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Sonic Youth : "Rather ripped"
Presque parfait

jeudi 10 août 2006, par Marc Lenglet

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Sonic Youth a toujours été quelque peu écartelé entre un puissant désir d’être un simple groupe de rock apte à toucher au cœur n’importe quel public, et un souhait tout aussi fort d’incarner l’expérimentation et l’audace, d’être intellectuellement reconnus, quitte à demeurer abscons pour les profanes. Cette hésitation se ressentait très fortement depuis plusieurs albums mais aujourd’hui, il semble que la première ambition ait officiellement pris le pas sur la seconde. Exit donc les albums bruitistes et acérés et les expérimentations déglinguées des années 80 et du début des années 90, place au rock du XXIème siècle.

Vingtième album en vingt-cinq ans de carrière... Sonic Youth a influencé tout et récolté peu en comparaison. Culte, Sonic Youth l’est sans conteste, ne serait-ce que pour s’être nourri et avoir nourri tous les courants musicaux qui ont surgi depuis deux décennies. Mais cette originalité a toujours relégué le groupe un peu en marge des projecteurs, qui lui ont préféré des formations - Nirvana en tête - qui n’ont jamais nié tout ce qu’ils devaient au collectif new-yorkais.

Malgré le départ du guitariste Jim O’Rourke, Sonic Youth poursuit aujourd’hui sa route sans se trahir, sans chercher plus qu’avant à se conformer à un canevas bien précis, et s’offre un peu de douceur avec ce Rather ripped, sans doute leur album le plus maîtrisé dans la veine sereine qu’ils affectionnent depuis quelques temps. L’odyssée sonique réduit à nouveau ses ambitions : à l’une ou l’autre exception près, l’intégralité des morceaux de Rather ripped tient dans un format conventionnel, propose de réelles mélodies pop, tandis que l’ensemble forme une unicité qui ne paraîtra monotone que si on refuse de s’y plonger sans arrières pensées. On soupçonnerait tout autre groupe de simplement chercher à obtenir enfin son petit coin de reconnaissance populaire. Mais pas Sonic Youth, qui donne simplement l’impression que chaque époque a ses marottes et qu’il est aujourd’hui simplement temps pour eux de s’accomplir à travers ce type de compositions. Quoi qu’il en soit, le talent fondamental et la personnalité du groupe sont intacts. Dès que les riffs commencent à s’entrelacer au cœur du premier morceau (Reena), on reconnaît la patte du groupe entre mille. D’un groupe audacieux et avant-gardiste, Sonic Youth est simplement devenu l’une des meilleures formations pop/rock en activité, sans doute pas la plus facile d’accès mais celle dont une écoute attentive fournira les plus belles surprises.

Reena, Incinerate et le mélancolique Do you believe in rapture ouvrent le bal avec des mélodies pleines de fraîcheur, sans artifices autres que ce son de guitare unique et séduisant. Non, définitivement non, il n’est plus question d’un retour aux sonorités chaotiques et aux mélodies déstructurées d’antan. Quelques survivances des anciens albums font pourtant leur apparition de manière discrète, que ce soit au travers de riffs plus musclés (Sleepin’ around) ou d’un morceau presque intégralement instrumental et précédé d’une introduction délicieusement interminable (Pink steam). Les chants suaves de Thurston Moore et Kim Gordon s’alternent à travers l’album, égaux dans le plaisir qu’ils procurent, bien que Kim Gordon soit plus en retrait que jamais.

Après ces premiers morceaux éclatants, Rather ripped marque un peu le pas, proposant des titres scintillant de mille feux mais moins directement percutants, davantage destinés à instaurer une atmosphère de douce rêverie qu’à bousculer les esprits. On y rencontre néanmoins des mélodies parfois touchantes (The neutral), aux paroles accessibles, soit personnelles soit légèrement engagées (ce qui n’est pas aussi courant qu’on pourrait le croire chez Sonic Youth). Rats et Turquoise boy , en parfaits frères ennemis, symbolisent les deux facettes de la même pièce : un Sonic Youth angoissant, dérangeant et joyeusement sinistre d’une part, et son jumeau alangui, poétique et lumineux de l’autre.

