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Phillip Boa & The Voodooclub : "C 90"
Grandir ? Pour quoi faire ?

mercredi 9 février 2005, par Albin Wagener

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Figure emblématique du rock indépendant outre-Rhin, Ulrich Figgen alias Phillip Boa n’en finit plus de surprendre ses fans et de se surprendre lui-même. Véritable Blixa Bargeld de la pop alternative, le « Arschloch der Nation » de Hagen - traduisez « trou du cul de la nation » fête cette année ses 20 ans de carrière. Sa dernière production en date sortie en 2003, C 90, est saluée bien bas par les critiques et permet au Bowie du rock allemand de se ressourcer en servant à sa sauce une pop-rock brûlante et déstructurée - toujours avec le même visage de rockeur fou et ce regard d’ado écorché vif.

La seule erreur de Phillip Boa pour cet album serait à mon humble avis d’avoir choisi Slipstream comme premier single pour promouvoir l’album. Non pas que le morceau en lui-même soit mauvais, mais il représente assez mal l’ambiance très saturée de l’album. Plus expérimental, Slipstream s’essaie à une pop à l’anglaise, plus proche d’une sorte de Leonard Cohen contemporain que de ce que Boa sait faire de mieux. On retrouve toutefois sur l’album la voix de Pia Lund, qui avait pris congé du Voodooclub pendant quelques années. C’est un plaisir de pouvoir réentendre celle qui avait fait de Container Love un véritable hymne en Allemagne.

Expliquons-nous : Phillip Boa est l’enfant terrible du rock teuton, et c’est pour cette raison qu’il n’a plus guère de possibilité de jeu qu’en Allemagne ou en Autriche, voire dans quelques pays plus à l’est. A ses débuts, dans la deuxième moitié des années 80, Boa était pourtant encensé un peu partout en Europe. Et puis, ce fut le drame : boudé par les critiques anglais déjà très frileux lorsqu’il s’agit de couronner un groupe non-britannique, et interdit de jeu en Suisse. A l’époque, le jeune Boa multiplie les frasques, insultant les journalistes, battant les autres, menaçant son propre groupe pour qu’il joue plus fort. Cette époque est désormais révolue, même si Boa n’a pas la réputation d’avoir sa langue dans sa poche et même s’il vit maintenant à Malte, isolé du reste de l’Europe, il ne déroge pas à sa réputation musicale.

Cet album possède la folie ensoleillée qui caractérisait des opus comme Hispanola ou Hair. Toutefois, Boa renoue avec ses origines plus rock en démontrant à des groupes anglophones comme les Strokes qu’ils n’ont rien inventé - il avait d’ailleurs pour coutume de reprendre New York City Cops lors de sa dernière tournée germanique. Des morceaux comme It’s not punk anymore it’s now new wave ou Courtney Love why not annoncent clairement la couleur : rien que les titres prouvent qu’il va s’agir de pop-rock bien trempée. Sur certains morceaux comme Stutter shop ou I’m an ex ½ popstar, on bascule carrément dans des influences plus post-punk. Certains titres valent particulièrement la peine d’être observés sous la loupe.

Boa sait en effet comment composer de vraies perles : l’une d’entre elles étant Down, un morceau estival, sorte de rock épanché et rêveur qui fait comprendre ce que Boa recherche en habitant sur une île méditerranéenne telle que Malte. Fort de la forme de son groupe, Boa chante « Down with all the Voodoo » dans un esprit de célébration que l’on ne peut qu’accepter. Vin, tapas et guitares. Dans une atmosphère tout à fait différent, Punch & judy club, le deuxième single de l’album, offre une pop bien plus posée et mélancolique, où Boa chantonne nonchalamment « I’m a little complicated » aidé de sa camarade vocale Alison Galea, chanteuse des Beangrowers. L’album possède également quelques ballades agréables et réjouissantes, comme By a soul in hell ou Sunfeel, que l’on aimerait bien écouter dans sa voiture par un beau jour d’été. Il y a chez Boa toujours une espèce de convivialité réconfortante mais écorchée vive qui confère à sa musique une certaine jeunesse rappelant nos premières soirées entre amis, sous le ciel étoilé : un arrière-goût d’alcool, les premières cuites... On a tous connu ça, et le pop-rock indé de Boa semble célébrer ce genre de moments avec délicatesse. Le morceau le plus éclatant et le plus explosif de ce C 90 reste tout de même Murder to music : lorsque Boa hurle « This is the end of music and I’m part of it, this is the end of music and I’m enjoying it » sur un tapis de guitares nerveuses et sur le point de rompre, on ne peut que le croire et avoir envie que toute sensation musicale stoppe net dans ce feu d’artifice très rock’n’roll. En somme, un album qui n’a plus rien à prouver à personne, et qui démontre que Boa rivalise encore plutôt bien avec tout les nouveaux groupes de rock actuels qui puisent abondamment dans le rock des années 80... Aà vrai dire, il les détrône même sans trop de difficulté.



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Albin Wagener