’être un yéyé sur le retour, c’est un peu la honte d’aimer avant, cette époque où les Beatles jouaient She loves you ou I wanna hold your hand sans même trop s’entendre, totalement couverts par les hurlements de la foule. Voila pour avant, où tout du moins pour l’image que beaucoup s’en font. Car avant, les Beatles ont quand même composé It won’t be long ou I saw her standing there. Ils ont aussi donné des concerts époustouflants, fait vibrer le public en live. Pas comme après.

Et puis voila qu’après quatre décennies peuplées de formations power pop plus ou moins correctes, un groupe débarque en se réclamant directement d’avant. Quarante-cinq ans ont passé depuis la sortie de Love me do. Les plus enthousiastes ont viré aigris et traquent avec une minutie pathologique la moindre influence. Ah ça, avec les Bishops - trio formé des jumeaux Pete et Mike Bishop et de leur batteur Chris McConville - on va pouvoir les entendre grogner à des kilomètres, ceux-là. Ils vont nous rappeler que tout ce premier album homonyme a déjà été joué à peu de choses près en 1964, avec les mêmes handclaps que dans les géniaux I can’t stand it et Menace about town. Le laïus sur les costumes noirs et les coupes de cheveux du groupe, portés par les Kinks et leurs contemporains, viendra appuyer leur théorie. En plus, on ne pourra même pas leur en vouloir : nos râleurs ont parfaitement raison sur ce coup-là.

Oui, mais voila. Pourquoi ne pas voir pour une fois le bon côté des choses ? Les Bishops sont sans doute l’un des groupes les plus futés de leur génération. Ils semblent tout droits sortis d’une cave hambourgeoise et assènent avec une confiance naïve des airs pop imparables, exécutés le plus simplement du monde en deux minutes trente (The only place that I can look is down, Carousel). Dans une veine plus garage, le trio impose également des modèles du genre avec Breakaway ou Higher now. Mais, mieux encore, le trio puise sa force et son originalité dans son frontman dédoublé et les impeccables harmonies vocales gémellaires qui en découlent. Cette connaissance parfaite de l’autre dote les Bishops d’une foi inébranlable en leur musique et leur permet même d’user élégamment du concept de deux chansons en une avec Lies & Indictments / Sun’s going down, une petite pièce mélancolique et mélodieuse. Même si quelques titres un peu moins inspirés viennent meubler la fin du disque (Say hello, Will you ever come back again ?), les Bishops ont réussi ce que bon nombre de leur contemporains rêvent d’achever : faire du neuf avec du vieux, sans jamais y laisser leur personnalité et leur fougue. Trilby bas.



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Alexandra Jakob