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Santana : "All that I am"
Etre ou ne pas être ?

dimanche 18 décembre 2005, par Marc Lenglet

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Depuis la sortie de Supernatural, Santana est redevenu un artiste avec lequel les chiffres de vente doivent compter. Mais peut-on encore parler réellement « du » Santana, du guitar-hero légendaire dont le moindre instrumental produisait instantanément l’effet d’un verre de mescal par dessus des tacos inondés de tabasco ? Santana se sent aujourd’hui comme le patriarche qui invite chez lui ses nombreux petits enfants, et joue de l’orgue et de l’harmonica pendant que les marmots s’égosillent. L’important n’est pas de produire quelque chose de noble, mais d’accompagner les jeunes dans leurs élucubrations. On a l’âge et la sagesse avec soi, et on n’impressionnera plus personne en bandant ses muscles. Autant que les gens se disent tout de même qu’on est un chouette papy...

Jetez plutôt un œil à la liste des invités : on retrouve au chant des valeurs sûres du business musical américain, de celles qui font apparaître de larges sourires de squale dans les conseils d’administration des grands centres de décision du monde musical. Mary J.Blige, Outkast, Steven Tyler (l’est plus tout jeune non plus, lui...) Sean Paul, Joss Stone, voire même Kirk Hammett de Metallica, venu seconder son compatriote à la guitare sur Trinity, tous sont venus participer à la petite sauterie organisée par l’oncle Carlos. Histoire de ne pas paraître trop élitiste ou trop ouvertement camelot, Santana a aussi convié quelques étoiles montantes, comme Michelle Branch, Anthony Hamilton ou les Los Lonely Boys. Style passe-partout des intervenants oblige, l’ex grand guitariste ne s’épanche guère sur les morceaux, à tel point que sa participation semble parfois plus réelle dans les crédit du livret qu à travers les haut-parleurs de la chaîne hi-fi.

On retirera de cette médiocre sélection I’m feeling you (avec Michelle Branch) et Cry Baby Cry (Joss Stone/Sean Paul) qui se laissent écouter facilement, sans pour autant que l’on ne laisse échapper le moindre soupir d’admiration. L’hôte mexicain n’y est d’ailleurs pas pour grand chose : les morceaux incriminés ont simplement le mérite d’être efficaces et fonctionnels, avec ou sans les doigts de Santana sur les cordes. A bien y réfléchir, le moteur de l’intérêt de ce genre d’expérience réside davantage dans une certaine curiosité relative à la forme que prendra la collaboration que dans des attentes particulières vis-à-vis d’une hypothétique grande valeur de la chanson. Est-ce qu’on s’énerve en les écoutant ? Pas le moins du monde. Est-ce qu’on se sent heureux et enrichi une fois ces morceaux arrivés à leur terme ? Tout autant qu’en regardant une tartine sauter hors du grille-pain. Et encore parle-t-on ici des plus réussis de ces singles en puissance. Pour le reste, cela ressemble à n’importe quel machin visualisé sur MTV entre 6 et 22 heures, avec en bonus, une vieille gloire à moustache qui essaye tant bien que mal de napper le tout sous une ambiance Kokomo pastiche.

Sur le principe, on n’a même pas envie de reprocher à Santana de s’entourer de tout le gotha actuel de la pop américaine. Ces morceaux, compte tenu de leur nature et de leur objectif (Jeune star qu’on kiffe trop + vieille star que les vieux ont bien dû kiffer un jour = crossover générationnel et maximisation des ventes) tiennent la route. Mais il est dommage de songer que ces concessions à la mode, même les plus tolérables d’entre elles, ne représentent rien face aux antiques morceaux purement afro-latinos de Santana, les Samba pa ti, Black magic woman ou Evil ways. Dans le cas de All that I am, passés les deux premiers morceaux Hermes et El fuego qui renouent avec cette heureuse époque, on peut se dire que la meilleure partie de l’album est derrière soi. Oui, c’est peut être bien tout ce que Santana est aujourd’hui. Un musicien en fin de course qui parvient à garder la tête hors de l’eau (et même vachement hors de l’eau) grâce à une bonne dose d’opportunisme sous couvert d’ouverture et de partage. Tant que ça marche...



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Santana : "All that I am"
(1/3) 2 juin 2007, par julien
Santana : "All that I am"
(2/3) 18 décembre 2005, par Red Cloud
Santana : "All that I am"
(3/3) 18 décembre 2005




Santana : "All that I am"

2 juin 2007, par julien [retour au début des forums]

Vous y allez un peu fort sur Santana... Quoi de plus naturel pour un artiste que de vouloir rester sur le devant de la scène ? Ses collaborations lui permettent de se faire écouter, face à un marché de la "musique" (peut-on appeler cela de la musique ?) où des chansons merdiques envahissent à longueur de journée nos oreilles, devenant de moins en moins sensibles à la vraie musique (je pense là aux anciens tubes de Mr Santana). La qualité ne compte plus, seul le bénéfice a son importance... En collaborant, Santana essaye juste de faire passer son message de paix, peut-être avec l’espoir que ses auditeurs s’intéressent à sa musique d’antan... Peut-on réellement lui en vouloir ? Pour ma part, Santana est LE guitar-hero, LE dieu de ces musiques magiques qui vous touchent là...
Je n’ai pourtant que 17 ans, mais sa musique est intemporelle. Santana est un artiste qui a su s’adapter au monde impitoyable du buziness musical...

VIVA SANTANA

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Santana : "All that I am"

18 décembre 2005, par Red Cloud [retour au début des forums]

J’ai bien aimé les deux précédents opus. Sans crier au génie, globalement les morceaux sont plaisants, surtout ceux en espagnol, la gratte, quoique sobre, a toujours ce son si particulier et réjouissant.

C’est vrai que c’est commercial. Eh bien, tant mieux pour lui s’il se fait des thunes. Déçu tout de même de l’avoir vu passer par la Star Ac.

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Santana : "All that I am"

18 décembre 2005 [retour au début des forums]

Il est en effet étonnant de voir un artiste être un simple figurant sur "ses" chansons. J’ai encore vu récemment les clips "Smooth", "Maria Maria" et "The game of love", et Santana n’est juste là que pour décorer. Par contre seul son nom est à l’écran. Un featuring à temps complet en quelque sorte.

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