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Scott Walker : "The drift" La vérité avant-dernière dimanche 3 septembre 2006, par |
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Véritable légende vivante de la pop britannique, l’ex-crooner anthologique, aujourd’hui âgé de 63 ans, a depuis belle lurette troqué ses attitudes de dandy contre un univers expérimental et torturé. Onze ans après Tilt, son dernier album en date, Sir Walker revient encore plus barré et plus opaque que jamais, avec un disque soutenu courageusement par 4AD et pratiquement inabordable pour n’importe quel amateur de pop ou de rock. Les amateurs d’art, par contre, seront comblés.
Scott Walker, c’est d’abord une voix, à la fois élégante et dérangée. Impossible de rester impassible devant ce tremolo tentaculaire et ces manières de grand homme en costume. On aime ou on déteste. C’est un peu comme ses derniers albums, d’ailleurs : bien loin de ses frasques des seventies et de ses reprises de Jacques Brel, Walker est désormais à des années-lumière du mythe qui a inspiré, en vrac, The Divine Comedy ou encore David Sylvian. On n’en est plus là depuis au moins vingt ans, et l’univers de Walker est devenu un véritable monstre informe, à la fois repoussant et fascinant, sorte de masse bio-artistique invertébrée aux velléités aussi terrifiantes que contradictoires. En fait, la première image qui me vient à l’esprit (pour les connaisseurs), c’est celle de la transformation de Tetsuo dans le célèbre manga Akira. Mais passons. Si l’énergie rock de Cossacks are paraît donner l’illusion d’un album difficile, quoique abordable au bout de plusieurs écoutes assidues, les distorsions de Clara, qui commence pourtant comme une espèce de conte de fée incertain, résonnent parmi des instruments déconfits, des cordes déstructurées, ajoutés à cette voix qui semble hanter chaque note de l’album. Par certains côtés, Scott Walker est pratiquement devenu aussi révolutionnaire que les premiers Einstürzende Neubauten. Marquée par une espèce de sceau wagnérien plutôt inquiétant, la musique de Walker semble ne connaître aucune limite.
The drift est un collage incessant d’instrumentations blessées et de mélodies atonales. Plus ambiant et plus tragique encore, Jesse ne fait que corroborer l’impression que l’on s’enfonce dans cet album comme on pénètre une caverne, en tournant à gauche, puis à droite, en se perdant au milieu des bruits sourds, d’une obscurité terrorisante et d’une impression persistante d’être épié. Au beau milieu d’une époque sans repère, marquée par des peurs aussi irrationnelles que les martèlements du morceau Psoriatic, Walker semble être allé au fond de l’humanité pour exorciser tout ce qu’elle a de démons et de laideur. Les guitares tranchent comme des scies, les flûtes font plus l’effet de tournevis endiablés qu’autre chose, et Walker continue de chanter dans cette masse malsaine comme si de rien n’était. Poésie et absurdité cohabitent dans ce chef-d’œuvre néo-classique qui en effraiera plus d’un, et qui constitue un testament hautement dérangeant. Prétentieux pour les uns, divin pour les autres, The drift ne ressemble à rien, ne souhaite rien représenter de plus que l’univers tortueux et glauque de Walker, et prend ainsi l’apparence d’un art gothique abandonné et réapproprié par toute sortes de créatures innommables. Alors c’est sûr, si vous voulez de la musique qui s’écoute presque toute seule, facile comme il faut, qu’il s’agisse de rock, de pop ou d’autre chose, faites un immense détour pour éviter les terres dévastées de Buzzers et autres Jolson and Jones. Si par contre, vous sentez une irrésistible attraction pour tout ce qui est un tantinet soit peu bizarre ou original et que vous abhorrez toute forme de conformisme, aventurez-vous avec prudence dans cette arythmie des sens et des images, cette confusion des idées et des repères. On se retrouve à la sortie. |
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Il y a 3 contribution(s) au forum. Scott Walker : "The drift"
(1/3) 22 février 2007, par evy Scott Walker : "The drift"
(2/3) 17 septembre 2006, par Bertrand /Toulouse Scott Walker : "The drift"
(3/3) 4 septembre 2006 |
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