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Spock’s Beard : "Octane"
Un peu de carburant et ça repart !

lundi 14 février 2005, par Marc Lenglet

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Très justement appréciés pour leur étonnante faculté d’aborder la musique progressive avec discernement, Spock’s Beard se trouvait dans une phase délicate depuis le choc spirituel de leur ancien maître à penser Neal Morse, en congé du groupe mais curieusement pas de la musique. Plutôt que d’être soupçonnés d’acharnement thérapeutique sur la vision artistique de l’exilé volontaire, Spock’s Beard a pris la difficile décision d’évoluer en douceur vers autre chose. Un choix qui devrait susciter le débat, mais qui reste le leur avant tout.

Feel euphoria, l’album controversé qui avait précédé, avait démontré que Nick D’Virgillio avait réussi à assumer la difficile tâche de remplacer le grand Neal Morse, parti sur les routes professer de sa rencontre avec Dieu. En ne s’éloignant finalement pas des constructions pionnières et rêveuses, Feel euphoria ne dénaturait en rien la légende des Américains. Sans doute soucieux d’éviter les inévitables querelles entre partisans de l’époque Morse et amateurs de nouveautés, Spock’s Beard se devait de frapper un grand coup, avec une réalisation qui expliciterait clairement la personnalité propre de leur nouvelle organisation interne.

Que les irréductibles détracteurs du genre crient victoire : Spock’s Beard a cessé d’être un groupe strictement progressif, dans le sens pompier et lymphatique du terme. Il est vrai qu’une certaine indécision avait toujours été latente au fil des albums précédents, celle d’un groupe qui hésitait à assumer totalement son héritage progressif tout en n’osant pas davantage s’engager franchement dans des compositions mécréantes, influencées par la pop, le rock alternatif ou le metal.

A flash before my eyes, imaginé comme l’évocation accélérée de la vie d’un futur accidenté de la route, ouvre l’album en tant qu’indispensable composition progressive démesurée. Jugé à l’aune de ses 30 minutes, le résultat tient de la symphonie mégalithique hasardeuse, bourrée de transitions pas toujours judicieusement étudiées. Si l’on considère la pièce montée section par section, on y découvre au contraire un recueil de morceaux à l’éclectisme intéressant, qui semblent n’avoir guère besoin les uns des autres pour posséder une certaine cohérence. Spock’s Beard y accumule les citations dans tous les registres, passant sans grands dommages de délicates berceuses à des envolées électrisées dignes du dernier Dream Theater (Surfing on the avalanche), sans oublier la présence reposante de morceaux plus instinctifs qui tiendraient leur place sans difficulté dans un bac à singles (Climbing up that hill). Le reste de l’album, à compter du plutôt soûlant NWC, se compose de morceaux indépendants, bien que l’on ne remarque finalement guère la différence.

Tout n’est pourtant pas digne d’éloges au sein d’Octane. She’s everything ou I wouldn’t let it go tanguent parfois dangereusement du côté de la ballade pisseuse pour ados en pleine débâcle sentimentale. Sans y sombrer corps et âme fort heureusement, mais leur petit côté racoleur pourrait choquer les puristes. L’honnêteté oblige à reconnaître que, malgré cette nette volonté d’évolution, l’ambiance générale reste encore très inspirée du passé, et que certaines sections instrumentales ont ce léger parfum d’opéra à petit budget qui dessert généralement un album prog’ plus qu’il ne le glorifie. Octane n’est certes pas le plus brillant album de rock tortueux qu’on ait vu depuis dix ans ou même depuis deux, mais, en se risquant à assumer plus pleinement son désir de diversification et d’évolution, Spock’s Beard a accompli un courageux pas en avant que l’on ne peut que saluer, à défaut d’être totalement en phase avec cette décision.



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Marc Lenglet





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Spock’s Beard : "Octane"
(1/1) 4 août 2015




Spock’s Beard : "Octane"

4 août 2015 [retour au début des forums]

I agree of this review. This album is perhaps, one of the best work of the group. - Stephen Samuelian

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