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Omnia : "Alive !"
Euterpe est vivante

jeudi 31 janvier 2008, par Geoffroy Bodart

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Omnia est un groupe surprenant. A priori, on dirait une bande de gentils allumés qui se déguisent avec des peaux de bêtes, jouent du luth en pleine forêt et composent des ambiances sonores à destination des seuls rôlistes, auprès desquels ils sont d’ailleurs fort populaires. Mais à y regarder (et à écouter) de plus près, ce qu’on découvre surtout, c’est un groupe fondamentalement immergé dans sa musique, qui ne vit que par et pour elle, qui a une vision extrêmement cohérente de son art, s’y dévoue, et avec mérite accouche de ce qu’on ne peut que qualifier d’œuvre d’art.

Découvert avec Pagan Folk, le quatuor basé en Hollande s’était immédiatement imposé comme une formation capable de réveiller quelque chose de primitif en l’auditeur. A l’écoute des ses chansons purement acoustiques, on n’a qu’une seule envie : allumer un grand feu au milieu du salon, danser une gigue, brûler l’un ou l’autre citadin mécréant en l’honneur d’une divinité païenne qui ne demande qu’à sortir du bois, se pinter à la bière et faire l’amour. C’est donc très amusant, enjoué, parfois contemplatif, et ça met de bonne humeur. On attend donc fort logiquement de retrouver ces mêmes ambiances, ces mêmes plaisirs, cette même musique avec le nouveau-venu. Sauf qu’Omnia a, semble-t-il, décidé de franchir un pallier.

Commençons par le package absolument merveilleux et magnifique. Le boîtier cartonné se présente sous la forme d’un grimoire, totalement illustré par le grand Allan Lee (pour les non-geeks, le bonhomme s’est fait connaître pour son rôle prépondérant dans le visuel de l’adaptation cinématographique de la trilogie du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson, mais il est réputé pour ses illustrations depuis de nombreuses années). Bien plus qu’un simple gadget pour attirer l’œil, sa participation se veut inspiratrice, le groupe allant jusqu’à déclarer que la musique n’est là que pour mettre en valeur les dessins. Clairement on ressent l’admiration du groupe pour le travail d’Alan Lee, ce qui trahit une fois de plus le souci d’Omnia pour tout ce qui touche à l’aspect visuel. Une fois de plus, car, qu’il s’agisse de la décoration de leurs instruments, des décors scéniques ou des costumes, le groupe s’implique à fond dans chacun de ces aspects. Si le résultat prête parfois à sourire, l’implication, l’honnêteté et la chaleur des membres du groupe rachète toute faute de goût. Et des musiciens qui fabriquent eux-mêmes certains de leurs instruments, les peignent et les décorent avec passion m’inspireront toujours infiniment plus de respect que des clowns en costard incapables de gratter plus de trois accords sur leur guitare payée par le label pour se la péter sur scène. Car ces instruments médiévaux, exotiques ou customisés, ces musiciens savent comment s’en servir. Et même les plus retors aux flutes de tous poils et autres bouzoukis ne pourront nier la très belle technique des membres d’Omnia, qu’ils mettent au service de compositions empreintes d’humanité et de magie.

Pour ce qui concerne les neuf morceaux qui remplissent le disque, on peut vraiment se permettre de parler ici d’art. Car d’art il est question non seulement dans les thématiques abordées, mais également dans la manière dont la musique est approchée, avec un don de soi, une chaleur et un amour que l’on ne retrouve malheureusement que trop rarement. Witches brew, qui ouvre l’album, semble directement sorti des sessions de Pagan folk. Il plonge à nouveau l’auditeur dans l’univers médiéval/celtique que l’on connaît, mais tire sa particularité des textes, qui sont issus du MacBeth de William Shakespeare. Dans le livret, Omnia nous rappelle que l’art est un pont vers l’éternité. Par cette mise en musique d’un extrait de la célèbre pièce d’un des plus grands conteurs de l’Histoire, Omnia participe à son éternité, mais le groupe ne tente-t-il pas également d’y prétendre ? Il le mériterait en tout cas sur base de The raven, adaptation éponyme du poème d’Edgar Alan Poe. Cette pièce de neuf minutes constitue sans l’ombre d’un doute le moment le plus puissant de l’album. Minimaliste, portée par une légère mais très évocatrice mélodie à la harpe, cette chanson vaut surtout par la déclamation hallucinée, transcendée de Steve Sic, qui magnifie le texte du grand poète tout le long d’un incroyable crescendo. D’ores-et-déjà un moment inoubliable. Par la suite, le groupe brasse d’autres thèmes qui lui sont chers, notamment son souci écologique et son amour de la nature et particulièrement de la forêt (Alive) ou les mythologies païennes et celtiques (The elven lover). S’y ajoutent un hommage à Lewis Caroll (Fairy Tale), une incantation à l’attention et à l’image, orgiaque, du Grand Cornu (Satyrsex), qui semble décidément inspirer les compositeurs de musique médiévale (souvenez-vous du Satyre Cornu de Stille volk). Impossible enfin de ne pas mentionner Equinox, dont les ambiances arabisantes rappellent que les membres d’Omnia ne veulent pas se cantonner dans un trip passéiste. Leur musique, comme ils aiment à le rappeler, est une musique du troisième millénaire. Ils n’ont pas l’intention de refouler certaines de leurs influences pour s’enfermer dans un carcan et préfèrent laisser leur musique s’épanouir de par sa diversité.

Car cette musique est vivante. Cela tient-il à la personnalité, vraiment attachante, de chacun des membres du groupe ? Cela vient-il de la dimension purement acoustique de la musique ? Ou faut-il tout simplement considérer que ces chansons parviennent à nous toucher comme peu d’autres le font, tous styles confondus ?



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Omnia : "Alive !"
(1/1) 31 janvier 2008




Omnia : "Alive !"

31 janvier 2008 [retour au début des forums]

alan lee serait l’oncle de jenny....

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