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Riverside : "Rapid eye movement"
La fin d’un monde

samedi 14 juin 2008, par Geoffroy Bodart

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Avant même d’écouter ce troisième album, on sait déjà à quoi s’attendre : un disque aux évolutions trop subtiles que pour bouleverser les acquis et les bases de Riverside, une nouvelle fournée d’une qualité indiscutable, mais qui radicalisera tant ceux acquis au son du groupe que ceux qui déploreront le manque d’évolution.

Et en effet, pour clôturer sa trilogie, il est des points sur lesquels toute discussion est exclue. Tout d’abord, l’artwork sera signé au graphiste Travis Smith, qui s’est occupé du visuel des deux premiers albums (le bonhomme s’occupe également, entre beaucoup d’autres, du visuel d’Anathema depuis A fine day to exit). Ensuite, l’album comportera neuf chansons, tout comme ses prédécesseurs, mais ne comportera aucun instrumental (Reality dream ayant fait l’objet de deux volets sur le premier album et d’un dernier chapitre sur le second). Enfin, l’inévitable chanson épique qui flirtera avec le quart d’heure sera placée en fin d’album (vu que The same river ouvrait Out of myself et que Second life syndrome était placée en milieu de son album éponyme). Evidemment, on pourra reprocher au groupe de se gratter pour se faire rire avec toutes ces contraintes liées à la volonté de livrer un triptyque cohérent, mais on se prend vite au jeu du groupe tant le désir de bien faire et l’intelligence de la mise en scène transparaisse de ces albums.

Tout comme pour Second life syndrome, la continuité de l’histoire n’est pas garantie et on préférera, une fois encore, considérer les chansons comme autant de feuillets épars qui n’ont en commun que la thématique du rêve éveillé, et de la difficulté pour cet homme de se défaire de son passé.

Encore une fois, on ne pourra qu’applaudir devant les progrès accomplis par le groupe. Qu’il s’agisse de Beyond the eyelids qui vient se poser comme leur essai le plus progressif, de la section rythmique à géométrie variable ou de Ultimate trip à la construction un poil trop subtile et réfléchie, on sent la volonté du groupe, même s’il se cantonne dans son registre, de repousser ses limites. On ressent toujours également cette volonté de dévier un peu hors des sentiers balisés du metal prog (mais pas trop pour ne pas froisser les fans), que ce soit avec le déjà classique 02 Panic room qui, sur ses premières secondes, en effraya plus d’un à cause de la similitude de sa ligne de basse avec celle de Army of me de Björk, ou encore une fois avec le chant transcendé, chamanique, de Mariusz Duda sur Schizophrenic prayer.

Comme à son habitude, Riverside alterne les genres et saute allègrement du hard basique (Rainbow box, pas ce qu’on retiendra en premier du groupe) au metal prog (Parasomnia) en faisant un double crochet acoustique tout bonnement divin. Avec Through the other side, lancinant et hypnotique d’abord, et surtout avec Embyonic, qui débute comme une complainte de facture assez classique avant de s’envoler vers des cimes de tristesse où guitare acoustique et chant s’unissent dans le chagrin d’un couple usé par l’habitude et l’indifférence et qui souhaiterait se redonner une chance. C’est plus que beau : c’est magnifique, et ça fait chialer petits et grands à gros bouillons. Dommage pour l’inutile solo de guitare électrique final.

Vient enfin Ultimate trip, chanson attendue comme le messie puisque censée conclure la Reality Dream Trilogy. Ses trois premières minutes sont un régal qui justifie amplement le caractère un poil pompeux du titre. Le riff est d’une énergie époustouflante et le groupe se fait visiblement plaisir. Mais la suite de la chanson laisse un peu plus dubitatif. Il manque un petit quelque chose. Ca se calme, ça chipote, ça tire inutilement en longueur, Riverside a l’air de ne pas trouver la porte de sortie (c’est bien une première, tant ils nous ont habitués à des séquences finales épatantes, contrairement à Dream Theater qui a toujours eu le plus grand mal à savoir s’arrêter quand il le fallait et d’une manière correcte). Les écoutes répétées tempéreront cette simili-déception, car elles révéleront toute l’architecture complexe de ce titre. Néanmoins on s’attendait à quelque chose de plus grandiose pour clôturer une telle œuvre. Inévitablement, on terminera sur les grésillements de radio qui avait ouvert le bal sur The same river. Quand même...

Pour la suite de la carrière de Riverside, les paris restent ouverts. Une évolution semble désormais plus que souhaitable. Cet album-ci n’était en aucun cas le disque de trop, mais la sonnette d’alarme est désormais tirée. Si les Polonais ne parviennent pas à se renouveler quelque peu, ils auront bon truffer leurs disques de pépites comme ils en ont parsemé ce triptyque, la lassitude gagnera trop de terrain. Le groupe est désormais incontournable sur la scène progressive et il talonne ceux-là même qui l’ont aidé à se forger son identité. Maintenant qu’il joue à jeu égal, il peut se permettre, et ce d’autant plus qu’il vient de conclure sa trilogie (on pouvait comprendre la volonté de cohésion entre ces trois albums) d’explorer d’autres horizons, sans pour autant renier ses bases. Mariusz Duda préparant un album solo pour lequel il veut essayer « autre chose », on ressent également la volonté de se diversifier, en espérant que Riverside ne devienne pas un vache à lait dont les membres s’épanouissent artistiquement ailleurs...

C’est donc tout cela, Riverside. Un groupe imparfait. Un groupe talentueux, gorgé d’ambition et de bonnes intentions, mais qui a parfois peur de s’affirmer hors de ses prestigieuses influences. Mais on leur pardonne tout. Pas parce qu’on est soi-même asservi à des règles tacites liées à un style musical, ni parce qu’on n’aurait que ça à se mettre de potable sous la dent, mais tout simplement parce que, derrière la musique, on ressent toute l’humanité de ses auteurs. Riverside n’est pas un groupe constitué de bêtes de compétition, mais un groupe qui parvient à nous toucher, autant par ses qualités que par ses imperfections.



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Geoffroy Bodart





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Riverside : "Rapid eye movement"
(1/1) 15 janvier 2015, par Carey Miles




Riverside : "Rapid eye movement"

15 janvier 2015, par Carey Miles [retour au début des forums]

I like this album. All my favorite songs are here. - Glendora Cosmetic Dentist

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