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The Bird And The Bee : "The Bird And The Bee"
Quand Shibuya déménage à Los Angeles

samedi 17 mai 2008, par Yû Voskoboinikov

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C’est un peu comme une bière sans alcool : ça en a la forme, la couleur, l’odeur, la mousse, et si l’on veut bien passer outre les a priori et autres railleries de Jérôme Delvaux, cela se boit. Pourtant, The Bird And The Bee n’est pas un énième gag des Pizzicato Five, mais bel et bien les héritiers au delà de la mer du duo japonais culte.

Originaire de Los Angeles, The Bird And The Bee est la réunion de Greg Kurstin (l’oiseau) et d’Inara George (l’abeille). Le premier a officié au sein de Geggy Tah (qui a tapé dans les oreilles de David Byrne) et se passionne pour la tropicália et le jazz ; la seconde est la fille de Lowell George (fondateur de Little Feat) et se passionne pour la tropicália et le jazz. Le point de concordance est évident, mais il en fallait un peu plus pour que les deux électrons libres fassent nuage commun. Et c’est donc Michael Andrews (compositeur de la bande originale du film Donnie Darko) qui a joué le rôle de l’atome en enregistrant All Rise, l’album solo d’Inara, dans son studio. La promiscuité et la musique ont fait le reste.

Il semble de bon ton, dans les médias bobos, de comparer George à Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s. Et force est d’admettre que cette affirmation, certes approximative, est pour une fois loin d’être stupide, puisque la musique de The Bird And The Bee est profondément ancrée dans le genre lounge initié par Henry Mancini, justement auteur de la bande originale du film susnommé. La boucle est bouclée, serait-on tenté de lire, mais les choses ne sont pas aussi simples. Ou plutôt, sont-elles plus riches que cela.

En effet, si le genre lounge s’est retrouvé rattaché à l’easy-listening, The Bird And The Bee a préféré remonter à ses origines jazz. Reculer pour mieux sauter, ou, dans le cas présent, réécrire avec passion l’histoire de ce style maltraité par les cafés de la rue Oberkampf. Cri du cœur tout en douceur des deux comparses, le disque s’appuie en effet sur une base jazzy diffuse tel le sucre dans le chocolat chaud (Preparedness), et s’amourache d’une pop psychédélique tout droit venue des années 1960 (La La La) tout en épousant une tropicália que ne renieraient pas les Pink Martini ni même ce bon vieux farceur de João Gilberto (Birds and the bees). Le tout est, à la manière des Pizzicato Five (I hate camera), présenté dans un écrin rétro futuriste faussement naïf, et saupoudré avec parcimonie d’électronique (Again & again).

Présenté comme cela, le disque donne inévitablement l’impression de partir dans tous les sens. Pourtant, et malgré le fait que l’album ait été enregistré chanson par chanson avec parfois des écarts de plusieurs mois entre chaque titre, The Bird And The Bee a su conserver une identité forte, notamment grâce à la voix de George, chaude dans tous les sens du terme, et au travail de production de Kurstin qui a pu se faire la main avec des médiocrités telles que Lily Allen ou Peaches, pour apprendre tout ce qu’il ne faut pas faire. La diversité ne contamine donc pas l’unité, et les écoutes successives renforcent sans difficulté la sympathie initiale que suscite ce disque à la fois rêveur et dansant.

Est-ce un disque majeur ? Non, sans même avoir besoin de réfléchir. Bien que doté de qualités indéniables, The Bird And The Bee souffre immanquablement de sa légèreté de conception qui, même tempérée au mieux, reste trop perceptible dans son ensemble, et trahit une certaine immaturité qui prive l’album de la force nécessaire pour s’imposer. Cependant, l’avenir du groupe, après une période d’incertitude, semble s’organiser ; les deux maxis sortis dernièrement témoignent en effet d’une maîtrise se rapprochant de plus en plus de celle des Pizzicato Five. Faute d’un retour de ces derniers, et en attendant un hypothétique second album, ce premier effort ne déparera pas les discothèques les plus exigeantes.



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Yû Voskoboinikov