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Porcupine Tree : "Deadwing"
La crème de la crème !

lundi 27 juin 2005, par Geoffroy Bodart

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Voici revenu le groupe au nom le plus étrange de la scène musicale, à propos duquel son leader a toujours refusé de s’expliquer. Ayant définitivement trouvé sa voie, Porcupine Tree nous propose un opus de toute beauté, dont chaque écoute accroît le plaisir éprouvé, sorte de chaînon manquant entre Anathema et Dream Theater. D’ores et déjà mon coup de cœur de l’année !

Dès le début de l’album, le groupe s’amuse à brouiller les pistes en enchaînant trois morceaux radicalement différents. Alors que tout le monde craignait que, une fois installé chez Warner, Porcupine Tree s’adonne à une musique plus consensuelle, Deadwing, la chanson éponyme, annonce la couleur avec ses dix minutes de haute volée. Ce premier titre est la définition même du morceau de metal progressif avec sa technique impeccable, ses ruptures de tons, ses gros riffs bien appuyés, ses invités surprises (Mikael Akerfeldt d’Opeth et Adrian Belew de King Crimson). Ensuite déboule Shallow, chanson metal basique, avec un riff qui sent bon les années 70. Enfin, Lazarus et son piano enjôleur font retomber la tension électrique pour mieux faire monter la tension émotionnelle. Voilà bien le genre de ballades qui ne peut laisser personne de marbre, le genre de ballades que Coldplay n’arrivera jamais à composer ! Pas larmoyante pour un sou, mais chargée de ce petit quelque chose qu’on retrouve chez fort peu de groupes. Du génie ? Oui, peut-être bien.

Après un début pareil, nous sommes définitivement acquis à la cause de Porcupine Tree, et celui-ci aurait vite fait de nous mener en bateau et de ne plus rien nous proposer d’excitant, estimant en avoir fait plus que le minimum syndical pour contenter les masses. Mais on ne mange pas de ce pain-là chez Steven Wilson et cie. Cinquième piste, Arriving somewhere but not here, et voici un des plus grands moments de l’album, et peut-être de la carrière du groupe. Une intro comme Pink Floyd les affectionne nous fait nous frotter les mains de satisfaction, et puis, doucement, arrive cette guitare lancinante et inquiétante qui va guider la structure de la chanson. Splendide crescendo jusqu’à ce break monumental qui va permettre à Steven Wilson de se lancer dans une démonstration technique de metal prog, qui ne sera pas plombée de prétention et de vantardise comme c’est souvent le cas chez Dream Theater. Et puis retour au calme pour un final tout en finesse. Du grand art, et pourtant, ce n’est pas le point culminant de l’album !

Après Mellotron scratch, scindé en deux parties et dont le final est une merveille de lyrisme, c’est le violent Open car qui nous recloue encore une fois au fond de notre fauteuil. Un riff tout en puissance, une parfaite balance entre des couplets hachés et un refrain haut perché.

Après ça, il y a The start of something beautiful. Ca ne compte pas, je sais, mais le titre est très prometteur. Et de fait ! Tout ce qu’on peut apprécier chez Porcupine Tree se retrouve dans ce titre : la basse ronronnante de Colin Edwin, les soli planants de Wilson, les paroles d’une magnifique tristesse, le refrain entêtant, le passage instrumental atmosphérique avec un piano qui fait encore redoubler l’intensité. Absolument tout. Et comme pour chaque album, c’est avec une petite douceur aux accords minimalistes, avec une voix qui évoque fortement Kevin Moore, l’ancien claviériste de Dream Theater, que se conclut ce très grand moment de musique. A ce sujet, la comparaison entre les démarches de Porcupine Tree et Chroma Key, le groupe de Moore, saute aux yeux. Il y a cette voix, tout d’abord, au timbre similaire et dont la ressemblance est accentuée à chaque fois qu’elle est déformée par le vocoder. Et en ajoutant les grosses guitares, on obtient un son qui fait parfois penser à OSI, projet auquel ont justement collaboré Wilson et Moore. Tiens donc, que le monde est petit.

La bande à Wilson a dès lors bien mérité les félicitations du jury, mais ce n’est pas au leader seul qu’en revient le mérite (bien qu’il soit chanteur, parolier, compositeur, guitariste et producteur). En effet, les musiciens qui l’épaulent se montrent toujours aussi méritants. Le fidèle Colin Edwin, à la basse, est l’un des principaux supports pour créer les ambiances tantôt lourdes, tantôt planantes des chansons. Richard Barbieri aux claviers fait ici des merveilles, lui qui était légèrement en retrait sur In Absentia. Et Gavin Harrisson parvient enfin à faire oublier Chris Maitland, ancien batteur du groupe dont le jeu incroyable était pour beaucoup à la réussite des derniers opus.

