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Ruby : "Short-staffed at the Gene pool"
La boîte de Pandore

jeudi 12 janvier 2006, par Albin Wagener

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lesley Rankine, alias Ruby, préfère la qualité à la quantité, car il nous aura fallu patienter six ans entre le premier opus de cette demoiselle déjantée et ce Short-staffed at the Gene pool, assez éloigné de Salt Peter et de son intrigant single Paraffin, qui s’était à l’époque logé entre Björk et une sorte de mouvance électronique aux sonorités sombres et glauques. Echappée du groupe punk Silverfish, Lesley nous livre une nouvelle fois un opus très personnel, très féminin, que certains qualifient déjà de mariage entre Toni Halliday et Billie Holliday.

Impossible de catégoriser cette chanteuse. Entre un Beefheart à la rythmique rock un peu sale et le free-jazz assumé de Queen of denial, tout est utlisé par Ruby pour jouer dans la cour de l’avant-garde musicale confidentielle et résolument inventive. Dans la grande lignée de ces artistes féminines torturées désireuses de développer un univers propre, décomplexé de tout jugement possible sur leur production déglinguée et foutraque, Lesley se permet également une guitare soul et liquide sur Waterside, tout en se berçant dans un folk décalé. La voix de cette belle artiste un brin ténébreuse se pose entre murmures sensuels et vocalises faussement désintéressées.

Aidée par le producteur Mark Walk (Pigface, ohGr, Skinny Puppy), Ruby se meut avec violence, finesse et coups de sang maîtrisés et torturés sur cette galette sous-marine. On y trouve tour à tour des synthétiseurs minimalistes et agressifs, des beats détendus ou industriels, du xylophone, du saxophone, de la trompette, des basses ronflantes ou funky, et bien sûr quelques guitares savamment placées. Difficile alors de classer ce disque de façon adéquate, en utilisant toute une batterie de superlatifs qui ne font qu’accentuer le mythique malaise qui s’en dégage. Il est clair que l’objectif de cette Anglaise, désormais exilée au Canada où elle vit pratiquement recluse dans une campagne hostile, n’est pas de vendre toute une palanquée d’albums, mais bel et bien de créer ses propres expérimentations tout en s’exprimant de façon très personnelle sur des thèmes qui la touchent.

Ce qui se dégage de ce Short-staffed at the Gene pool, sorti en 2001, c’est avant tout une vision, un dessein très particulier. On sent que Lesley y a mis ses tripes, tout comme elle l’avait déjà fait dans Salt peter, bien qu’ici, cela soit sous des déclinaisons musicales bien particulières. On peut voir dans cette galette pas mal de contradictions : la pop décalée et nerveuse de Lilypad, par exemple, est à des années-lumière de la jungle organique et légère de Roses. Mais les titres sont enchaînés d’une telle façon qu’on se laisse emporter avec délice et un brin d’inquiétude dans ce véritable tour de force musical. On pourrait par exemple arguer que Ruby est une version féminine de Tricky - et l’argument le plus frappant pour cette hypothèse pourrait être Grace, grande démonstration de séduction saturée et étrange, plongée dans un bain de funk lascif et de trip-hop pervers.

Une personnalité propre pour un disque ambigu et dont les trésors se révèlent au fur et à mesure des écoutes, voilà ce que Lesley propose, canalisée par les programmations de Mark Walk. Ruby joue avec les idées et les sons d’une façon fort féline, tout en y apposant des textes introspectifs et dérangeants. Une attitude post-punk, un brin progressive, qui fait de cet album un exercice admirable et inclassable, et qui intronise définitivement Lesley Rankine comme une des artistes féminines les plus douées et les plus décomplexées de sa génération.



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Albin Wagener





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Ruby : "Short-staffed at the Gene pool"
(1/1) 19 juin 2015




Ruby : "Short-staffed at the Gene pool"

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The quality of music is undeniable. This artist has a lot of talent. - Dony McGuire

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