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Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"
Car je suis fou de toi qui te fous de moi

samedi 16 janvier 2010, par Yû Voskoboinikov

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Il m’aura fallu trois heures pour quitter la région parisienne. À l’heure de la taxe carbone injuste que le président veut faire passer à tout prix (errare humanum est, persevare diabolicum...), je ricane nerveusement face à ce spectacle ridicule. Après tout, il n’aura fallu qu’une semaine à mon garagiste pour changer un phare.

Alors forcément, ma mère s’inquiète. C’est comme ça, une mère, ça cherche un second papa quand c’est jeune, puis ça se laisse bouffer par son horloge biologique, et ensuite ça se sacrifie entièrement pour sa descendance. Les gênes sont transmis, c’est ce qui compte, et il faut veiller sur l’enfant prodigue jusqu’à ce qu’il passe à son tour le relais. J’aurai été Darwin, en réalisant tout cela, je me serai suicidé en écoutant des chants tribaux.

Quoiqu’il en soit, et alors que je patiente dans la file d’attente de la station service, ma mère m’appelle pour me demander où je suis. Je lui explique que j’arrive bientôt, que je fais le plein avant la dernière ligne droite, mais que comme les Français sont des paranoïaques haineux, je dois payer avant de consommer, et que comme les Français ne sont en outre pas des flèches (enfin, plus que les Belges, c’est déjà ça de gagné), ça ne va pas très vite.

Devant moi, un cliché du beauf attend. Survêtement Auchan, chaîne en or autour du cou, regard bovin labellisé de Gaulle, et une bonne gueule de smicard vivant en H.L.M. mais propriétaire à crédit d’une Seat Leon avec 100 kilowatts de basses. D’ailleurs, il achète l’un des disques en vente dans la station, et je le vois calculer son coup de maître face à l’affichette un DVD pour un plein et 3,95€. Car il fait partie de ces gens-là, cette race que je croyais (enfin) disparue, celle qui achète des produits dits culturels en station service. Ce n’est plus un beauf, c’est le beauf.

Preuve ultime de sa franchouillardise, le Gérard Lambert a écouté ma conversation. Sachant que je suis du genre très discret au téléphone portable en lieu public (main devant la bouche pour masquer la voix basse et conversation écourtée au maximum, on appelle cela la bonne éducation), le type devait sacrément s’emmerder de ne pas pouvoir regarder Téléfoot pour chercher à ce prix à écouter ce que j’avais à dire. D’autant plus que cela ne lui a pas plu, puisqu’il me tutoie (il a du me confondre avec quelqu’un d’autre aux toilettes) pour me dire de passer avant lui vu que je suis pressé. Poli, je refuse, il insiste, je ne suis pas catholique, je passe.

Et là, la caisse tombe en panne.

Toutes les pompes sont bloquées, le système ne veut pas redémarrer, le gérant lui-même est à deux doigts d’appeler Rex Kramer à la rescousse afin qu’il vienne réparer le réseau. Le temps passe, la tension monte, et je n’y tiens plus, je craque, j’éclate de rire. Ouvertement, sans me cacher, en regardant le père Lambert droit dans les yeux. Ce dernier ne peut que rester interdit, vu que la situation dépasse de loin ses trois cents mots de vocabulaire.

Finalement, la situation se débloquera, après avoir demandé une dizaine de fois aux gens présents de ne pas actionner les pompes (les affiches en quatre par trois demandant de payer avant de se servir ne devant pas être écrites assez gros pour que les gens les lisent). Ai-je pensé à vous préciser que les Français font systématiquement une faute au mot discipline ?

Ce détail technique réglé, je pouvais enfin reprendre la route, la dernière ligne droite mentionnée précédemment, une sorte de Highway to Hell qui relie Toulouse à Albi, où le seul panneau de bienvenue vous indique que si vous n’avez pas fait le plein, vous êtes mort, parce qu’il est trop tard pour faire demi-tour, et que personne ne viendra vous aider. C’est sans doute la dernière portion de route en France où aucun radar, qu’il soit humain de Nuremberg ou automatique, n’est présent pour vous flasher. C’est une contrée vierge, dont le goudron date du colonialisme athénien, où écouter Drink me, eat me ouvre une porte interdimensionnelle vers les landes périgourdines, et où même Autoroute FM n’ose pas s’aventurer. Seuls quelques michetons en pleine dépression post-coïtale se croisent très rapidement. Mon record personnel : 180, de nuit, avec pluie et brouillard. D’où la nécessité d’un réservoir plein, que l’on vide en une soixantaine de kilomètres et une passe.

C’est dans ces conditions que je tombe sur une radio locale, qui diffuse une chanson curieuse, avec une chanteuse un peu barrée (j’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Rodrigue, et une orchestration qui oscille entre Tim Burton et Thomas Fersen, grandiose et rafinée, entraînante mais inquiétante. Dis comme cela, c’est amusant, mais quand minuit sonne dans la vessie, qu’il fait nuit noire, et qu’une seconde semble durer une mort, chaque parole prononcée dans les hauts parleurs me rapprochent un peu plus du moment où je verrai une dame blanche dans mon rétroviseur. Assise sur la banquette arrière, elle...

Maintenant que j’y pense, je n’ai jamais su la fin de ce classique de l’horreur japonaise.

Alors voilà, l’album de Rodrigue est certainement très sympathique, mais le fait est qu’aucun disquaire ne l’avait en stock. Et comme je refuse de payer pour télécharger (les prix sont aussi réalistes que l’immobilier français), que je n’ai pas envie d’attendre que le facteur perde mon colis (à moins que ce ne soit mon voisin musulman), que les commentaires de Pop-Rock ne sont pas modérés, et que le décret de la loi Hadopi a été publié dans le Journal Officiel, mon verdict sera le suivant : faites circuler les copies.



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Yû Voskoboinikov





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"
(1/4) 16 avril 2011
Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"
(2/4) 17 janvier 2010
Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"
(3/4) 16 janvier 2010, par Bobby
Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"
(4/4) 16 janvier 2010, par Candy Raton




Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"

16 avril 2011 [retour au début des forums]

Soit dit en passant, se vanter de rouler à 180 sur une petite route de campagne et de surcroît par temps de pluie et de brouillard, c’est exactement le genre de chose que ferait le beauf sus-décrit...

Mais comme dirait l’autre moi je dis ça, je ne dis rien...

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Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"

17 janvier 2010 [retour au début des forums]

C’est admirable.

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Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"

16 janvier 2010, par Bobby [retour au début des forums]

De loin la plus mauvaise chronique de Yû.
Très décevant, fait à la va-vite ?

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Rodrigue : "Le jour où je suis devenu fou"

16 janvier 2010, par Candy Raton [retour au début des forums]

Laisse tomber le facteur et fais-toi livrer tes colis dans la librairie du coin.

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