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Stache : "Grow up to be just like you"
Chili con frité

jeudi 18 février 2010, par Tokyo Montana

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A l’aube du millénaire, le rock belge se divisait en deux parties bien inégales. D’un côté les kets bien établis du style dEUS et ses déclinaisons, et de l’autre une armée de loups aux dents longues bien décidés à se construire une place au soleil, et si possible pas dans un château castillan. Malgré notre chauvinisme délirant, il faut bien admettre que peu de prétendants méritaient autre chose que quelques pelletées de sable bien vite emmenées par les marées ascendantes et descendantes. Stache, bien que resté dans un relatif anonymat de notre côté de la frontière linguistique, appartenait au peloton de tête des prometteurs. Mais des choix guère judicieux, sans doute dictés par un égo un rien démesuré, ont transformé ce rock bien gras provenu de profondes entrailles en une soupe commerciale naviguant dans des eaux mielleuses pour en arriver à un rock sans saveur dédié à la gente féminine ne dépassant pas la majorité.

Cette lente descente aux enfers de la non créativité s’amorça par un deuxième album bien inférieur à ce premier opus, mais qui ne manquait pas encore d’intérêt et l’on pouvait pardonner la difficulté à dépasser ou même atteindre le niveau atteint par Grow up just to be like you. Le virage définitif prit la forme d’un changement de nom en Stash, sans doute fut-il du aussi un peu à la mégalomanie de Verspecht et par une production clairement destinée aux passages radios dans le nord du pays. Ceux qui connaissent Clouseau comprendront, je n’insinue pas qu’il existe des similitudes artistiques entre les deux, juste que tout cela aura été lissé et aseptisé pour que la masse flamande s’y retrouve et que l’intérêt francophone (le peu, mais il y en avait) retombe. Il faut croire que le beau Gunther a fini par renier ses débuts car les albums de Stache ne sont même plus mentionnés dans la discographie de Stash, il ne serait pas étonnant qu’il soit compliqué si pas impossible de se les procurer (en import peut-être, un comble). Juste deux lignes dans la biographie avant que le lecteur ne soit informé que Rock’n roll show était un bond en avant majeur dans la carrière du dernier précité. Pour les plus distraits, ce disque contenait le fameux hit Sadness, une espèce de tartine au sirop de Liège sur une face et l’autre au miel bien dégoulinant.

Mais revenons en à nos brebis galeuses paissant en frontière mexicaine. Dès les premières notes le décor est planté, ce seront guitares un peu grasses et une voix hésitant entre la rocaille désertique et la douceur d’un conteur de fable. Lorsque cette dernière se lâche, on se sent pris d’une mélancolie et surtout d’une folle envie de s’évader, se lancer à corps perdu dans les immensités mexicaines. Ecouter les chicanos se dérailler les cordes vocales sur des complaintes alliant l’agriculture et les amours difficiles. On s’imagine encore dans une de ces villes fantômes qui n’ont rien à envier aux décors hollywoodiens des réalisations de Sergio Leone. On se dit que Stache aurait du exister à cette époque et signer les B.O. pour le maître du genre spaghetti. L’image d’Eastwood se traînant dans le désert ne disconviendrait pas en décor visuel de Red hot foxy haze. Les fiestas crapuleuses sonorisées par Porcelinas concertinas, et dans une moindre mesure Shore lane, où l’on a l’impression que les participants ivres de mauvais whisky balancent leurs couvre-chefs puants dans les airs, il ne manque que le bruit des six coups que pour que la ressemblance soit parfaite. Cette lassitude trainante de What about them, qui soudain décolle en apogée vocale et en appui instrumental, pourrait illustrer ces longs duels, où les pupilles se cherchent avant que les armes ne se déchargent, tout est dans l’intensité. L’intensité est ce qui a été le mieux appréhendé par le groupe tout au long de l’album, parvenir à la décliner par une variation de chant et du touché d’instrument. Pas de nécessité d’enclencher les saturations de guitare pour qu’elle s’élève. Are you real ? frôle la perfection, Verspecht taquinant Tom Waits sur son terrain de vocalise tellement particulière. S’il ne rejoint pas le maître sur ces terres, il n’a pas à en rougir. On sent presque les postillons initiés par les intonations, on finirait par croire à l’origine tijuanesque des interprètes. Il existe, comme sur presque tout première création qui se respecte, des partitions plus faibles et même parfois inécoutables. Elles sont très rares et finalement confèrent la cohérence à l’ensemble, une impression de direct, de quelque chose de pas tout à fait réfléchi, de pas tout à fait produit ou arrangé. Sorti d’une traite. Bien illustré avec Loop of life, où durant quelques secondes on a le sentiment que le groupe joue désaccordé, que les rythmes se cassent pour on ne sait quelle raison.

Grow up to be just like you est une tuerie, du far-west démoniaque, de l’essence d’épices aspergeant les fayots sauce tomate. Souvent les frontières sont franchies, en clandestin. Dommage que ce talent se soit éteint anticipativement. Extinction sans doutes dictée plus par des impératifs commerciaux que créatifs



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Tokyo Montana