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Prince : "Musicology"
Prof. Prince Roger Nelson, sexologue

mardi 28 février 2006, par Albin Wagener

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N’ayons pas peur de le dire : malgré une base de fans hardcore, plus personne ne s’était intéressé aux dernières productions de ce petit bonhomme funky, obsédé sexuel notoire et compositeur plus que prolifique. Plus aucun tube marquant, des albums où des chansons répétitives se disputaient à des symboles de plus en plus hors de propos, et une propension quasi-maladive à vouloir écrire toujours plus de chansons, toujours plus vite, en guise de variations sur le thème préféré de ce petit trublion de Minneapolis : le sexe. Certains psychanalystes y verraient sans doute une quelconque névrose mal dégrossie, mais d’autres y décelèrent du talent. Un talent qui prend enfin la peine de se réinventer.

Musicology, sorti en 2004, est ce qu’on appelle une bonne leçon. En effet, sur cet opus, Tonton Prince se permet de nous faire un petit cours sur la musique en guise d’introduction, ou "comment avoir son style irrésistible en quelques minutes". Qu’on se le dise, l’égo démesuré du pourfendeur de pucelles est toujours intact. Mais ici, c’est à un égo affublé d’un savoir-faire sans faille que l’on a affaire. Car sur Musicology, rares sont les morceaux faiblards qui n’auraient pour vocation que de gonfler un album autour de deux ou trois titres moyennement acceptables. Ici, Prince s’offre même le luxe de sortir le single Cinnamon girl, véritable pamphlet contre les méthodes de discriminations anti-musulmanes dans cette époque de "guerre contre le terrorisme".

Qu’on se le dise, Prince Roger Nelson approche doucement de la cinquantaine, même si on a l’impression que le vieillissement de son corps s’est arrêté quelque part à la fin des années 80. Et comme le bon vin, notre cher Prince se bonifie manifestement. Fini le creux créatif des années 90 : depuis le début des années 2000, Prince a appris à se redresser pour briguer le haut du podium. Et pour ce faire, notre maître à tous nous présente une alchimie irrésistible de funk et de r’n’b : Illusion, coma, pimp & circumstance, Life ‘o’ the party (petit clin d’œil au célèbre Sign ‘o’ the times), et même le soyeux What do U want me 2 do ? (remarquez au passage le sempiternel emploi d’abréviations qui, malgré leur apparent ridicule patenté, restent la marque de fabrique de notre artiste). Paroles salaces, sursauts charmeurs et grooves suggestifs, tous les ingrédients sont là pour remettre Prince en selle.

Mais bien loin de ces sempiternels "retours", Prince ne tente pas vainement de reproduire un Kiss ou un Purple rain. Définitivement inscrit dans la modernité et le progrès, Musicology se permet d’utiliser toutes les techniques musicales contemporaines pour s’inscrire dans son temps, avec le savoir-faire artisanal que Tonton Prince distille avec pertinence et délicatesse tout au long de ces douze titres. C’est d’ailleurs sur les ballades que ce savoir-faire s’exprime le mieux : guitares langoureuses, arrangements d’orfèvrerie et orchestrations qui tombent à pic. En vrac, de A million days à Call my name, en passant par le cliché sensuel d’On the couch, Prince nous les fait toutes. Oui, il nous les fait toutes. Mais à force, on se laisse emporter par tous ces titres sirupeux ; on se laisse charmer par ces tapis de roses rouges, ces milliers de bougie et ces draps en satin. Dans d’autres circonstances, on aurait sans doute crié à la drague à deux balles. Oui mais là, c’est Prince. Avec la sensualité et le doigté d’un dieu grec, Prince pourrait parler de choucroute ou de la course de lévrier de Pain-en-Mauges que ça en serait toujours aussi lubrique. Ce petit enchanteur passionné d’expression hormonale se permet même de verser dans le jazz (Dear Mr. Man) et de terminer l’album sur un Reflection digne et introspectif.

Bien décidé à remonter sur son trône usurpé, Prince s’applique à faire de l’art des thèmes les plus cochons qui soit (bien que l’on reste loin de la salacité de Come). Sans doute un prélude de plus aux disques à venir, Musicology peut se targuer d’être le premier album de Prince à être couronné d’encens et de myrrhe par le paysage musical, et ce depuis... le tout début des années 90. Une remise en forme impressionnante et une réhabilitation méritée pour sieur Prince Roger Nelson, qui est devenu avec le temps bien plus qu’un simple excentrique aux proportions amoindries. Une véritable figure emblématique, qui risque d’apporter encore de belles contributions aux musiques modernes.



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Albin Wagener





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Prince : "Musicology"
(1/2) 19 juin 2013, par s
Prince : "Musicology"
(2/2) 28 février 2006, par R.T.




Prince : "Musicology"

19 juin 2013, par s [retour au début des forums]

Je suis vraiment excité à ce sujet en raison de ce post. Il est vraiment étonnant et accrocheur. Auteur serait vraiment fabuleux.
typing dictation

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Prince : "Musicology"

28 février 2006, par R.T. [retour au début des forums]

Je crois que des 34 albums de Prince en ma possession, Musicology est un des deux ou trois que j’aime le moins. J’ai été vraiment très déçus . D’autant plus que justement, cela faisait 4 ans qu’il ressortait des albums sensationnels. Le live "One nite alone" notamment était absolument monstrueux, d’une classe totale et d’une énergie funk-jazz à tomber. Les albums suivants étaient bons ou très bons et paf, il nous sort ce truc (pour son grand retour sur le devant de la scène paraît-t’il) mou du genou et lassant au possible. Admirateur de son oeuvre, j’aurais aimé qu’il ne sorte jamais ce disque.

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    Prince : "Musicology"

    2 mars 2006, par JP [retour au début des forums]


    Perso, meme si ce n’est evidemment pas mon Prince préféré, je trouve que ce disque a plus d’un atout. Il n’y a guere que les slows et Life o the party qui m’ennuient vraiment, et encore, quand on voit la version live de ce dernier titre, on se dit que c’est un bon petit morceau quand meme.

    Nan, Prince n’innove plus... mais quel artiste innove encore apres une carriere aussi longue et prolifique ? Et ce serait aussi ignorer que sur ce disque, Prince sonne comme rarement il a sonné, notamment la couleur des instruments acoustiques (les batteries, les guitares acoustique)... sans parler de la voix !!!

    J’adore la deuxieme partie du disque (passée un peu sous silence dans le commentaire de l’album, dommage), notamment le dyptique Marrying Kind / If eye was... du pur Prince, inclassable. Dear Mr Man est un classique instantané, Reflection fout des frissons (et encore plus la version live avec Wendy). Et la premiere partie du disque, plus faiblarde à mon sens, recèle quand meme "Illusion, coma." qui en remontre à plus d’un NERD, histoire de montrer qui est le patron.

    Il nous sort un album de Prince, ni plus ni moins. Et en terme de qualité, c’est déjà beaucoup plus que beaucoup d’artistes.

    Esperons qu’il ne faudra pas attendre un an pour lire la chronique de 3121 qui sort dans moins d’un mois :) Et là j’ai bon espoir quant à la tenue de l’album, Black Sweat (le nouveau single) est une tuerie funky minimaliste.

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      Prince : "Musicology"

      2 mars 2006, par R.T. [retour au début des forums]


      Moi c’est surtout "Fury" qui m’a impressioné (le direct du Sathurday Night...). Un morceau "rock" fabuleux, du Hendrix pur souche. Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir le voir sur scène.............soupir.................

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