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Red Sparowes : "At the soundless dawn"
Pour ceux que ça intéresse...

mardi 8 mars 2005, par Geoffroy Bodart

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At the soundless dawn est un excellent album, porté par d’intenses compositions, instillant de magnifiques ambiances, tissant de superbes paysages musicaux, et de surcroît interprété par une ribambelle de musiciens talentueux. Et pourtant, cet album est destiné à rester confidentiel. Pourquoi ?

Bien que la tentation soit grande, je vais me garder d’apporter une réponse haineuse et manichéenne à cette question, du genre : « c’est parce que les gens n’écoutent que de la merde ! » ou « de toute façon, les maisons de disques sont complètement pourries et ne font pas de promo pour ce genre de groupes ». Même si pareilles affirmations contiennent leur part de vérité, il existe néanmoins des raisons plus objectives (le mot qui fait mal) au relatif anonymat de At the soundless dawn.

La première, et non des moindres, est qu’il s’agit d’un album instrumental. Il s’agit souvent d’un aspect rédhibitoire pour une grande partie des auditeurs potentiels. En effet, ici, pas moyen de se raccrocher à une voix, même pénible, pour se rappeler un morceau. Pas de refrain à chantonner dans la rue ou à hurler sous la douche comme un perdu en pensant, souvent à tort soit dit en passant, que personne ne nous entend. Seule la musique nous parle. Ça n’aide pas si l’on veut se contenter d’une écoute distraite.

Deuxième raison, partiellement liée à la première, c’est la durée : 66 minutes. Sept titres joués pratiquement d’une pièce, sans transition. Certains peuvent trouver ça long.

Enfin et surtout, le style musical pratiqué par les Red Sparowes se situe dans une veine underground qui ne les assure pas vraiment d’une diffusion en boucle sur nos chaînes musicales favorites.

Voilà ! Si vous n’êtes pas rebuté par ces obstacles, vous pouvez à présent continuer la lecture de cette chronique, et découvrir qu’en fait, ce que certains pourraient considérer comme les faiblesses du groupe et de l’album sont en fait leurs plus grandes forces. L’album est instrumental, on l’a dit, et c’est tant mieux. La guitare est ici reine, les claviers n’étant présents qu’au titre de support logistique. Les compositions, tout en donnant à l’album un ton homogène, sont variées, très prenantes et dépouillées du moindre artifice. Le groupe fait preuve d’un talent réel lorsqu’il s’agit de distiller des ambiances sombres et introspectives. Il est absolument impossible de rester insensible à l’onirisme que dégage le premier titre. Très rapidement, on comprend que l’écoute de cet album n’a de sens que si elle est attentive, pleine et entière. On a à peine le temps de respirer que l’on est happé par la puissance du second morceau. Et ça continue presque tout au long de l’album (soyons honnêtes : il y a bien quelques petites baisses de régime par-ci, par-là). Pendant une heure, les arpèges cristallins succèdent aux riffs étourdissants, les montées en puissance s’enchaînent jusqu’à en donner le tournis, et enfin, comment ne pas mentionner ce crescendo de plus de dix minutes (!) absolument jouissif qui clôture l’album ? C’est là que réside incontestablement le tour de force accompli par les Red Sparowes : parvenir à préserver notre attention pendant plus d’une heure, sans (presque) jamais ouvrir les yeux, et nous impliquer activement dans l’écoute de cet opus en essayant de comprendre l’histoire et d’apposer des images sur la musique.

