Pop-Rock.com



Spock’s Beard : "Snow"
Pas du prog, ça !

lundi 27 mars 2006, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Martin L. Gore : "Counterfeit²"
The Ark : "Prayer for the weekend"
Supergrass : "Road to Rouen"
Queens Of The Stone Age : "Songs for the deaf"
The Zephyrs : "Bright yellow flowers on a dark double bed"
Pennywise : "The fuse"
Franz Ferdinand : "You could have it so much better"
Gwen Stefani : "The sweet escape"
Spleen United : "Neanderthal"
Melotron : "Propaganda"


Il paraît que Spock’s Beard est un groupe de rock progressif. Mouais, si on veut. De fait, si l’on considère que jouer de la musique comme le faisaient Yes ou Genesis il y a trente ans, c’est faire du rock progressif, alors oui, Spock’s Beard fait du progressif...

Le rock progressif est un mouvement musical compliqué, porté aux nues par certains et rejeté massivement par les autres qui le considèrent comme pompeux (comprenez : chiant). On dit des amateurs qu’ils sont des intellos. On dit de ceux qui n’aiment pas qu’ils n’ont rien compris. Une première difficulté, et non des moindres, pour appréhender le rock progressif, est sa définition. Il est impossible de mettre tout le monde d’accord pour définir le rock progressif et pour honorer ou insulter un groupe en le qualifiant de progressif. Il pourrait donc sembler totalement inutile de vouloir pérorer pendant des heures à propos de quelque chose qu’on ne peut définir, mais bon, il s’en trouve toujours l’un ou l’autre pour ne savoir vivre sans accoler des étiquettes à tout va. C’est pourquoi nous allons apporter notre petite brique au mur (c’est une image progressive, ça, par exemple). Personnellement, j’entrevois deux approches possibles de ce mouvement musical.

Il y a tout d’abord la manière objective. Dans cette optique, une oeuvre progressive doit obéir à certaines règles : haute capacité technique des membres du groupe, longs passages instrumentaux, albums, ou parties d’albums, conceptuels, de nombreux breaks et changements de rythmes, rupture avec la formule classique couplet-refrain, usage d’instruments divers peu courants dans le paysage rock, etc. Selon cette définition, largement perfectible, mais qui a pour unique but de donner une vague idée de ce qu’est le prog, des groupes comme Genesis (époque Peter Gabriel), Yes, King Crimson, et plus récemment Dream Theater, Transatlantic, Shadow Gallery et bien évidemment Spock’s Beard, sont des groupes progressifs.

Mais il existe, selon moi, une autre définition de la musique progressive, subjective, celle-là. C’est une musique qui tend à briser les canons, à enfreindre les règles, à s’émanciper des contraintes liées à ce genre bien défini qu’est le rock. C’est une musique qui veut faire évoluer le rock, qui ne veut pas faire que de l’entertainment, mais proposer autre chose que des oeuvres formatées et qui rentrent dans des carcans. C’est une musique qui veut raconter quelque chose et qui tend à unifier le fond et la forme. Dans cette optique, la technique des musiciens n’est pas une fin en soi, mais un moyen de parvenir à son objectif. L’originalité, la liberté totale de création, l’audace, la recherche et l’introspection sont les maîtres mots de la définition subjective du progressif.

On constate immédiatement la contradiction qui existe entre ces deux définitions. Le progressif est devenu un genre en soi, obéissant à des règles, alors qu’à la base il voulait ne suivre aucune règle et se permettre d’évoluer et de changer à l’infini. C’est ainsi qu’on en arrive à cette aberration d’affirmer que deux groupes séparés par trente années, Genesis et Spock’s Beard par exemple, qui font exactement la même chose de la même manière, sont des groupes progressifs, alors que le prog refuse d’être immuable. Comment une musique qui se veut évolutive peut-elle se figer ?

Nous arrivons dès lors au nœud du problème : Spock’s Beard fait-il du progressif ? Oui et non. Oui, en ce sens qu’il fait ce que Genesis faisait il y a trente ans et que Genesis faisait du progressif. Non, car le progressif n’est pas un genre musical que l’on peut décliner et répéter. Il doit se renouveler.

