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Phillip Boa & The Voodooclub : "My private war"
Après l’orage

vendredi 10 août 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Phillip Boa est fatigué. Après son divorce d’avec Pia Lund et la fin du Voodooclub, un album solo étrange et peu indispensable boudé par les critiques, un passage éclair par un groupe de métal jusqu’au-boutiste intitulé le Voodoocult, Phillip Boa a vécu les années 90 comme une véritable traversée chaotique, peuplée de succès consumés et d’échecs brûlants. C’est alors doucement qu’il se représente en 2000, tel un dandy désabusé, en Bryan Ferry du rock indépendant.

Sur My private war, Boa devient intimiste et personnel, chose qui ne lui était jamais arrivé. Il reforme un Voodooclub tout neuf qui ne sert désormais plus qu’à jouer ses chansons. Et surtout, il se plonge dans un univers de noirceur que l’on pourrait comparer aux meilleurs moments de Leonard Cohen (dont il reprendra plus tard l’épique First we take Manhattan) et Nick Cave. My private war est un de ces albums sombres, austères et cyniques qui doivent se faire jour épisodiquement dans la carrière de tout artiste qui se respecte. Par une prise de recul incroyablement lucide, Boa se penche sur ses démons et ce qui a provoqué ses folies d’antan. Mais il traite également de sa cure la plus appréciée : l’amour.

Dès le début du décontenancé As you walk by, Boa semble se confondre en comparaisons poétiques pour une créature féminine idyllique, tout en étant conscient de la cruauté de la situation. Boa le fou n’est définitivement plus là, mais il a fait place à un artiste décadent. Même l’énergique single So what possède quelque chose de désillusionné, comme un essai de retour aux sources qui tournerait court. Mais toute la grandeur de cet album réside précisément dans sa noirceur et de ses ballades poisseuses et frissonantes, comme Crushed on me et le superbe et romantique Rome in the rain - j’aurais aimé qu’on écrive une chanson comme ça pour moi, tiens... bref, passons. Bien sûr, le rock n’est jamais bien loin, mais la fausse naïveté de For her masque mal le malaise profond qui semble être la génèse de cette galette.

En vérité, les morceaux les plus marquants et les plus profonds sont moins déstructurés qu’antan, mais sous ces conventions de songwriting se cache un univers autrement plus torturé. Une promenade amère comme Even tyrants love a tune ou un My private war instrospectif, mélancolique et terriblement dur nous donnent quelques indications sur la manière dont les chansons de cet album ont pu être composées, digérées et inspirées. C’est sûr, Phillip Boa n’est plus ce jeune fou chevelu qui terrorisait les journalistes et qui traversait l’Europe pour enflammer les salles indépendantes. Mais quel régal de pouvoir s’abreuver dans ce venin goudronneux, quel bonheur de se noyer dans le dub étonnant de Pass me a lily !

Ainsi, derrière les titres rock les plus enlevés de My private war (à savoir le paranoïaque In freudian underwear et l’ironique (The great american diner), cet album dévoile son corps mutilé et ses sentiments déçus. Rescapé d’une période de sa vie qu’il ne semble pas avoir lui-même compris, Phillip Boa utilise cet opus au titre évocateur comme catharsis, afin de pouvoir évacuer ses vieux démons et d’aller une fois pour toute au fond des choses. Thérapeutique et fascinant, My private war sera ensuite réduit en bouillie par The red, l’album qui remettra à plat la carrière de Boa par une destruction déstructurée et bruitiste de son passé.



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Clarisse de Saint-Ange





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Phillip Boa & The Voodooclub : "My private war"
(1/1) 11 août 2007




Phillip Boa & The Voodooclub : "My private war"

11 août 2007 [retour au début des forums]

j’ai déjà eu un jour une poupée Voodoo

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