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Patti Smith : "Twelve"
Good ol’ rock’n roll

dimanche 19 août 2007, par Marc Lenglet

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Après Poison et sa ribambelle de reprises de classiques des années 70, c’est au tour d’un autre artiste - d’une toute autre envergure d’ailleurs - de se piquer à l’exercice de la relecture de grands classiques avec un album sobrement intitulé Twelve (le nombre de reprises proposées, tout simplement). Fidèle à sa réputation, Patti Smith n’a pas choisi la voie de la facilité : les douze titres en question sont douze monuments, douze chansons ultra-célèbres composées par les plus grands artistes de l’histoire de la pop et du rock mais surtout, douze morceaux qui, en raison de leur impact sur leur époque ou du charisme de leurs interprètes d’origine, possèdent tous une identité très forte.

Il aurait été si simple d’exhumer des morceaux confidentiels, connus des seuls spécialistes, mais Patti Smith a préféré tabler sur des evergreen que tout le monde ou presque connaît sur le bout des doigts, avec tout ce que cela comporte de risques de comparaisons défavorables avec l’original. Un choix qui nécessite un certain courage ou une sacrée confiance en soi, mais Patti Smith n’a plus rien à prouver depuis bien longtemps. Une fois n’est pas coutume, allons-y pour un petit track by track de l’album, revu et corrigé sur le mode folk/rock cher à Patti Smith.

Le bouillonnant Are you experienced de Jimi Hendrix surprend par sa relecture très apaisée. Le résultat est en tout cas loin d’être déplaisant. Everybody wants to rule the world de Tears For Fears reste relativement fidèle à lui-même, de même que Helpless de Neil Young, qui se montrerait presque plus délicat que l’original. Le bât blesse un peu en ce qui concerne le monumental Gimmie shelter des Rolling Stones. Ce n’est pas la faute de Patti Smith qui n’a pas hésité à durcir le rythme pour coller du mieux possible à ce monument du rock, mais l’original possédait une alchimie pratiquement impossible à retrouver. A trop tenter de courir après Merry Clayton sur les refrains, Patti finit même par s’étrangler dans ses vocalises. A l’impossible nul n’est tenu. Within you without you, le célèbre morceau hindouisant composé par George Harrison pour le Sgt. Pepper des Beatles est plutôt probant, à la fois plus alangui et plus luxueux et offre une prestation vocale assez remarquable de Patti. En ergotant un peu, on pourrait quand même trouver que noyé sous la cithare et les vapeurs de patchouli des années 60, le morceau avait quand même une autre gueule. En revanche, l’artiste new-yorkaise accomplit une véritable prouesse sur le psychédélique White rabbit du Jefferson Airplane. Cette courte et inoubliable ode à la défonce subit un traitement de choc qui bouleverse complètement son esprit d’origine, et en devient à la fois plus aggressive et plus inquiétante. Sans nul doute l’une des plus belles reprises proposées par Twelve. Patti Smith ne pouvait pas non plus faire l’impasse sur une composition de son idole de toujours, Bob Dylan. C’est le magnifique Changing of the guards de 1978 qui a été choisi, et le résultat est de bonne tenue, même si on peut trouver un peu triste l’absence des éléments jazzy et gospel de l’original. On continue avec Boy in the bubble (Paul Simon) et Soul kitchen (The Doors). Dans les deux cas, la révision est efficace, sans fioritures et sans grandes surprises mais on ne peut pas certainement reprocher à Patti Smith de trahir ou de dénaturer ces deux chansons. Comme un vigoureux démenti à toutes accusations de manque d’audace, la plus grosse surprise provient du morceau suivant : le Smells like teen spirit de Nirvana. Loin de chercher à retrouver la fougue et l’urgence de l’original, Patti Smith en fait une longue ballade mélancolique d’inspiration country. Très déstabilisante à défaut d’être sincèrement agréable, ce choix est en tout cas une manière pour elle de rendre hommage à Cobain dont la mort l’avait, paraît-il, tout particulièrement affectée. On passera sur le sympathique Midnight rider du Allman Brothers Band (dans la veine des reprises de Paul Simon et des Doors) et on terminera cet intéressant cover-album sur une très belle adaptation, très agréablement dépouillée, du Pastime paradise de Stevie Wonder.

Un simple album de reprises donc, mais accessible à tous, du spécialiste de l’histoire du rock à la grand-mère branchée sur Radio-Nostalgie le dimanche matin. Sans rechercher l’audace pour l’audace et sans bouleverser radicalement chaque morceau, Patti Smith se prête à l’exercice avec une humilité et une sincérité tout à fait appréciable. Pour les amateurs de mélodies apaisées et de covers marquées d’une forte empreinte vocale.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Patti Smith : "Twelve"
(1/1) 19 août 2007




Patti Smith : "Twelve"

19 août 2007 [retour au début des forums]

Combien de temps avant que l’autre attardé fasse remarquer que Patti Smith a le même nom de famille que l’auteur de Bloodflowers ?

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    Patti Smith : "Twelve"

    20 août 2007 [retour au début des forums]


    Lui, il est certainement en vacances. Il profite des derniers jours de l’été.
    Mais moi, je suis fidèle au poste pour que vous n’oubliez pas que c’est aussi celui du co-auteur de 22 acacia avenue.

    [Répondre à ce message]