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Russian Circles : "Geneva"
Magnum Opus

samedi 10 juillet 2010, par Arnaud Splendore

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Geneva est un album qui m’a littéralement pris par surprise, du genre qui sonne à votre porte et qui vous colle un pain en pleine tronche avant même de vous dire bonjour. Russian Circles m’avait à ce point impressionné qu’il avait gagné une place hautement méritée de « révélation personnelle » dans mon top de l’année 2010. Six mois plus tard, je constate avec dépit que je n’ai pas encore pris la peine d’en faire la critique, erreur aujourd’hui réparée. Suivez-moi donc, gentils lecteurs, pour un voyage dans les terres post-rockiennes pour y rencontrer les empereurs du genre, Russian Circles.

Au sein de la scène post-rock, il y a à boire et à manger. A ma droite, on trouve des groupes novateurs, de ceux qui ont soit aidé à construire la scène au début des années 90, soit des groupes plus récents mais qui contribuent à garder le son de la scène post vivant et en constante évolution. A ma gauche par contre, on trouve quantité de suiveurs, des rémoras qui se sont greffés au mouvement et qui ne survivent qu’en reproduisant à l’identique les schémas musicaux de leurs prédécesseurs. Le syndrome est classique, mais particulièrement aigu dans le post-rock, à tel point que l’on peut parler de gangrène (et qu’on n’est plus très loin de l’amputation). Le genre s’est replié sur lui-même, et, tel son Ourobouros moyen, menace de se manger la queue, tant la majorité de la production actuelle semble constituée uniquement de clichés.

Car la formule est extrêmement simple à reproduire. Pour utiliser une métaphore météorologique, la base du post-rock se situe dans ce moment précis entre le calme avant la tempête et la tempête elle-même. L’astuce consiste à construire la chanson en augmentant l’intensité jusqu’à l’explosion. Mais beaucoup de groupes se focalisent plus sur l’explosion elle-même, se bornant à enchaîner une profusion de riffs bien lourds, histoire d’en foutre plein les oreilles des auditeurs. Bref, tout est misé sur la forme et rien sur la substance. La clé se trouve plutôt dans l’anticipation et la faculté du groupe à la construire. Et c’est bien là la plus grande réussite de Russian Circles sur ce Geneva, celle de ne jamais être prévisible.

Le titre Melee est un parfait exemple de cet équilibre ténu et du talent que montre le groupe à le maintenir, sans jamais perdre le contrôle ou sombrer dans la facilité. La chanson monte en intensité de façon quasi organique, chaque section construisant la suivante en un enchaînement logique. Les transitions sonnent tellement naturelles qu’on les remarque à peine. Il faut véritablement plusieurs écoutes et une attention particulière pour se rendre compte de la progression des titres. Tout cela contribue à rendre l’écoute de Geneva une expérience naturelle où l’on se laisse entraîner par la musique et les ambiances du groupe sans s’en rendre compte.

Un autre facteur qui contribue à cette expérience tient au fait que Russian Circles n’a pas peur d’alterner ses ambiances. Ainsi, du chaos de Melee, le groupe extirpe Hexed all, une chanson toute en douceur, sorte de havre de paix au milieu d’un océan déchaîné. La chanson fait la part belle aux instrumentistes Allison Chesley (violoncelle) et Susan Voelz (violon), invitées sur l’album. A noter que les demoiselles font plusieurs autres interventions sur Geneva, à chaque fois parfaitement intégrées dans la musique de Russian Circles, ce qui ajoute une couche supplémentaire aux titres du groupe.

Musicalement, le groupe est à son meilleur niveau. La valeur ajoutée du bassiste Brian Cook (ex-Botch / These Arms Are Snakes) est particulièrement évidente sur le titre Fathom avec une ligne de basse particulièrement mémorable. Si l’homme était déjà présent sur l’album précédent, Station, c’est véritablement sur Geneva que l’on sent qu’il a trouvé sa place. Lorsqu’il prend le devant de la scène, ce qui se produit à plusieurs reprises, il domine l’album et lui imprime véritablement sa marque, laissant un son pas très éloigné, justement, de These Arms Are Snakes.

C’est également une des forces du groupe, par rapport à certains de leurs collègues. Là où un musicien, généralement le guitariste, se met en avant et réduit ses camarades au rang de backing-band, Geneva est un effort de groupe, chaque membre du combo apportant sa pierre à l’édifice. Cette attitude est à porter au crédit du leader de facto de Russian Circles, le guitariste Mike Sullivan. Ce dernier a bien compris qu’il ne servait à rien de jouer à la superstar en balançant des riffs par paquets de douze, mais que la musique du groupe avait tout à gagner d’un effort collectif. Plutôt que de se prendre pour le Malmsteen du post-rock, Sullivan favorise un jeu en subtilité, mêlant des arpèges aériens à des sonorités discordantes arrachées à son instrument. Dave Turncrantz, le batteur, confirme quant à lui tout le bien qu’on pensait déjà de lui sur Station.

Si Station, précisément, avait eu un impact conséquent sur la scène post-rock, on se rend compte, à l’écoute de Geneva, qu’il ne faisait que poser les bases de l’évolution de Russian Circles. Sur ce troisième album, on trouve un groupe qui a évolué et qui fait preuve d’une grande maturité. Le groupe maîtrise parfaitement son sujet et nous livre ici une œuvre majeure et définitive, qui repousse les limites du genre et laisse entrevoir de grandes choses pour le futur. Car il est clair que Russian Circles conserve un potentiel d’évolution énorme et, là où leurs collègues ont tendance à se répéter, le groupe de Chicago se pose en leader d’une scène qui nous réserve encore de grands moments. On attend la suite avec impatience !



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Arnaud Splendore





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Russian Circles : "Geneva"
(1/2) 19 juin 2015
Russian Circles : "Geneva"
(2/2) 10 juillet 2010, par Plunk




Russian Circles : "Geneva"

19 juin 2015 [retour au début des forums]

I like this music collection. Have been listening to the songs, and it’s just worth it. - Dony McGuire

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Russian Circles : "Geneva"

10 juillet 2010, par Plunk [retour au début des forums]

J’ai été un peu déçu par cet album. Je le trouve pas trop mal mais je préfère largement les deux précédents, sans trop pouvoir dire pourquoi. Peut-être que Geneva est trop mou pour moi, je sais pas.

Et ça manque de riffs en tapping, comme avant. :-D

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