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Peter Murphy : "Unshattered"
Un retour en demi-teinte

jeudi 13 janvier 2005, par Albin Wagener

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Chouette, m’étais-je dit, Peter Murphy sort un nouvel album. Peter Murphy, ex-chanteur du fantômatique et torturé groupe britannique Bauhaus, ce même groupe qui avait marqué l’histoire de la musique par des titres comme In the flat field ou l’insolent Bela Lugosi’s dead. Peter Murphy avait déjà sorti de très bons albums solo à la fin des années 80 et au début des années 90, comme Holy smoke ou Deep. Pourtant ici, pas de tubes comme Cuts you up ou All night long. Produit par Gardner Cole, cet album est surtout la preuve qu’on peut avoir du talent et s’entourer d’excellents musiciens (Pascal Gabriel, Stephen Perkins et Deon Estus en tête) sans pour autant réussir à faire un bon album. Explications.

Peter Murphy nous avait fait languir depuis le mystérieux et fabuleux Dust de 2002, et lorsqu’il a annoncé début 2004 que son album allait le faire revenir vers les contrées pop de ses premiers opus, j’ai eu envie de croire qu’il lui était possible de refaire du bon vieux Peter Murphy des familles, de la pop-rock légèrement alternative et toujours classieuse, comme on avait su l’apprécier par des titres comme Low Room, Subway ou Indigo eyes. J’ai eu beaucoup d’espoir, mais j’ai eu également peur que Peter Murphy se plante dans son petit ‘retour’. Le résultat est plutôt mitigé : malgré des titres servis sur un plateau par des musiciens réputés pour leur professionnalisme et des titres co-écrits avec Pascal Gabriel (qui a déjà officié - on apprécie ou pas - avec Dido), il aurait pourtant fallu se douter que Peter Murphy utilisait ces personnes comme des atouts qui allaient pouvoir peut-être faire vendre un album qui en avait nettement moins.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : c’est toujours du Peter Murphy, et rien que pour ça, il faut déjà s’estimer heureux. Sa voix envoûtante et subtile parvient toujours à soulever ça et là quelques frissons, et il sait interpréter avec justesse les chansons qu’il prend plaisir à arranger. C’est tout de même Monsieur Murphy. Pourtant, dès la première écoute, on se sent perdu, un peu trompé. Le premier titre, Idle flow, est (soi-disant) le single de l’album, mais la première fois que j’ai entendu ce titre, j’ai eu du mal à penser à autre chose qu’à une espèce de pâle imitation de mauvais U2. Le tempo est trop lent et pas assez à la fois, et les guitares de Peter DiStefano semblent singer The Edge en espérant rendre au morceau une couleur pop-rock qu’il ne parvient à atteindre qu’à la sueur de son front et d’un refrain trop répétitif. Le deuxième titre, Kiss myself, fait penser à du The The de l’époque de Dusk, mais ce n’est pas assez (et surtout : ce n’est pas Matt Johnson qui est derrière le morceau). Piece of you, ses chœurs et son petit synthé doucereux n’arrangent rien à l’affaire. Il est difficile d’aller au-delà des trois premiers morceaux qui offrent certes des morceaux correctement produits mais qui semblent se chercher une âme quelque part entre un Lloyd Cole en panne d’inspiration et un Sting qui aurait perdu de sa capacité à écrire des tubes. Autant dire que la première écoute de l’album est décevante.

Le tournant apparaît enfin avec Face the moon, le quatrième titre de cet opus. Bien trop tard toutefois pour un auditeur non averti qui n’écouterait que les trois premiers titres de l’album. En effet, à partir de ce morceau, l’album va enfin prendre l’atmosphère murphyesque que l’on retrouvait sur Holy smoke. Enfin, soupir de soulagement. Non, Peter Murphy n’était pas mort, il avait juste du mal à s’échauffer. Les titres paraissent ensuite plus détendus, plus naturels et plus sereins : Emergency unit, Give what he’s got et The weight of love possèdent cette espèce de clarté nocturne et introspective, Blinded like Saul nous rappelle que Murphy sait aussi faire du rock, et The first stone est pour moi une des plus belles chansons jamais écrites par Murphy, dans la lignée d’un Our secret garden ou d’un My last two weeks. La ballade sirupeuse Thelma sings to little Nell aurait pu être évitée afin que l’on ne compare pas le chanteur britannique à une espèce de Midge Ure sombre, mais il en fallait probablement une sur l’album. Mais malheureusement, l’album se termine comme il avait commencé : mal. Breaking no one’s heaven, le dernier titre, ne ressemble à absolument rien de ce que Murphy avait la prétention de savoir faire quelques années auparavant. On n’y croit tout simplement pas : cette espèce de petite pop balladeuse à la croisée de l’insouciance et de la poétique facile, cela ne lui ressemble absolument pas. Finir un album qui aurait pu être bien sur ce genre de morceau est finalement bien la preuve que Pascal Gabriel a participé à l’élaboration du produit.

En tout et pour tout, ce qui aurait pu être un bon album a été largement corrompu par trop de personnes réputées travaillant sur les mêmes morceaux. Cet opus respire le compromis, et il est un peu triste de remarquer que Peter Murphy a souhaité s’entourer de plusieurs personnages non pas pour faire de bons morceaux représentatifs de son univers, mais pour s’assurer un éventuel retour sur les ondes. On attend un autre album pour vérifier la crédibilité de cet artiste. Mais bon après tout, c’est Peter Murphy, et rien que pour les quelques perles qui figurent sur cette œuvre, l’album peut être sauvé des eaux. Ne serait-ce que pour The first stone, encore une fois. Un retour en demi-teinte, mais un retour quand même.



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Albin Wagener





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Peter Murphy : "Unshattered"
(1/1) 16 juin 2015




Peter Murphy : "Unshattered"

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There is no question that this man can really make beautiful music in his genre. - Dennis Wong YOR Health

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