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Queens Of The Stone Age : "Era vulgaris"
Fanfare for the common man

vendredi 29 juin 2007, par Marc Lenglet

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Il n’y a pas si longtemps, Josh Homme roulait avec ses potes à travers la poussière du désert californien, le coffre bourré jusqu’à la gueule de bière tiède et de méthadone. La rudesse du climat et de l’environnement lui inspirait le sauvage et séminal Songs for the deaf. Aujourd’hui considéré comme un rouage essentiel du rock U.S., Josh Homme serait plutôt du genre à flâner sur Sunset Strip et Hollywood Boulevard en limousine. Et ça donne Era vulgaris.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Era vulgaris sait secouer les préconçus dès les premières boucles de guitare de Turning on the screw. Si Josh Homme réfute vigoureusement l’appellation contrôlée de Stoner Rock qu’on a bien vite accolé à sa musique, il n’en reste pas moins que Songs for the deaf et même, dans une moindre mesure, Lullabies to paralyze reprenaient nombre de ses caractéristiques. Stoner ou pas, les Queens of the Stone Age avaient en tout cas gravé dans le marbre une nouvelle définition du rock viril, celui qu’on associe inconsciemment aux grandes étendues sauvages brûlées par le soleil, aux moteurs V8 et aux whiskys très serrés qu’on boit dans des bars éclairés au néon.

Terminé, tout ça... Si Homme a baptisé son nouveau bébé de la sorte, c’est justement en pied de nez ironique à cette époque où la musique devrait être exactement ce qu’on attend d’elle dans les départements financiers des multinationales : un produit calibré, prévisible, établi sur base d’enquêtes de terrain et d’entretiens téléphoniques avec un échantillon représentatif de la population. Dans les têtes décisionnaires engoncées dans un costard Armani, Josh Homme, fort du succès d’un groupe à présent référentiel, serait donc le produit d’appel de toute la division « Rock’n roll lourdaud tendance indie », le casque bleu capable de faire communier dans la béatitude métalleux honteux, indie-freaks de collège et puristes du Good ol’ Rock. Et il n’est absolument pas d’accord avec ça, Josh Homme. On attend de lui qu’il se cantonne à son rôle habituel ? Ca ne pourrait pas tomber plus mal : il avait justement envie de passer à autre chose... A n’importe quoi par exemple.

« N’importe quoi », c’est justement le premier truc qu’on se dit après avoir écouté Era vulgaris. Pistes lentes ou mid-tempo, instruments discordants ou vrombissants, chant affecté ou lancinant filtré par vocoder, absence totale de ligne directrice ou de style prédominant, les Queens s’éparpillent dans toutes les directions et, au début, on a un peu de mal à s’y retrouver dans ce bordel à peine organisé. On retrouve bien quelques énergiques tranches de rock autoroutier (Sick sick sick, Run pig run,...) mais la dissonance et la compression des guitares dotent ces chansons d’un grain de folie absent des deux derniers albums. On s’attardera plutôt sur des compositions plus inhabituelles, comme le très beau Into the hollow, tout en mélodie aérienne et en chant langoureux, ou le minimaliste et cynique I’m designer. Homme semble en tout cas suffisamment pétri de confiance en lui pour ne pas se soucier d’autre chose que de ses envies personnelles. Une confiance également symbolisée par l’étonnante Make it with Chu (déjà présente sur une des Desert Sessions précédentes), où il s’emploie à démolir méthodiquement son image de rocker velu à travers une chanson purement pop, qui flirte sans honte avec le R&B. Pas de chance pour les envies de lattage facile, ’l’est fort bien fichu ce morceau.

Un album des Queens ne serait pas un album des Queens s’il ne regorgeait pas de collaborations plus ou moins prestigieuses. Malgré des rumeurs alléchantes, il faudra finalement se contenter de Julian Casablancas des Strokes, venu pousser quelques couinements plaintifs sur Sick, sick, sick et de l’incontournable Mark Lanegan, malheureusement réduit à un simple rôle de figuration sur l’extraordinaire River in the road. Billy Gibbons (ZZ Top) n’a pas pu se libérer à temps tandis que le morceau écrit en collaboration avec Trent Reznor (Era vulgaris), nouveau meilleur ami de Josh Homme, n’a malheureusement pas été repris dans le tracklisting définitif de l’album.

Malgré une approche un peu abrupte, on se rend vite compte qu’Era vulgaris croule sous un véritable déluge de bonnes idées. Tous les morceaux ne marqueront pas leur époque, c’est certain, mais après leur petite baisse de régime sur Lullabies to paralyze, les Queens n’ont pas choisi la voie de la facilité pour faire étalage de leurs capacités à se distinguer d’autrui. Cette prise de risques se traduit par un album désorganisé, spontané et suffisamment riche et imaginatif pour donner l’impression de découvrir des éléments inédits à chaque nouvelle écoute, et ce pendant un bon bout de temps. L’originalité est bien présente et mine de rien, ça reste tout de même une denrée rare ces temps-ci. Sans tabler le moins du monde sur les influences psychédéliques et les insolations et trips à répétition comme procédé de composition, Era vulgaris, grâce à son contenu décalé et audacieux, est sans doute l’album des Queens à se rapprocher le plus de l’antique esprit Kyuss. Vivement la suite !



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Marc Lenglet





Il y a 8 contribution(s) au forum.

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2 décembre 2016 [retour au début des forums]

This is perhaps, one of the best albums of the group. - Bath Planet

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Queens Of The Stone Age : "Era vulgaris"

1er juillet 2007, par Diagnose [retour au début des forums]

Entre ces folles des cavernes et le dernier NIN mes poils n’en peuvent plus de de dresser au garde-à-vous ces temps-ci.

Merci pour cette chronique qui les caresse dans le bon sens.

Conseil aux impatients : si le sidérurgiste du coin vous propose ce matériau en loucedé, contrôlez bien la présence du "bonus" éponyme, forgé avec notre ami Trent Reznor , aussi essentiel que le reste.

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Queens Of The Stone Age : "Era vulgaris"

29 juin 2007, par JSB [retour au début des forums]

Merci pour cette bonne critique. Je pense juste que JH boit du whiskey et pas du whisky (note qu’en fait j’en sais rien, et c’est plus pour faire mon malin). Et effectivement, puisse QotSA retrouver la puissance déferlante de Kyuss.

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Queens Of The Stone Age : "Era vulgaris"

29 juin 2007 [retour au début des forums]

pourquoi personne n’a chroniqué l’album "Bloodflowers" de The Cure ?

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