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Sharko : "Molecule"
Petit album deviendra grand ?

mardi 9 janvier 2007, par Jérôme Prévost

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Trois ans qu’on attendait une suite au grand Sharko III, aboutissement majeur d’un des anciens de la scène belge actuelle. On savait que David Bartholomé ne se répétait pas sur disque. On savait qu’il se répétait trop sur scène. Il le savait lui aussi. Après un trou créatif de plusieurs mois, l’inspiration et l’envie revinrent. Le voilà donc avec cet album, parfois puissant, parfois frustrant. Autant le dire, si jusqu’ici vous n’aimiez pas Sharko, son ton nasillard et ses tics musicaux, vous ne changerez pas vraiment d’avis. Si à l’inverse, vous appréciez, il faudra vous habituer, vous faire à cette nouvelle paire de chaussures. Elles sont plus grandes, et elles ne chantent pas.

L’influence grandissante des producteurs de notre époque est telle que l’on devrait mentionner Dimitri Tikovoï, même s’il n’avait pas été l’un des ingrédients du renouveau de Sharko. Tikovoï, de nos jours, est vu comme le producteur du mésestimé Meds de Placebo. Avant ça, la carte de visite était plus intéressante (Goldfrapp, Peter Kingsbery, mais aussi l’immense Michael J. Sheehy, sans parler de l’album collectif "boîte échangiste" qu’est Trash Palace). Fatalement, si l’album commence par un Bug très électro, c’est forcément la faute à Tikovoï, cette bête de studio. Etrange, ce Bug. Une bestiole irritante au départ, mais plus on l’écoute, mieux elle passe. Derrière cette surproduction, David Bartholomé, de sa voix plaintive, clame "I’m full of shit but I know how to split". Le temps de ce court au revoir, le chanteur se relève, et est visiblement prêt à reprendre sa basse.

Après cette surprise, les dix titres qui suivent s’égrènent parfois vite, parfois lentement. Ce qui est commun à tous, c’est une certaine noirceur. Parfois c’est juste l’angle donné au son qui donne cet aspect aux choses : les paroles de Sweet Protection, ode à la mère attentive, pourraient laisser penser que la ballade est amère, mais douce. Raté : la basse vrombit, très ronde, comme jamais chez Sharko jusqu’ici, et fait vite monter la sauce. Un tremplin parfait pour le single, Motels. Premier gros riff de l’album, sacrifié sur un thème plus léger, aidé de quelques bidouillages sonores - on a bien là des souvenirs de l’univers de Sharko, avec un peu d’hormones. Avec le titre qui suit, Trip, on tape du pied, on bouge la tête. Dites, ce serait pas du rock, ça ? Executée en à peine plus de 2 minutes, cette belle fusée explose malheureusement en vol, et on tombe sur une vraie ballade, cette fois. Oh, ce n’est pas qu’elle soit mauvaise, mais l’arrangement est trompeur. On s’imagine n’entendre qu’une complainte de David avec son ukulélé, mais il est entouré de cordes volontairement sous-mixées, et le tout est bravement parasité par des ondes radio et des gazouillements de bébé. A la longue (parce que c’est bien là la seule chanson longue...), tous ces efforts pour "faire discret sans être discret", ça agace. Et dire qu’il y a Andy Saunders au mixage...

La suite du disque ? Toujours une alternance, très marquée : entre les morceaux faits pour le live, exprimant la quintessance du trio basse/guitare/batterie (No more i give up, où Teuk Henri se taille la part du lion, Sugarboy et sa ligne de basse très Cure juvénile, et surtout Rock 1, titre à la patate littéralement é-nor-me), et les titres plus atmosphériques, on a une impression mitigée. La palette de couleurs est moins variée que par le passé ; rien de mal à ça, mais étrangement, cela ne rend pas l’ensemble plus cohérent. David donne l’impression d’avoir cassé tous ses jouets, et de n’avoir gardé qu’un ukulélé et une pédale d’effets. Au bout de 33 minutes de ce régime, moi j’ai encore faim. Désolé, monsieur Coljon, Molecule n’est pas (du moins à mes yeux) le meilleur album de Sharko. Une base pour autre chose à l’avenir, peut-être, de grandes promesses pour les prochains concerts, c’est certain, mais pas la recette parfaite. Il n’y aura pas de Molecule 2 comme il y eut un Meeuws 2, alors attendons de voir, et rendez-vous sur les scènes de Belgique, de France et d’ailleurs. David Bartholomé, orfèvre bricoleur de génie, n’a pas dit là son dernier mot, espérons-le.



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Jérôme Prévost





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Sharko : "Molecule"
(1/1) 9 janvier 2007, par kozmik




Sharko : "Molecule"

9 janvier 2007, par kozmik [retour au début des forums]

La photo de la jaquette fait trés Anton Corbijn je trouve.

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