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Riverside : "Out of myself"
Un coup de tonnerre

lundi 9 juin 2008, par Geoffroy Bodart

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Riverside a profondément bouleversé le monde du metal prog ces dernières années. Et pourtant ce groupe polonais ne propose absolument rien de neuf ou d’original. Perdu au milieu d’une scène où le seul moyen pour survivre semble être de jouer plus vite et plus fort que son voisin, tuant de ce fait toute volonté progressive comme le firent jadis Yes ou ELP dans leurs efforts les plus tarabiscotés et masturbatoires, on se demande vraiment ce que Riverside peut proposer pour emporter l’assentiment de cette manière. Car autant le reconnaître, aucun des membres du groupe ne peut prétendre aller chatouiller un John Petrucci, un Gavin Harrisson ou un Daniel Gildenlöwe sur son terrain. La force de Riverside, c’est d’avoir bien saisi toute la vanité de la scène prog, d’avoir su en retenir ce qui était le meilleur, et d’avoir compilé tout ça en trois albums fondamentaux desquels les aînés feraient bien de s’inspirer.

Tout commence sur des grésillements de radio desquels se détachent notamment quelques notes de Hotel California. Les grésillements disparaissent dans un fade-out, une nappe de clavier enveloppe l’auditeur, une guitare floydienne dispense un petit solo introductif, la basse commence alors à avancer, grimper, monter en puissance et se fait rejoindre par la batterie tandis que le chant semble perdu dans des incantations chamaniques. Une guitare saturée prend alors le relais pour affronter le clavier dans un duel musical très inspiré. Six minutes ont déjà passé et la chanson peut enfin commencer. Sur ces six minutes, peut-être les membres du groupe ne le savaient-ils pas eux-mêmes, mais Riverside vient de poser les bases irrémédiables de son style. Si l’on accroche sur ces six minutes, on accrochera à l’ensemble de la Reality Dream Trilogy. Dans le cas contraire, inutile d’aller plus loin.

Faire du name-dropping peut être un exercice fastidieux et limite injurieux pour le groupe dont on parle (dans certains cas, ça peut être injurieux pour le groupe cité en référence, mais c’est un autre débat), mais ici, il est impossible d’y couper. Non seulement Riverside assume la parenté directe avec les groupes référencés, mais il la recherche même. Riverside, c’est donc un esprit purement progressif avec albums conceptuels et délires instrumentaux à la Dream Theater, auquel s’ajoute un feeling pop et mélodique inspiré de Porcupine Tree, une puissance et une agressivité puisée chez Opeth, une psyché torturée qui guide l’œuvre de Pain of Salvation, une sensibilité à fleur de peau et un goût pour l’acoustique que l’on retrouve chez Anathema. C’est tout cela, étalé sur trois albums, augmenté d’une touche personnelle (quand même !), la Reality Dream Trilogy.

Le premier volet de la série, Out of myself, sort en 2003 sur le label The Laser’s Edge. A petit label, petite promo et petite distribution. Et pourtant le groupe parvient à se faire remarquer et s’impose immédiatement comme une valeur sûre, un de ces rares groupes dont on sait qu’il ne fera pas que passer et qu’il fera peut-être partie de ceux qui écriront l’histoire du progressif des années à venir. D’emblée, le groupe se présente à la fois comme extrêmement respectueux des canons progressifs, mais également désireux de les bousculer. Ainsi The same river, chanson fleuve (si je puis dire) de douze minutes serait censée constituer le sommet épique, le climax de tout album normalement constitué et devrait dès lors trouver sa place en milieu ou en fin d’album. Au lieu de ça, le groupe la place en ouverture, prenant le risque qu’après une pièce pareille, le soufflé ne retombe, d’autant plus que les morceaux suivants rentreront dans un format un peu plus facile d’accès. Il faut croire que le groupe avait confiance en la qualité de ses chansons suivantes.

Confiance placée à raison. Qu’il s’agisse de Out of myself et de sa ligne de basse énorme, de Loose heart aux nappes de clavier et au chant irrésistibles, des deux volets instrumentaux (mais jamais démonstratifs) de Reality dream, le groupe se révèle outrageusement bon. Non, ce n’est pas le progressif annoncé dans le premier morceau, c’est comme les fromages belges : un peu de tout.

Au niveau du fond, prépondérant chez ce type de groupe, on pioche là aussi chez les concurrents pour accoucher d’un album conceptuel traitant d’un homme fragile qui peine à se remettre d’une déception amoureuse et se réfugie dans son monde onirique. Clairement, on invite à la table Pink Floyd (The Wall) pour son personnage catatonique qui ne sait affronter les difficultés du monde réel, Dream Theater (Metropolis pt2 : Scenes from a memory) pour le dédoublement de personnalité, Anathema pour l’exacerbation des sentiments et les blessures internes et Pain of Salvation pour le côté foutrement dérangé, torturé et au bord du gouffre du personnage. Les textes, tous issus de la plume de Mariusz Duda, chanteur et bassiste, sont assez bien écrits et très évocateurs. Ils collent parfaitement à l’ambiance musicale et font d’ores et déjà partie de l’identité du groupe. Encore une fois, rien de révolutionnaire, mais un recyclage pertinent et rondement mené de ce que le genre propose de meilleur.

Le groupe parviendra également à mettre tout le monde d’accord avec une double conclusion à son disque. Tout d’abord, The curtain falls, morceau prog-atmo typique de l’identité que s’est créée Riverside tout le long de l’album, avec ses montées en puissance, sa guitare très expressive, son chant chargé en émotions. Cette chanson est déjà un classique du répertoire du groupe qui ne peut, tant en raison de sa qualité que de son titre, éviter de la placer en conclusion de ses concerts encore aujourd’hui. Conclusion bis : OK. Inspiré de ce que faisait Porcupine Tree à l’époque de Lightbulb sun ou In absentia, ce morceau lancinant, acoustique, quasi jazzy dans son approche des percussions est tout simplement à tomber par terre. Les lignes de chant sont de celles qui font se décrocher la mâchoire inférieure et l’intervention du trombone donne un cachet monstrueux. Amen.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Riverside : "Out of myself"
(1/2) 15 janvier 2015, par Carey Miles
Riverside : "Out of myself"
(2/2) 10 juin 2008, par HB




Riverside : "Out of myself"

15 janvier 2015, par Carey Miles [retour au début des forums]

Somewhat this group ha managed to create good albums that marked their existence. - Glendora Cosmetic Dentist

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Riverside : "Out of myself"

10 juin 2008, par HB [retour au début des forums]

Je ne connais pas ce 1er tome (seult le dernier) mais ça ne saurait tarder maintenant. Bravo pour cet article accessible Bodart. Et un grand merci à Santa Carlita qui nous aura fanafouté son animal de foire pour qu’il ouvre enfin Schengen à ces plombiers Polonais plutôt bien bâtis (cette hypothèse faite sans esprit de polémique c’est pas mon genre). A ce niveau-là c’est plus de mécanique des fluides dont il s’agit : je vais me mettre à la bière polonaise pendant une semaine et tant pis si je vomis !

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