Autre point fort incontestable de cet opus : la production. Comme à chaque fois, c’est Steven Wilson qui s’y colle, avec la maestria qu’on lui connaît. Et c’est là qu’on apprécie encore une fois la démarche du bonhomme : plutôt que de s’appliquer à produire chacun de ses albums à l’identique, on sent toute une démarche de remise en question, d’amélioration constante. Ses productions ont toujours brillé par la limpidité de leur son, mais depuis l’album précédent, Wilson s’efforce, avec un talent réel, à faire cohabiter un son beaucoup plus hard avec le piano et les expérimentations. Ici, il en ressort un album dont on peut, comme à l’accoutumée, savourer chaque détail, mais qui se départit encore et toujours de ses prédécesseurs, mais peut-être de manière plus subtile.

Car c’est peut-être là qu’on pourrait émettre le seul bémol (parce qu’il faut rester critique dans la vie). Depuis ses débuts, Porcupine Tree n’a de cesse de faire évoluer encore et toujours son style, sautant allègrement du space-rock au progressif en passant par le metal et la pop, toujours pour le plaisir des mélomanes. Ici, cependant, on est en terrain connu et le groupe ne s’aventure pas en-dehors des sentiers tracés ces dernières années. Au contraire, alors que Steven Wilson est passé maître dans l’art de dénigrer ses propres albums (il faut l’entendre parler du controversé mais néanmoins excellent The sky moves sideways, jugé par son géniteur trop proche de Pink Floyd), il semble ici condenser le meilleur des ses expériences passées pour nous livrer un album en forme d’affirmation de son évolution, comme si, après avoir longtemps tâtonné, il avait enfin trouvé son style. La parenté avec In Absentia est bien sûr évidente avec ces furieuses envolées du guitare, mais les albums précédents n’en sont pas pour autant reniés. C’est ainsi que le passéiste Glass arm shattering fait penser à l’album Up the downstairs, ou que Lazarus rappelle l’époque de Stupid dream ou Lightbulb sun.

On considérera donc, en fonction de sa perception de l’œuvre de Steven Wilson, si cette non-évolution est le défaut de l’album ou pas. Certains évoquent le fait que Porcupine Tree soit signé chez une major pour expliquer cet immobilisme de leur style. Personnellement, je m’en voudrais de reprocher au groupe d’avoir posé ses valises pour sublimer son approche musicale et composer son chef-d’œuvre.



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Geoffroy Bodart





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Porcupine Tree : "Deadwing"
(1/3) 14 décembre 2007, par Arnu
> Porcupine Tree : "Deadwing"
(2/3) 2 juillet 2005
> Porcupine Tree : "Deadwing"
(3/3) 27 juin 2005




Porcupine Tree : "Deadwing"

14 décembre 2007, par Arnu [retour au début des forums]

Formidable album, Porcupine Tree continue à faire rêver à travers ses riffs puissants et ses mélodies envoûtantes.
Steven Wilson, vrai génie de l’alternatif/progressif.

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> Porcupine Tree : "Deadwing"

2 juillet 2005 [retour au début des forums]

Mille mercis pour m’avoir fait découvrir ce sublime groupe.
Je viens de téléch... de me procurer quelques-uns des morceaux de l’album.
Je pars demain m’acheter leur oeuvre...

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    > Porcupine Tree : "Deadwing"

    12 octobre 2005, par Ugly in the morning [retour au début des forums]


    J’avais déjà fait voeux de piété pour In Absentia mais il est vrai que Deadwing est également une oeuvre sacralisante, à savoir qu’en tout athée que je suis, il me semble de plus de plus difficile de croire qu’une force divine n’est pas responsable de cette sublime suite d’albums.
    Je m’étonne toujours de cette capacité qu’ont certains artistes pour créer de tels chefs d’oeuvre. C’est de la poésie je vous le dis...

    Alors bien sur, on peut vite trouver des affinités aux compositions de Porcupine ; on y remarque par ci par là des ressemblances aux opus de Tool, Radiohead ou Pink Floyd, mais il faut rester humble devant de telles créations. Cela fourmille de tubes, mais pas des tubes faciles à la Linkin Park ou autres Creed (que je ne deteste pas, pourquoi faut il toujours se justifier ?), ces titres sont là pour le plaisir des oreilles c’est vrai, mais surtout ils suintent l’intelligence, l’insolence créative, mais que faire ? Rien c’est sur, hormis se laisser subjuguer par la facilité par laquelle ces bijoux viennent vous chatouiller de bonheur vos sens et votre esprit.

    Cela parait si simple et pourtant...

    [Répondre à ce message]

> Porcupine Tree : "Deadwing"

27 juin 2005 [retour au début des forums]

Après une ecoute seulement j’ai compris que ce serait un de mes albums de l’année. continuez a soutenir anathema et porcupine tree dans vos pages ! bon article :)

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