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Stupeflip : "Stup Religion"
Ils refument du shit !

vendredi 16 septembre 2005, par Marc Lenglet

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Avant même d’avoir pu s’exprimer par lui même, Stupeflip s’était retrouvé, par la magie du marketing, catalogué comme la grosse blague musicale de l’année 2002. Le single Depuis que je fume plus d’shit les avaient immédiatement rangé dans la catégorie des groupes un peu con-con que les maisons de disque sortent de leur manche périodiquement, histoire de montrer qu’elles ont, elles aussi, de l’humour. Jugement un peu hâtif, car Stupeflip, sur son deuxième album, règle ses comptes avec tout le monde sur un mode, il est vrai, un peu particulier.

Accrochez vous au pinceau pendant qu’on retire l’échelle car, avec Stupeflip, on pénètre un univers farfelu, peuplé de personnages improbables et hauts-en-couleur, parmi lesquels le maître d’œuvre King-Ju, émule imprévisible des Insane Clown Posse et heureux possesseur d’un masque acheté trois sous à la foire du Trône, flanqué de ses comparses Cadillac et Mc Salo, son "Crou" comme ils se définissent eux mêmes. Selon leur hagiographie, le Crou, formé en 1972, se compose de 894 membres et est là pour terroriser la population et installer une nouvelle ère, l’ère du Stup. En pratique, ils ne sont que trois permanents qui tentent de vendre des disques. La vérité est ailleurs, comme bien souvent.

Fruit d’une trop forte consommation de champignons hallucinogènes, ou bande de joyeux déconneurs propulsés on ne sait trop comment sur le devant de la scène ? Par son côté enfantin et régressif, on pourrait considérer Stupeflip de la manière dont les maisons de disques essayent de nous le refourguer. Ce serait dommage d’en rester là. Stupeflip pense et a des choses à dire. Mais il est plus drôle, plus absurde de dissimuler la vindicte sous l’insignifiance du propos. Et les idées intéressantes derrière ce qui tient de la pataphonie : un bouillon chaotique entre pop, punk et variétoche, derrière une façade largement tournée vers le hip-hop (du hip-rock, en quelque sorte ; de toute façon, si on leur demandait leur avis, ils nous répondraient probablement qu’ils nous emmerdent), comme une sorte d’hommage à Beck bricolé avec deux clous et trois boulons au fond d’un garage parisien. Ce petit côté "fais le toi-même", qui rappelle un peu les chenapans de Billy-The-Kick, apporte énormément au capital sympathie du collectif.

Plutôt que de se poser en super-héros de l’engagement en studio, de vitupérer contre l’Amérique, la pauvreté, la famine et la guerre, toutes choses qui, on ne cessera jamais de le répéter, sont très vilaines, Stupeflip aborde les micro-phénomènes qui lui tiennent à cœur (Caisses en métal, 35 animaux morts), chambre les hits à deux balles tout en rentrant dans le grand jeu parce qu’il faut bien vivre, se fout de édiles de la variété française, hurle contre les maisons de disques, vitupère contre la méchanceté des hommes, couine et fait le singe. On a l’impression qu’il n’y a aucun calcul derrière tout ça, que les trois zouaves se contentent d’enfiler fiévreusement toutes leurs idées à la chaîne, de peur qu’elles ne s’envolent. Sur des bizarreries comme Stup religion ou Mon style en crrr, King-Ju hurle avec la vindicte d’un premier de classe en option hard-core, avant de plonger dans la variétoche ou le punk-rock californien à prendre au trente-deuxième degré (Stup dance, Pop hip’s Revenge). Autre déviance musicale, Le cartable est peut être bien le duo le plus désaxé jamais entendu dans le P.A.F. Tout cela est-il feint ? Peut-être. Peut-être pas.

Alors, quelle posture adopter face à cette, euh... chose, qui s’exhibe volontiers en monstre barnumien du rock français pour ne pas à avoir à supporter un quelconque étendard de la contre-culture en plastique ? Afin d’en extraire une opinion valide - ou pas, tentons de résumer les éléments en notre possession : Stup Religion est le genre de truc totalement accessoire, bordélique, sans queue ni tête, minimaliste et dérisoire. Donc, par définition, indispensable. Enfin... à condition d’accrocher instantanément à cette étrange objet musical non identifié. Sinon, c’est peine perdue. Qu’est ce que Stupeflip ? Quelle est leur raison d’être ? Viennent-ils animés de bonnes ou de mauvaises intentions ? C’est peut être dans cette meute d’intermèdes débiles, à mi chemin entre un manga traduit par Philippe Ogouz et Maurice Sarfati, et les conneries autoproduites du donjon de Naheulbeuk, qu’on le découvrira. Vous reprendrez bien un peu de shit ?



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Marc Lenglet





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Stupeflip : "Stup Religion"
(1/1) 24 août 2015




Stupeflip : "Stup Religion"

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