Mais alors, me direz-vous, qu’est-ce qui est progressif de nos jours ? Voilà une question qui est à l’origine de bien des foires d’empoigne. Mon interprétation personnelle à moi qui n’engage absolument personne d’autre, c’est qu’il est à la base absurde de vouloir dire qu’un groupe est progressif. C’est la musique qui est progressive. Quelques exemples :

- INXS (j’en vois déjà qui écarquillent les yeux), summum du pop/rock dansant et radiophonique, a composé certaines chansons progressives. Des chansons comme Questions, ou Men and women sur l’album Welcome to wherever you are, ou Viking juice sur l’album Full moon, Dirty hearts, sont des chansons progressives. Ce n’est évidement pas comparables à Tommy ou The Wall, mais replacées dans le contexte de la discographie d’INXS, ces chansons détonnent, brisent les clichés que l’on accolait au groupe et démontrent une volonté d’évoluer toute progressive.

- Porcupine Tree. Bien qu’il s’en défende, Steven Wilson représente pour moi l’artiste progressif par excellence. Il a un jour déclaré que son objectif était, pour chaque album, de perdre certains anciens fans et d’en conquérir de nouveaux. La patte de Porcupine Tree est immédiatement reconnaissable, mais le style évolue d’album en album.

- Anathema, encore plus que Porcupine Tree, présente cette volonté de toujours repousser les limites de sa musique. Une chanson comme Closer, sur leur dernier album, aurait été inimaginable dix ans plus tôt. Et elle montre à l’envi cette volonté d’aller de l’avant, d’explorer toutes les possibilités qu’offre la musique une fois qu’elle est un facteur d’émancipation et d’expression.

Evidemment, il ne suffit pas de glisser une plage instrumentale dans son album ou d’insérer quelques notes orientales en guise d’introduction pour prétendre au statut de groupe progressif. La démarche est toute autre et nécessite un investissement profond du groupe, une volonté d’évoluer, une introspection importante et une recherche réelle de repousser aussi loin que possible les limites de son art.

Et Spock’s Beard, dans tout ça ? C’est vrai qu’à la base, c’était une chronique de leur album sorti en 2002. Et bien c’est sympa. Vous passez ça en fond sonore quand vous recevez des amis, personne n’y trouvera à redire. Vous écoutez ça dans le noir, avec le casque sur les oreilles, c’est vraiment agréable. Certaines chansons sont remarquables, d’autres dispensables. C’est du prog, objectivement. Et ça ne l’est pas, subjectivement.

Messieurs les progueux, j’attends vos foudres...



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart





Il y a 9 contribution(s) au forum.

Spock’s Beard : "Snow"
(1/3) 29 mars 2006
Spock’s Beard : "Snow"
(2/3) 27 mars 2006, par Brioche
Spock’s Beard : "Snow"
(3/3) 27 mars 2006




Spock’s Beard : "Snow"

29 mars 2006 [retour au début des forums]

Oui, tu le dis toi-même : "Et Spock’s Beard dans tout ça ?" Tu donnes ta définition du progressif mais à part ça ?

[Répondre à ce message]

Spock’s Beard : "Snow"

27 mars 2006, par Brioche [retour au début des forums]

Bah Tool c’est cool wai :P

Perso je penche plutôt vers Porcupine Tree (comme le rédacteur de cet article) groupe qui m’a grandement étonné et satisfait quand j’ai découvert la diversité dont il fait preuve ! :D

Assurément un groupe a ne pas manquer.

[Répondre à ce message]

Spock’s Beard : "Snow"

27 mars 2006 [retour au début des forums]

Tool, injustement oublié sur pop-rock.com, est LE groupe de progressif actuel.

[Répondre à ce message]

    Spock’s Beard : "Snow"

    27 mars 2006, par Alex [retour au début des forums]


    Pas d’accord.Tool n’est ni métal ni progressif, mais quelque part entre les deux...Mais au diable les étiquettes si la musique en vaut la peine...Et la musique de TOOL en vaut vachement la peine !!!

    [Répondre à ce message]