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Poison : "Poison ’D !"
Hommages empoisonnés

lundi 3 septembre 2007, par Marc Lenglet

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A l’occasion de la chronique du dernier album de W.A.S.P. (ici), un jeune lecteur se demandait - avec une anxiété palpable, je dois l’avouer - si nous allions finir un jour ou l’autre par chroniquer un album de Poison. Que ce jeune initié se rassure ! Malgré les apparences, ce qui fut l’un des groupes les plus rid...euh...colorés des années 80 n’est toujours pas enterré, même si sa faible actualité n’intéresse plus que très rarement le continent européen. Et ce n’est pas cet album de reprises aussi bancal que convenu qui risque d’inverser la tendance...

Il est vrai que depuis 1991, le groupe n’avait plus guère fait parler de lui. Pour moitié parce que Poison fit évidemment partie des formations frappés de ringardisation avancée en l’espace de quelques mois, mais aussi parce Brett Michaels et ses comparses, déjà spécialisés dans les excès et les dérapages en tous genre, firent preuve d’une certaine paresse discographique à partir de cette époque. Poison sortit pratiquement autant de live, best-of et autres compilations de ballades bluesy ou acoustiques que d’albums studio durant les quinze années qui suivirent, et se concentra presque exclusivement sur le continent américain. Alors que ces comparses se livraient à quelques tentatives solo aussi modestes qu’obscures, Brett Michaels est néanmoins resté quelqu’un de fort occupé, sa dernière frasque en date restant le show de real-TV Rock of Love with Brett Michaels (« where women will have to compete for his love and prove they can keep up with his rock star life » ... Ca ne s’invente pas !). Peu après avoir soufflé ses vingt bougies, Poison est néanmoins reparti en tournée avec son line-up d’origine et livre dans la foulée ce Poison’D, hommage aux chansons qui ont marqué ses quatre membres dans leur prime enfance et les ont décidé à prendre eux-mêmes la guitare, la basse et la bombe de laque. Au moins, on connait à présent les coupables...

Pour une question de proximité d’esprit et de style, on découvre évidemment dans la sélection élaborées par nos quatre caniches cokés plusieurs artistes ayant surfé sur la grande vague glam du début des années 70 (David Bowie, Alice Cooper, Sweet) mais aussi deux géants des années 60 (les Rolling Stones et les Who), un bon vieux groupe de musicos du Vieux sud (The Marshall Tucker Band), quelques hardos égarés (Kiss, Grand Funk Railroad, Tom Petty & The Heartbreakers), des punks (The Cars) et des pourvoyeurs de soft-rock (Jim Croce, Loggins & Messina). Un certain nombre de ces covers ne datent d’ailleurs pas d’aujourd’hui, à l’image du Your mama don’t dance de Loggins & Messina qui figurait déjà sur le multiplatine Open up and say... ahh ! de 1988.

Etant donné que l’objectif était clairement de rendre hommage à une longue série d’artistes et non de prendre des risques « insensés », inutile de s’attendre à quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Poison, qui n’a jamais été non plus un foudre de guerre, s’approprie les morceaux de manière lisse, appliquée et ultra-scolaire. Jamais on ne se surprend à hausser une oreille face à une reprise particulièrement imaginative ou inspirée. Poison se contente de formater laborieusement les morceaux pour qu’ils rentrent dans son canevas personnel : riffs aiguisés, esprit pop/metal années 80, chœurs discrets et inévitables minauderies de Brett Michaels. Pour ceux qui aiment ce style-là, pas de doute que l’affaire a été rondement menée. Il n’empêche que I never cry ne retrouve pas la délicatesse de l’original d’Alice Cooper ; que Dead flowers perd le côté roots dont les Rolling Stones l’avaient gratifié ; que We’re an American band de Grand Funk Railroad devient un gros truc balourd et sans charme ; que Suffragette City de Bowie perd tout son cachet et qu’on peine sincèrement à reconnaître le Squeeze box des Who. Sans surprises, Rock’n roll all nite de Kiss et I need to know de Tom Petty sont les deux seuls titres à s’en tirer avec les honneurs... sans doute parce qu’il s’agit dans les deux cas de rock festif et sans fioritures, plus proche des tendances basiques de Poison que les autres chansons, qui ne peuvent assez logiquement que perdre en charme et en pertinence une fois passés entre les mains de ces laborieux imitateurs permanentés.

A l’instar du tristounet Yeah ! commis par les revenants de Def Leppard, ce Poison’D ne parvient en aucun cas à donner une nouvelle dimension à la poignée de hits ici réinterprétés. Mais bon, foin de toutes ces remarques amères, ça fait quand même du bien de retrouver Poison, non ? Non ? Ah... D’accord...



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Poison : "Poison ’D !"
(1/1) 17 septembre 2015




Poison : "Poison ’D !"

17 septembre 2015 [retour au début des forums]

Such a good review. I couldn’t agree more of this. It’s the album that any fan would never miss. - Green Water Technologies

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