Parce que oui, il y a un concept derrière tout ça. Ces sept morceaux racontent effectivement une histoire à leur manière. Il s’agit d’une parabole sur le changement, l’urbanisation, le déclin, le tout saupoudré de considérations vaguement apocalyptiques et désespérées sur la vanité et la croyance de l’Homme en son omnipotence. Non, je n’ai pas sucé ça de mon pouce. Le tout est suggéré par les titres démesurément longs des chansons (A brief moment of clarity broke through the deafening hum, but it was too late, par exemple). Les différentes ambiances ainsi évoquées et superbement mises en musique, donnent corps à l’ensemble et permettent de ne pas voir en cet album qu’un exercice de style dépourvu de fondement. On regrettera juste les intermèdes plus ambiants qui assurent les transitions entre les différentes plages. Si ceux-ci se justifient au regard du concept, ce ne sont pas eux qui décrassent le mieux le conduit auditif. Enfin, pour ne rien gâcher, la production est impeccable, ni trop lisse, ni trop rugueuse, préservant de cette manière la spontanéité des compositions (il faut savoir que l’album a été enregistré presque entièrement en live) tout en permettant de saisir le moindre contraste, la moindre note issue de chacun des instruments.

Même s’ils n’ont rien inventé en matière de rock atmosphérique, les Red Sparowes peuvent donc être félicités pour cet album très professionnel, totalement décomplexé, jusqu’au-boutiste dans sa catégorie, à prendre fondamentalement au premier degré, et qui devrait ravir tous les amateurs d’ambiances mystico-vespérales qui ne sont pas rebutés par les éléments développés au début de cette chronique.



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Geoffroy Bodart





Il y a 8 contribution(s) au forum.

Red Sparowes : "At the soundless dawn"
(1/8) 1er novembre 2016
Red Sparowes : "At the soundless dawn"
(2/8) 13 décembre 2006, par Bittermoon
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(5/8) 21 novembre 2005, par vincent
> Red Sparowes : "At the soundless dawn"
(6/8) 4 mai 2005, par wylko
> Red Sparowes : "At the soundless dawn"
(7/8) 9 mars 2005
> Red Sparowes : "At the soundless dawn"
(8/8) 8 mars 2005, par joanny




Red Sparowes : "At the soundless dawn"

1er novembre 2016 [retour au début des forums]

This is a nice album. Looking forward to hear more songs from this group. - Mark Zokle

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Red Sparowes : "At the soundless dawn"

13 décembre 2006, par Bittermoon [retour au début des forums]

Je découvre avec du retard certes les Red Sparowes...GENIAL !

Tout ce que j’aime, de longues plages instrumentales...à la Godspeed, Explosions in the sky, Subarachnoid Space...que du bonheur !

Longue vie à eux

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Red Sparowes : "At the soundless dawn"

25 juillet 2006 [retour au début des forums]

Je suis tombé sur ce groupe un peu par hasard et la baffe que je suis en train de me prendre engendre une déflagration conséquente. Je suis au cours de ma premiere écoute et devrais avoir la chance de les voir live le 18 aout prochain a montreal. Je vous dirais ce qu’il en est mais je les vois mal défaillir en live (c tres rare en post-rock, a part si le son ne rend pas)

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Red Sparowes : "At the soundless dawn"

5 juin 2006 [retour au début des forums]

rien a dire ! juste a fermer les yeux... ! mélodiquement fantastique.

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Red Sparowes : "At the soundless dawn"

21 novembre 2005, par vincent [retour au début des forums]

Album splendide. Neurot Recordings est une véritable mine de projets plus qu’intéressants.

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> Red Sparowes : "At the soundless dawn"

4 mai 2005, par wylko [retour au début des forums]

cet album est magnifique... je crois que tout est dit.

merci et bravo pour cette belle chronique.

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> Red Sparowes : "At the soundless dawn"

9 mars 2005 [retour au début des forums]
http://www.rhaaalovely.net/

ils sont en concert le 02 avril au rhâââ lovely festival

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> Red Sparowes : "At the soundless dawn"

8 mars 2005, par joanny [retour au début des forums]

Ma réaction à l’écoute du premier titre : maimaimaismais, c’est que ça a l’air très bon cette histoire ! Ca me fait penser aux Kinsbury Manx par moments. Miam.

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