Dans la continuité de Sonic nurse mais moins torturé et plus convaincant encore, Sonic Youth démontre aujourd’hui qu’il a réussi avec brio sa transition vers une musique pop/rock plus consensuelle, sans rien perdre de sa substance propre. Facile d’accès, limpide et truffé de magnifiques mélodies à retardement, voilà un album qu’on n’attendait pas aussi réussi mais qui recèle des trésors de pureté pour qui aura la patience de ne pas en attendre les mélodies convenues de nombres de groupes pop. Rather ripped est l’album idéal pour le néophyte qui souhaiterait aborder la carrière du groupe sans trop se compliquer la vie, et pour tous ceux, fans de longues dates ou simples amateurs, qui reconnaissent en Sonic Youth un groupe farouchement indépendant, intègre et doté du don de réussir tout ce qu’il entreprend, ou presque. Vous n’avez pas encore compris ? Quoiqu’évoluant dans un registre très différent des autres albums du groupe et donc forcément incomparable, voici le meilleur album de Sonic Youth depuis de nombreuses années...



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Sonic Youth : "Rather ripped"
(1/2) 10 août 2006, par Bruce Lee Renaldo
Sonic Youth : "Rather ripped"
(2/2) 10 août 2006, par jmsmirnoffice




Sonic Youth : "Rather ripped"

10 août 2006, par Bruce Lee Renaldo [retour au début des forums]

« Exit donc les albums bruitistes et acérés et les expérimentations déglinguées des années 80 et du début des années 90 »

Je ne voudrais pas avoir l’air de chicaner (hahaha) mais le début des années 90 pour Sonic Youth, c’est Goo et Dirty, soit les deux albums les plus accessibles et mondialement mieux vendus du groupe.

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    Sonic Youth : "Rather ripped"

    10 août 2006, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    Bien d’accord que ces deux albums sont à la fois célèbres et exceptionnels (et de mon point de vue très accessibles), mais je me souviens qu’à l’époque, pas mal d’amateurs de pop les trouvaient étranges et bruyants. Bon d’accord, les mêmes trouvaient aussi Nirvana ultra-brutal, mais tout ça pour dire que celui-ci a peut-être plus de chances à plaire à ce type de public que les autres.

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      Sonic Youth : "Rather ripped"

      10 août 2006, par jmsmirnoffice [retour au début des forums]


      Peut-on raisonnablement espérer une chronique de ces deux albums mythiques (même mieux, des deluxe edition récentes) par vos soins ?

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      Sonic Youth : "Rather ripped"

      12 août 2006, par le poulpe [retour au début des forums]


      heu juste un truc qui me dérange...oki GOO et DIRTY sont des albums géniaux, et même si c’est par ces album que jai decouvert et été accro a SY, ce ne sont pas, à mon Goo (dsl), les albums les PLUS ACCESSIBLE dans la large discographie de SY.

      En effet SONIC NURSE (l’opus précédent) ou bien encore Washing machine, ou Murray Street me paraissent plus EASY à aborder.

      Félicitation pr cette MAGNIFIQUE CHRONIQUE...malgré tout

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      Sonic Youth : "Rather ripped"

      22 août 2006 [retour au début des forums]


      il ne faudrait tout de même pas oublier que sonic youth remplissait quasiment le zénith de paris à l’automne 1992. aujourd’hui, ils récoltent le fruit d’un dur labeur : des tournées intensives en continu depuis le début de leur carrière.
      comme les cure, ils ont compris que pour séduire de nouveaux fans, rien ne fonctionnait mieux que la scène.

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Sonic Youth : "Rather ripped"

10 août 2006, par jmsmirnoffice [retour au début des forums]

Merci d’avoir chroniqué cet excellent disque de SY.
A+
JM

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