Pop-Rock.com



Riverside : "Second life syndrome"
Une tempête

mercredi 11 juin 2008, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Bloodhound Gang : "Hefty fine"
Miss Kittin & The Hacker : "Two"
Stellastarr : "Stellastarr*"
Tori Amos : "American doll posse"
Transit : "Decent man on a desperate moon"
Cartman & The Cartmen : "I love rock n’roll"
Dawn Landes : "Fireproof"
Blackmail : "Aerial view"
Babyshambles : "Shotter’s nation"
Massive Attack : "100th window"


Après un premier album aussi convaincant, pas étonnant que le prestigieux label Inside/Out, qui signe tout ce qui peut ressembler de prêt ou de loin à Dream Theater, se soit rué sur ce jeune groupe prometteur. A signaler un petit changement de line-up au niveau du clavier, mais ça s’entend à peine, tant le groupe tient à asseoir sa réputation et à conserver le style défini dans son premier opus.

C’est au moment d’écrire ce deuxième album que naît la volonté de prolonger le premier disque, tant au niveau du fond que de la forme, et même (tant qu’on y est), de réaliser une trilogie. Dès lors, si le premier disque contait une histoire entière (la fin était ouverte, mais l’histoire se suffisait à elle-même), il « suffisait » de faire replonger le personnage dans ses travers, et vas-y qu’on est reparti pour une séance de « je t’aime, moi non plus », de « je replonge, je me ressaisis, je remonte la pente, mais mes démons me rattrapent, enzovoort » étalée sur deux albums. En toute honnêteté, si on essaie de prendre la trilogie comme une histoire avec un début, un milieu et une fin, c’est chiant et foireux de bout en bout. Par contre, si on l’envisage comme une compilation de chansons, de recueils centrés sur le thème de la perte de repère, avec pas ou peu de liens entre eux, alors l’ensemble des trois disques gagne tant en cohérence (c’est paradoxal, mais c’est comme ça) qu’en pertinence. On appréciera à coup sûr ces nouveaux textes toujours aussi bien tournés et aux titres révélateurs : Volte-face, Second life syndrome, Artificial smile, etc.

Mis à part ces réticences concernant le concept de la trilogie, cet album est tout simplement une baffe énorme. C’est l’album « le plus ». Le plus beau, le plus puissant, le plus mélodique, le plus irritant, le plus audacieux, le plus conformiste. Riverside a fait d’énormes progrès et démontre tout son savoir-faire en même temps que ses limites les plus frappantes. Le groupe poursuit son exploration des terrains que l’on connaît chez d’autres, mais nous les fait voir sous un autre angle, nous montre d’autres choses. Il nous rappelle en fait qu’il est possible d’allier technicité et émotion, minutie et spontanéité, tête et cœur.

On retiendra de nombreuses choses de cet album. A commencer par la capacité du groupe de livrer des montées en puissance irrésistibles, davantage encore que sur Out of myself. Qu’il s’agisse de l’hyper puissant Volte-face ou de l’atmosphérique et floydien Second life syndrome qui va jusqu’à reprendre quelques sonorités de Echoes du groupe anglais, Riverside sait construire ses chansons patiemment, les amener vers des apothéoses tout simplement énormes. A ce titre, les séquences finales de ces deux chansons font partie des meilleurs moments de l’ensemble de la discographie du groupe. Riverside profite également de ce disque pour nous sortir son morceau le plus heavy (Artificial smile) et le plus neuneu (Conceiving you). On y trouvera également sa plus mauvaise chanson (Dance with the shadow, qui dure plus de onze minutes... pas de bol). Et surtout, on y trouvera ses morceaux les plus expérimentaux et les plus tripants : After, qui ouvre le disque, et Before qui le conclut. After est entièrement axé autour de la voix de Mariusz Duda, qui nous sort des spoken words tétanisants de froideur, avant de partir dans une mélopée qui le révèle dans une transe contagieuse. La chanson a de quoi devenir un monument de déclamation glaciale, mais elle est purement et simplement gâchée par un solo de guitare final. Le solo est assez joli, typique de Riverside (joué haut sur le manche), mais alors que cette chanson avait de quoi se poser en OVNI hors-concours, le groupe la ramène dans son canevas de rock atmosphérique. Plus qu’une erreur de production, c’est là un aveu des limites du groupe. En définissant son style, le groupe a aussi défini son public, et il craint déjà de le décevoir. Désormais, il faudra qu’on s’y fasse : pas de chanson de Riverside sans solo de guitare. L’assujettissement de Riverside à sa musique, comme c’était le cas sur le parfait OK demeurera une exception. Le groupe ayant pris de l’assurance et défini ses objectifs, c’est désormais la musique qui sera assujettie à Riverside, comme en attestera plus tard Embyonic sur le troisième album, où le groupe répétera la même erreur de balancer un solo de guitare sur une chanson qui n’en avait nul besoin, bien du contraire. Ce n’est qu’un petit écueil, certes, mais il chipote comme une petite piqûre d’ortie qu’on ne peut s’empêcher de gratter. Heureusement que l’album est bourré jusqu’à la gueule de grands moments desquels il n’y a rien à redire, comme Before, qui termine ce Second life syndrome sur une note extraordinaire. Encore une fois il s’agit d’un crescendo, mais il est mené avec tellement de maestria et il prend tellement à la gorge qu’on en redemande encore et encore.

On a déjà noté les gros progrès opérés par le groupe depuis le premier disque. La plus belle progression est à mettre au crédit de Mariusz Duda, qui s’impose comme un chanteur majeur de la scène progressive. A l’instar d’un Vincent Cavannagh qui était touchant dans son chant hésitant des débuts pour atteindre désormais une excellence qu’on ne peut se permettre de remettre en cause, son amélioration est audible d’album en album. Ce qu’on apprécie véritablement, outre l’assurance et la clarté du chant, c’est l’audace dans les lignes de chant et les effets sur la voix. Mariusz Duda aime en jouer, comme sur After, justement, ou Second life syndrome au cours duquel il nous gratifie d’une véritable session rythmique avec la voix.

Au moment de sa sortie, en 2005, ceux qui venaient de découvrir le groupe ont été soufflés par sa maîtrise et sa puissance. Cet album trône désormais sur un piédestal chez ces personnes. Ceux qui avaient découvert Riverside avec Out of myself n’y ont vu que du réchauffé, estimant, au mieux, que le groupe avait pris pleinement possession de ses moyens et affirmé son identité, au pire qu’il avait déjà dit tout ce qu’il avait à dire. Quelle que soit la perception qu’on en aie, toutes se valent, et toutes allaient être confirmées par le dernier volet de la Reality Dream Trilogy...



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart