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Stille Volk : "Satyre cornu"
« Thamus, es-tu là ? Quand tu atteindras Palodes, prends soin de proclamer que le Grand dieu Pan est mort » (Plutarque)

dimanche 27 mai 2007, par Marc Lenglet

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Pas de rock ce soir, pas de pop non plus. Pas de metal et encore moins d’electro. Non, pour les styles musicaux actuels, il faudra repasser un autre jour. Cet album du groupe pyrénéen Stille Volk aurait certainement été un franc succès durant le haut Moyen-âge, dans les campagnes occidentales à peine christianisées en surface, et j’imagine que dans quelques bosquets reculés de la New Forest, on doit encore l’écouter avec une ferveur un peu dérangeante. En 2007, six ans après sa sortie, je considère encore ce Satyre cornu comme l’un des meilleurs albums d’inspiration médiévale qui soient, à mille lieux des clichés du genre tout juste destinés à animer une partie de jeux de rôle nocturne ou une fancy-fair dans les ruines du château-fort voisin.

Après quelques tentatives expérimentales surprenantes sur l’étrange [Ex-uvies], Stille Volk revint rapidement à ce qu’il maîtrisait le mieux, à savoir une dark-folk coloré de fortes influences celtiques et médiévales. Comme son titre l’indique, ce troisième album est centré autour du Satyre, personnifié par la figure du Dieu Pan. Ce sympathique être cornu aux pieds fourchus - ivrogne, joueur et trousseur de demoiselles à ses heures, inspirateur de la Panique et ersatz primitif d’une déité globalisante (Pan signifiant « Tout » en grec) - fait partie intégrante du folklore sylvestre européen depuis des temps immémoriaux, sous les traits du Grand Cornu, voire du Diable des chrétiens. Pourtant, le Grand Dieu Pan, symbole de la Vieille Religion, finit par mourir, terrassé dès le premier siècle de notre ère par la « modernité » naissante. Que ceux qui regrettent sa disparition ne s’attristent pas pour autant : un rien d’imagination et de volonté permet d’atteindre l’humeur orgiaque qui plaît au dieu et, pourquoi pas, de le rappeler dans notre dimension. C’est en tout cas le pari que propose Satyre cornu et, si je n’ai pas décelé jusqu’ici d’empreintes de bouc autour de la chaîne hi-fi, la qualité de ce sombre album n’est pas à remettre en cause, tant rarement il m’a été donné l’occasion de poser une oreille sur de la musique d’inspiration médiévale qui diffuse une ambiance à ce point en adéquation avec sa thématique.

Satyre cornu s’éloigne des tendances doucement pastorales de l’album Hantaoma pour s’avancer dans une folk à l’atmosphère plus ténébreuse et mystique, qui évoque quelque cérémonie wicca au beau milieu d’un antique cromlech. Mystique, cet album l’est à coup sûr, même si le profane n’y verra qu’une simple évocation de paysages féodaux, damoiselles coiffées du hennin et paladins légèrement cons inclus. S’agit-il pour autant d’une atmosphère mystique à la Lisa Gerrard ? Pas le moins du monde. Là où l’ancienne égérie de Dead Can Dance n’a pas son pareil pour instaurer, avec des moyens techniques réduits à la portion congrue, une atmosphère contemplative et cérébrale, Stille Volke aborde de toute évidence les choses sous l’angle dyonisiaque : point de noblesse et de dignité roide dans les compositions du groupe français. Sans être nécessairement endiablés, les thèmes musicaux développés par Stille Volk dégagent une atmosphère profondément humaine, tantôt paillarde et jouisseuse - on visualise sans problème le gibier rôti à la broche au milieu d’une cour envahie d’écuyers et de soubrettes à la concupiscence frénétique -, tantôt diffusant une inquiétante fébrilité... signe avant-coureur du retour de Pan et de sa vengeance vis-à-vis des humains ingrats qui l’ont effacé de leurs mémoires.

D’un point de vue technique, le travail est au dessus de tout soupçons. Les textes, célébrant la gloire de Pan, dernier rempart contre une modernité haïe, sont pour la plupart de la plume de Patrice Rocques, par ailleurs sommité régionale reconnue en matière de folklore pyrénéen. Quant au chant, il est alternativement en français et en occitan (les très réussi Pan Domna poc et surtout, Rassa tan Creis, tous deux basés sur des textes et mélodies du XIIème siècle). Aux commandes de l’aspect musical, le même Patrice Rocques mais également Patrick Lafforgues, tout deux passés maîtres dans l’art d’utiliser de très nombreux instruments traditionnels à corde (mandoline, bouzouki, vielle à roue voire même quelques instruments très anciens comme le psaltérion) et à vent (cornemuses diverses, bombarde, etc.). Stille Volk s’offre même le luxe de reprendre To tame a land d’Iron Maiden en version médiévale et occitane (rebaptisée pour l’occasion A’doumestica una terro) et le résultat est, comment dire... totalement incroyable, indéniablement proche de l’original tout en se montrant délicieusement décalé (huit siècles, tout de même...).

Difficile d’expliquer l’impact de ce disque à quelqu’un n’éprouvant aucun intérêt à la base pour la musique médiévale. Celui-là jugera sans doute Stille Volk aussi passéiste et inintéressant que n’importe lequel de ses congénères, et repartira en quête d’une nouvelle formation dont la connaissance l’imposera en tant qu’amateur averti de musique moderne dans tout environnement civilisé A l’inverse, pour ceux que les aigres sonorités de ces instruments séculaires ne rebutent pas, Satyre cornu est un chef-d’œuvre puissant, qui distille insidieusement ses ambiances inquiétantes, jouisseuses ou dangereusement évocatrices au compte-goutte et ne révèlera sa saveur occulte qu’aux plus patients. Et si nous faisons fausse route ? Et si Pan était réellement de retour ?



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Stille Volk : "Satyre cornu"
(1/2) 2 décembre 2016
Stille Volk : "Satyre cornu"
(2/2) 27 mai 2007, par Era alleluia




Stille Volk : "Satyre cornu"

2 décembre 2016 [retour au début des forums]

Great album ! This has been a big hit. - Dr. Thomas G. Devlin MD, PhD

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Stille Volk : "Satyre cornu"

27 mai 2007, par Era alleluia [retour au début des forums]

Peter Pan est de retour ? (vous devez surement vous dire que vous avez écrit une très belle chronique et que les gens comme moi sont vraiment bêtes et vous avez raison)

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