Pop-Rock.com



Om : "Pilgrimage"
Carnets d’Afrique, le monologue du pèlerin

vendredi 1er janvier 2010, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Aerosmith : "Honkin’ on bobo"
Emilie Simon : "La marche de l’Empereur"
Kante : "Kante plays Rythmus Berlin"
Sharko : "Molecule"
Interpol : "Our love to admire"
Hopper : "Deergirl"
She Wants Revenge : "This is forever"
Idem : "The sixth aspiration museum overview"
Tokio Hotel : "Zimmer 483"
Robots In Disguise : "Get rid"


Tombouctou crève de ses marchands d’étoffes et de ses touristes rouges, comme autant de fourmis qui s’insèrent dans les alvéoles des vendeurs. Pellicules entre les mandibules, raclement de glotte et démarrages de négociations inutiles autour d’un thé brûlant, la parole a libre cours. Tombouctou est cette ville savante de marchands et de voleurs aux confins du Nord Mali, aux portes du Sahara. Luttant sans cesse contre les vents qui l’enveloppent de nappes de sables, la ville s’enterre au fil des siècles, emportant son prestige moisi dans son agonie. Sa marche funèbre, Om la composerait aisément et personne n’y verrait une rareté.

Om dépeint son atmosphère via deux entités, un étrange duo composé d’Al Cisneros (chant, basse) et de Chris Hiakus (batterie). Fondus dans le moule du stoner, les composants d’Om ne conservent que la lourdeur et balayent tout le reste. Ils m’emmènent alors en pèlerinage dans le désert, à la recherche de la dune surplombée d’un dealer de poudre blanche, Om, qui jette au vent sa marchandise et se mêle au sable qui partout règne. Le soleil me brûle, me colle les vêtements à la peau, mes pas sont lents dans le sable, la marche est ralentie et monotone. Je ne m’accroche plus qu’à ces quelques accords de basse se figurant cithare, un mantra de notes jumelles qui n’en finissent jamais, qui s’immiscent entre les nerfs et m’ordonnent de marcher, pas après pas.

Déjà bien loin des portes de Tombouctou, je rencontre enfin le dealer des dunes, il est vêtu d’un tourbillonnant kashmir aux manches amples, et d’un turban d’étoiles. Le dealer m’offre des lignes à suivre, celles qui se tracent du doigt et s’évanouissent dans les narines, je choisis la plus droite et la plus courte, car serpenter sous le soleil m’épuise, bien que le but en vaille la peine, semble t-il. Le dealer sourit, frappe bruyamment dans la paume de ses mains et je reprends la marche.

Om n’est pas qu’un commerçant douteux, il est le désert, où seul survit l’halluciné, le perdu, le désincarné. Il engendre cette pesanteur mêlée d’Orient qui jamais ne cesse de m’empoisonner. Lorsque j’atteins les dernières limites supportables par mon organisme, pris dans les mâchoires des hallucinogènes les plus puissants, c’est de leur musique dont il s’agit, celle qui fait voir les monts de sables bleus et le ciel orange.

C’est une course sans autres compétiteurs dans le désert qui se renouvelle sans cesse, à la recherche d’un néant salvateur, d’un savoir d’érudit que l’on ne cherche pas à atteindre. Les chameaux sur le chemin m’ignorent de toute leur hauteur, je ne suis rien au milieu de ces immensités, je ne suis plus vivant et déjà mort, un tas d’ossements qui boite, qui supporte quelques kilogrammes de chair rougie, mais d’âme, point.

Je me rappelle malgré tout pourquoi cette nécessité de fuir la ville, cette dispute, cet appel incandescent venant des dunes, l’appel du marchand de félicité au delà des murs de terre, l’appel d’Om, engeance bicéphale qui envenime l’air, qui attire les perdus et les enlève. Le ciel se maintient orange, il est bas et lourd, il annonce un déluge dans le désert, et je traine sur des mètres qui semblent des kilomètres mes restes d’humanité, je veux la perdre, volontairement, je veux l’oublier, elle me crame cette sensation d’humain, cette sueur, cette sécrétion sale qui me dégoute. Ce pèlerinage ne sera pas le dernier, mais il me tuera sans conteste au prochain vent fou, celui qui annonce toutes les peines de Dieu, et de son dealer des sables.

Tombouctou, 25 novembre 2005.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Om : "Pilgrimage"
(1/4) 16 novembre 2013, par prince
Om : "Pilgrimage"
(2/4) 23 mai 2013, par edward
Om : "Pilgrimage"
(3/4) 1er janvier 2010
Om : "Pilgrimage"
(4/4) 1er janvier 2010, par Mary




Om : "Pilgrimage"

16 novembre 2013, par prince [retour au début des forums]

Je suis impressionné par le contenu du site. Les idées et les pensées de l’auteur est vraiment bon. Merci de partager à d’autres. Check out miami beach surf club on pinterest.

[Répondre à ce message]

Om : "Pilgrimage"

23 mai 2013, par edward [retour au début des forums]

J’ai trouvé des informations utiles dans ce site. Merci à tous ceux qui partagent leurs grandes pensées et des idées. miami 30 boxes

[Répondre à ce message]

Om : "Pilgrimage"

1er janvier 2010 [retour au début des forums]

Ca donne envie.

[Répondre à ce message]

Om : "Pilgrimage"

1er janvier 2010, par Mary [retour au début des forums]

Il a du talent, le mec. On ne parle pas beaucoup de la musique, mais cette atmosphère dépeinte me donne envie de découvrir. Aux antipodes d’un Yù.

[Répondre à ce message]