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Peter, Björn & John : "Living Thing"
Le (nouveau) Syndrôme de Stockholm ?

mardi 7 avril 2009, par Jeremy Plywood

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On se souvient de Writer’s Block, troisième LP des Suédois que l’on avait déjà beaucoup aimé. Le single Young Folks avait même cartonné tout autour du globe. On n’avait par contre pas vraiment craqué sur Seaside Rock, sorti l’année dernière en digital et se voulant comme une parenthèse dans leur carrière. On dira aussi que l’on n’a aucun souvenir de leurs deux premiers efforts, leur album homonyme de 2002 et Falling Out, sorti en 2005. Quoi qu’il en soit, revoici Peter Mören, Björn Yttling et John Eriksson avec un Living Thing décoiffant !

Faisant fi de la pression après leur carton mondial d’il y a trois ans, bien retombé avec le quasi confidentiel Seaside Rock, qui, finalement, préfigurait ce qu’allait être cet époustouflant Living Thing, les trois Suédois sont entré en studio afin de produire la vraie suite à Writer’s Block. Et d’emblée, c’est la claque. The Feeling ouvre l’album et, bon sang, qu’est-ce qu’on aime ce « feeling » justement. Chanson d’une simplicité désarmante, presque enfantine. Une rythmique et quelques sons qui ne sont pas sans rappeler certains titres des vétérans Art of Noise. Le début du second titre sonne comme du Propellerheads, mais un Propellerheads qui aurait décidé d’être vachement plus pop-chanson qu’auparavant. It don’t move me trace sa voie sans tourner autour du pot. Couplet dépouillé, synthé-bass+batterie tout en légèreté. Faisant rimer sobriété avec qualité. On commence à comprendre où ils veulent en venir.

Just The Past, un peu le rejeton des Pet Shop Boys et de Orchestral Manœuvres in the Dark ! Tout un programme. Un rythme lancinant et une mélodie bien claire. La voix à fond devant la musique. C’est clair que cette chanson va puiser dans les années 80. Mais les Suédois sont des malins et soignent leurs ritournelles. Les mélodies sont parfaites et pourtant simples. Sans chercher midi à quatorze heures, nos trois gaillards sont d’une efficacité redoutable.

Un rythme quasi hip-hop pour Nothing to worry about. Un refrain couleur chorale d’enfants. Catchy et ludique.

I’m losing my mind et son intro bizarre totalement lancinante qui part sur une rythmique Tamla lente. Minimaliste et blafard. La voix fait le boulot remplacée épisodiquement par une guitare qui assène un gimmick rock’n’roll. On est presque dans les parages de Jesus and Marychain. Un poil neurasthénique. Et ça se termine en queue de poisson. Normal, le Suédois est un pêcheur hors-norme. Là, on comprend définitivement ce qui anime le groupe. Une envie de laisser-aller. Laisser aller les chansons là où elles doivent aller. Sans les bousculer.

Living Thing, c’est la plage titulaire de l’album. Ici aussi, on à droit à une rythmique étonnante et originale. Le morceau à l’air de ne jamais démarrer. La voix est le principal ingrédient, bien calée en avant toute. C’est elle qui évolue au fur et à mesure. Qui amène de l’harmonie dans la chanson. Très fort !

Sorte de rengaine, I Want You ! me remplit les oreilles d’une vapeur bienvenue. Il faut bien constater que Peter, Björn & John ne sont pas des garçons agressifs. Ce titre nage dans une torpeur qui fait du bien. Comme un après-midi passé à glander dans la campagne toscane. Le contenu de ce disque est tout à l’inverse de son contenant. C’est vrai que la pochette, volontairement sombre, n’a vraiment rien à voir avec la musique qu’elle renferme. On aurait plutôt vu une pochette colorée, minimaliste et positive.

Lay it down, d’une légèreté cinq étoiles malgré ce « hey, shut the fuck up boy ! » est tout aussi à l’image du reste. Ça n’a l’air de rien, mais tout repose sur trois fois rien. Et ça tient comme du béton armé. Aucune esbroufe. De la pop simple et efficace. Pas besoin d’en faire des tonnes pour réussir l’exercice. Bourré de références mais bien digérées et régurgitées à leur propre sauce. Trop (très ?) rare que pour ne pas le remarquer. Quand on se regarde dans le « mirror mirror » très récemment, on n’y voit que morceaux laborieux, arrangements patauds, sons inutiles comme pour masquer la vacuité du propos, photocopies de Strokes ou autre Muse. Cherchez l’erreur !?

Bon, je m’égare mais pas tant que ça d’ailleurs. Après tout, il s’agit ici aussi d’un disque avec de la musique mais avec une approche diamétralement opposée. Je ne suis pas prêt à échanger mon barril de Living Thing contre celui des Machiavel des beaux quartiers. Stay this way. Voilà un titre qui m’ôte les mots de la bouche. Restez bien comme ça amis du grand nord car vous m’êtes précieux. Si, si, j’insiste. Votre leçon d’humilité est belle à entendre.

Blue period Picasso commence a capella. Avec un aplomb extraordinaire. Tout ici n’est que dépouillement, chaleur, simplicité. Mais que toutes ces chansons sont belles.

4 out of 5 continue dans cette même logique. Bien près de l’os. Dépouillé à l’extrème mais chaleureusement élaboré. Un loop caduque sert de base au reste d’un édifice qui ne tanguera jamais. Last night clôture tout en charme cet album. Un piano noyé dans un delay au bord de la mer. Et puis tout s’évapore. Bien vu.

L’album de 2009 ? Je ne suis pas loin de le penser. Un disque moderne, sans aucun doute. Cette façon d’aborder la musique me touche énormément en tous cas. On revient aux fondamentaux. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple. L’essentiel est la chanson. Elle doit tenir sur la qualité de la composition, de la mélodie. Et ce sera toujours le cas ici. Pas de frime. Pas de sensationnel. Pas de technologie écrasante. Ça peut également passer pour de l’arrogance. Moi, je suis certain qu’il n’y a ici aucun dédain, aucun mépris. Juste une envie de réinventer la façon d’apprivoiser quelques chansons. Pour qu’elles restent le plus longtemps à nos côtés. Sans nous lasser.



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Jeremy Plywood





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Peter, Björn & John : "Living Thing"
(1/3) 19 juillet 2015
Peter, Björn & John : "Living Thing"
(2/3) 18 avril 2009, par AP
Peter, Björn & John : "Living Thing"
(3/3) 11 avril 2009, par B.




Peter, Björn & John : "Living Thing"

19 juillet 2015 [retour au début des forums]

Who will forget this grouo. Their music is one of the best. - Quick Leonard Kieffer

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Peter, Björn & John : "Living Thing"

18 avril 2009, par AP [retour au début des forums]

Un grand merci à l’auteur de cette chronique, qui m’a donné l’envie d’acheter cet album. Ce que je ne regrette pas car il se révèle envoûtant et intemporel. Un belle chronique pour un très bel album. Rien d’autre à ajouter.

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Peter, Björn & John : "Living Thing"

11 avril 2009, par B. [retour au début des forums]

C’est marrant de voir comme il n’y a aucune réaction à cet article alors que c’est le seul depuis des lustres qui m’ a donné envie d’acheter un album...

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